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Agriculture en Afrique : Mohamed Kagnassy recommande la création des unités agroalimentaires pour limiter le gaspillage

Tirant le bilan de l’année 2020, marquée par les effets du Coronavirus, l’expert au développement rural, Mohamed Kagnassy estime que face à la crise, la bonne réponse n’est pas de croiser les bras. Mais  plutôt de redoubler d’efforts pour ne pas se laisser vaincre. Si les effets de la crise sur le monde agricole ont été atténués jusque-là, c’est parce que des acteurs du secteur sont restés engagés. Bien que plaidant pour  l’agrotechnologie, il a insisté sur l’accélération de  l’implantation ou la relance des unités agroalimentaires afin de limiter les gaspillages et favoriser la conservation

L’année 2020  a  été marquée par les effets de la COVID 19 avec notamment des répercussions  sur le secteur  agricole. Que faut-il concrètement pour atténuer  lesdites répercussions sur les moyens de subsistance des agriculteurs en Afrique ?

Il faut d’abord dire que la population rurale africaine qui constitue l’essentiel de la main-d’œuvre agricole a été relativement préservée de la COVID-19. Cela a été un avantage non négligeable pour le secteur agricole africain, notamment pour celui ouest-africain. Les  productions agricoles locales ont donc continué en dépit de la pandémie. Il y a aussi que pas mal de stratégies ont été adoptées permettant aux acteurs agricoles de s’adapter à la crise et de faire face à ses répercussions. Le transport des produits agricoles est par exemple resté maintenu en dépit des mesures de restriction sur le transport national et international prises par les Etats.  La production et la commercialisation des produits vivriers, notamment le riz et des légumes ou tubercules comme le manioc, n’ont donc pas assez souffert des effets de la COVID-19. Toutefois, dans certains pays, des filières comme celle de la pomme de terre ou de la banane ont été frappées de plein fouet par la pandémie à cause du dysfonctionnement des hôtels et restaurants. La production avait ainsi perdu une partie de ses preneurs. La situation a aussi été dure pour les cultures exclusivement destinées à l’exportation comme le café ou le cacao.

On a certes eu des difficultés, notamment dans l’importation des intrants agricoles. Cela, à cause de la perturbation de la chaîne de production mondiale et sous-régionale. Mais globalement, le secteur agricole a tenu bon. Le pire annoncé n’est pas arrivé.  Mais, étant donné que nous faisons face à une crise avec plein de rebondissements, il faut toujours se préparer au pire. Il faut  donc plus de partenariat entre les producteurs et les consommateurs. Surtout des partenariats signés au-delà des frontières nationales. Dans la sous-région ouest-africaine, les agriculteurs peuvent profiter du fait que les pays ne produisent pas forcément les mêmes produits agricoles. Il faut aussi développer la chaîne de valeur agricole et se servir de la technologie pour accélérer notre agriculture. En réalité, les méthodes de production agricole traditionnelle ont montré leurs limites depuis longtemps, et je suis convaincu que l’agrotechnologie est l’un des principaux moyens qui vont permettre à l’Afrique d’assurer son développement agricole. Pour le moment, les innovations dédiées à l’agriculture souffrent certes de notoriété ou de manque d’accompagnement, mais ce n’est qu’une question de temps.

Par ailleurs, il faut dire que cette crise nous apprend également qu’il faut accélérer l’implantation ou la relance des unités agroalimentaires. Cela contribuera à limiter les gaspillages et à favoriser la conservation.

Il faut aussi dire que derrière une mauvaise saison agricole, ce qu’on craint surtout c’est la pénurie alimentaire. Mais il faut se rappeler que le risque de pénurie alimentaire en Afrique n’est pas seulement lié aux effets de la  COVID-19. D’ailleurs, à mon avis,  la COVID-19 n’est pas la menace majeure de l’agriculture et de l’alimentation en Afrique. Loin de là. Avant le coronavirus, il y avait les effets du changement climatique, la menace des insectes en Afrique de l’Est, la dépendance à l’extérieur pour beaucoup de produits alimentaires… Au-delà du coronavirus, nous devons faire face à ces problèmes.

Vous êtes le PDG de la Smartphone guinéenne  Kobiri à partir de laquelle vous êtes en train de promouvoir l’innovation et la technologie agricoles dans ce pays. Pouvez-vous nous faire   le point de la révolution verte en Guinée à travers l’agrobusiness, la digitalisation et la modernisation ?

