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[Tribune] Partis politiques : que vaut l’idée de gauche et de droite au Mali ? (1)

Dans la première partie de cette tribune, Mamadou Sokona pose le débat sur le positionnement, à gauche ou à droite, des partis politiques au Mali en réaction à un point de vue de l’avocat Cheick Oumar Konaré sur le plateau du « Débat du dimanche » de la chaîne de télévision Africable.Sur quelle(s) réalité(s) le multipartisme malien se fonde-t-il ? Le Professeur Joseph Ki-Zerbo posait déjà le débat en ces termes dans le livre-entretien A quand l’Afrique ? : « Que vaut l’idée de gauche et de droite en Afrique alors que ces références renvoient à une histoire sociale qui ne s’est pas reproduite en Afrique ? » En réalité, cette problématique dépasse le seul cas malien pour interroger les systèmes politiques des démocraties africaines, qui ne reflètent pas les réalités sociales.

Dans l’émission hebdomadaire « Le Débat du dimanche » du 9 février, diffusée sur la chaîne de télévision Africable, l’avocat Cheick Oumar Konaré, un habitué du plateau en plus d’être imperturbable dans ses certitudes, réduisait les pratiques peu cohérentes des partis politiques pendant les périodes électorales à sa compréhension du fonctionnement de la démocratie malienne. De son point de vue, « la démocratie à l’occidentale ne peut pas marcher en Afrique. En Afrique, les partis n’ont pas d’idéologie, il n’y a pas de droite, il n’y a pas de gauche, tout le monde cherche à manger. » Une analyse recevable mais d’une ambiguïté évidente, car reflétant plutôt un scepticisme et une erreur conceptuelle qu’un regard qui rend clairement compte des exigences et de la complexité de l’histoire de la démocratie en Afrique. La tentation de tropicaliser ou d’occidentaliser la démocratie est aussi grande que simpliste.

 

 Une réalité bien complexe

Un postulat de base selon le professeur Ki-Zerbo : « Le problème des partis politiques en Afrique est assez complexe, peut-être même plus complexe que dans les pays où les partis politiques ont été constitués sur la base de luttes sociales. » D’abord, il n’y a pas « une démocratie à l’occidentale », comme si l’Occident constituait un espace politique homogène et que le système démocratique fonctionnait de la même manière que l’on soit aux États-Unis ou en France ou encore en Hongrie. Il existe autant de pays en Occident que de systèmes démocratiques, sauf si là encore nous tombons dans le piège du réductionnisme démocratique, qui apprécie une démocratie à travers son seul aspect organisationnel et procédural se résumant à la tenue régulière d’élections.

Par ailleurs, au regard des crises qui secouent toutes les démocraties (vieilles ou celles de la troisième vague), il est désormais clair qu’il s’agit moins d’imiter un modèle de démocratie qui n’existe nulle part que de défendre des principes « universels » tels que l’égalité des chances, la justice sociale, l’État de droit, le respect des libertés individuelles, de la diversité et du pluralisme dans nos sociétés si hétérogènes les unes que les autres.

Populisme et extrémisme politique

Ensuite, l’analyse faite par l’avocat Cheick Oumar Konaré revient très souvent dans tous les milieux -intellectuel ou non, politique ou pas- en y distillant des opinions certes légitimes mais caricaturales et trop généralisantes. De fait, il est pédagogique de toujours rappeler que la démocratie ne se réduit pas aux élections. Et ce débat est encore plus présent en Occident où les expressions de populisme et d’extrémisme politique démontrent l’urgence de repenser les modes de représentation et de participation politiques. Aussi, la démocratie ne peut se limiter et être analysée en fonction des comportements d’un acteur politique que sont les partis parmi tant d’autres comme les citoyens et les organisations de la société civile. Dit autrement, « la vision de la démocratie […] beaucoup plus vaste et riche comprend la possibilité pour tous les citoyens de participer aux discussions politiques et d’être en mesure d’influencer les choix relatifs aux affaires publiques », souligne le philosophe et économiste indien Amartya Sen.

Enfin, il est urgent d’y apporter des éléments de réponses pour bien situer le débat entre la démocratie comme modèle, s’il en existe bien sûr, et la démocratie comme un ensemble de principes qui mène à une gouvernance paisible, inclusive et redevable. Autrement dit, savoir faire la différence entre d’une part la démocratie comme fin, « la démocratie prêt-à-porter » qu’on impose par les contraintes ou par la guerre et, de l’autre, la démocratie comme moyen pour réaliser une société harmonieuse où il y’a une cohérence entre les valeurs endogènes et les pratiques politiques et institutionnelles.

C’est au regard de cet amalgame entretenu autour de l’origine de la démocratie que Amartya Sen a écrit La démocratie des autres, un livre pédagogique qui invite à analyser le fonctionnement d’une démocratie avec d’autres outils et pratiques autant anciens que modernes.

Ce détour qui, en route, a probablement perdu sa dimension pédagogique, était utile avant de répondre à cette question inspirée de l’analyse de l’avocat Cheick Oumar Konaré que je poserai ainsi et traiterai dans un prochain billet : les partis politiques maliens peuvent-ils se revendiquer de la gauche ou de la droite ?

Source: Benbere
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