Kobiri est plutôt une plateforme hybride web et mobile qui donne accès à des services et produits du monde rural, c’est-à-dire l’agriculture, l’élevage, la pisciculture. Il s’agit là de  l’illustration même de la technologie au service du monde rural. Agrobusiness, modernisation, digitalisation, à l’ère de la révolution numérique, je crois que ces termes doivent aller ensemble. Nous sommes dans un monde qui se numérise fortement et le secteur agricole n’est pas du reste. Nous sommes convaincus que la digitalisation a bien sa place dans le processus de modernisation de notre agriculture.

Vous avez été plusieurs fois classé par divers magazines africains et d’ailleurs comme faisant partie des 100 personnalités qui font bouger l’Afrique. Et, récemment vous avez été classé à Accra parmi les 50 personnalités qui font promouvoir le digital. Quelle peut être la place de la recherche dans le développement rural en Afrique ?

En Afrique ou ailleurs, la recherche a toujours été un élément essentiel à l’évolution de la production agricole en particulier, et du monde rural en général. Malheureusement, dans certains de nos Etats, la recherche est l’un des parents pauvres du secteur. La recherche est surtout handicapée par les problèmes de financement et la rareté des expertises. Pourtant, le développement de la recherche nous permettrait de bien exploiter nos potentialités agricoles. Il faut tout de même noter des exemples à citer comme l’Institut sénégalais de recherche agronomique. J’ai été vraiment impressionné par le travail de l’équipe du Dr Ousmane Sy sur les semences améliorées de mil. C’est des exemples à encourager.

Il n’est un secret pour personne que l’année 2020 a été paralysée par la pandémie. Par contre vous êtes toujours resté  constant et engagé pour le secteur agricole en Afrique. Quels peuvent être les partenariats et autres coopérations que vous avez tissés pour la relance du développement rural africain ?

Face à une crise, je crois que  la bonne réponse n’est pas de croiser les bras. C’est dans une telle situation qu’on doit plutôt redoubler d’efforts pour ne pas se laisser vaincre. Si les effets de la crise sur le monde agricole ont été atténués jusque-là, c’est parce que des acteurs du secteur sont restés engagés. Ils sont restés engagés pour sauver leur travail, mais aussi pour nourrir le monde. En ce qui me concerne, il faut d’abord rappeler que durant une bonne partie de cette année, les déplacements étaient limités. La plupart des contacts avec nos partenaires ont été virtuels. Nous avons néanmoins eu des échanges fructueux avec de nouveaux partenaires dont des représentants du COPIA (Programme coréen international d’agriculture).

Quelles sont les perspectives pour 2021 ?

Il y a tellement d’incertitudes autour de la pandémie de coronavirus que les perspectives sont davantage incertaines. Pour le moment, l’Afrique est relativement épargnée par le virus. Mais le problème c’est que nous sommes dans un monde globalisé. Tant que ça ne va pas chez les autres, ça n’ira pas parfaitement chez nous. Néanmoins, nous profitons de l’avantage que nous avons de n’avoir pas été durement touchés par le virus pour préparer les campagnes agricoles 2021. Après une année 2020 fortement perturbée, nous devons œuvrer pour la réussite de cette campagne agricole. Même si tout dépend de la suite de l’évolution de la pandémie. Mais avec les vaccins annoncés, j’espère que les choses iront pour le mieux.

Avant la pandémie, nous avions déjà amorcé le projet de mécanisation de l’agriculture pour tous. Nous allons poursuivre ce projet dans les prochaines années. Et, tirant les leçons de la pandémie, nous allons davantage œuvrer, entre autres en faisant du plaidoyer, pour que l’agriculture soit désormais la priorité d’investissement de nos Etats. Conscients de la place de la recherche dans le développement agricole, nous allons également faire des plaidoyers auprès des Etats et des institutions pour soutenir nos centres de recherche. Mécaniser l’agriculture, investir dans la chaîne de valeur, encourager la recherche et la formation, développer le stockage, chercher des financements pour implanter plus d’unités de transformation agroalimentaire… voilà un résumé des perspectives pour 2021 et les années suivantes.

Entretien réalisé par A.D

Source: Mali tribune

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