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Sahel : comment l’État islamique y joue son avenir

ANALYSE.  En quatre ans, les attaques, attribuées aux groupes djihadistes de la sous-région, Al-Qaida et l’État islamique, ont déjà fait plus de 600 morts militaires et civils.

L’embuscade était bien préparée. Les terroristes connaissaient l’heure de passage du convoi qui transportait des ouvriers de la mine d’or Semafo, grâce probablement à des guetteurs équipés de talkies-walkies. Les groupes armés terroristes repéreraient même désormais leurs objectifs avec des drones équipés d’une caméra achetés à l’étranger dans le commerce, mais qui font bien l’affaire. C’est ce qui semble s’être produit avant l’attaque du dernier camp militaire au Mali qu’ils connaissaient de l’intérieur avant d’y pénétrer. À moins que ce soit des indics, qui renseignent contre de l’argent, ou bien par peur ou conviction, les djihadistes.

Même modus operandi

Des militaires maliens ont déjà été arrêtés par leur hiérarchie pour avoir vendu des armes aux terroristes. Le 6 novembre, le blindé qui ouvre la route Ougarou-Boungou saute sur une mine artisanale. Tapis dans les herbes, les assaillants ouvrent le feu sur les cinq autobus qui suivent et sont désormais à l’arrêt. Un massacre. Au minimum 37 employés, ouvriers, petits commerçants sont tués par les rafales des armes automatiques. Soixante sont blessés et le bilan déjà très lourd risque d’augmenter. Les survivants sont ceux qui ont réussi à s’enfuir dans les bois voisins. Ce n’est pas la première fois que cette compagnie canadienne est visée. À deux reprises en 2018, onze employés et des membres de leur escorte avaient été tués au cours d’une embuscade semblable. Semafo a précisé que le site d’exploitation n’est pas touché. Malgré les forces de sécurité et les gardes privés qui le protègent, l’avenir s’annonce très sombre pour cette mine d’or exploitée de manière industrielle. Elle et la dizaine d’autres sites miniers du nord et de l’est du pays sont devenues des cibles prioritaires pour les djihadistes. Tant qu’ils ne seront pas fermés, ils seront attaqués par les terroristes qui veulent affaiblir l’État en le privant de taxes, en pratiquant la politique de la terre brûlée.

Une stratégie pour créer le vide

Tout est possible désormais dans cette guerre de plus en plus ouverte, comme elle l’était au nord du Mali avant l’opération Serval, en 2013. Aujourd’hui, la stratégie des djihadistes n’est plus simplement de harceler les militaires en déplacement ou tuer les agents de l’État, mais de procéder à des attaques en règle des camps militaires répartis dans la zone en faisant le maximum de victimes chez l’ennemi, et en emportant ses armes et ses munitions. Un seuil supplémentaire est désormais franchi chez les groupes terroristes qui semblent, même de manière encore épisodique, se coordonner pour vider le nord du Burkina Faso et le centre du Mali de tous les représentants militaires et civils de l’État, submergé au Burkina Faso par 500 000 réfugiés qui fuient les zones de combat.

L’étape suivante pour les insurgés islamistes est de prendre le contrôle des centres urbains, comme cela a failli être le cas à la mi-septembre à Djibo, « verrou important entre le nord du pays et la capitale Ouagadougou » est-il spécifié sur le communiqué du ministère français des Armées. S’il n’y avait pas eu deux hélicoptères Chinook de l’armée britannique qui avaient déposé en urgence des commandos français et permis le renfort de 150 soldats burkinabè, la ville serait probablement tombée.

Occuper les trois frontières

Malgré un dispositif franco-américain important et de haute technologie avec tous leurs capteurs, les renseignements indispensables pour opérer dans ce conflit asymétrique semblent cruellement manquer aux armées occidentales. Elles comptent peu sur les informations de terrain de leurs alliés maliens ou burkinabè, coupés semblent-ils eux aussi des sources humaines locales qui permettraient de connaître les emplacements des katibas et les projets de leurs chefs. Ceux-ci arrivent désormais à regrouper une centaine de motos pour donner l’assaut à un camp militaire sans qu’aucune patrouille, drone ou avion de reconnaissance ne décèle leur arrivée.

Galvanisés par leurs victoires successives accompagnées de lourds bilans chez leurs ennemis des armées nationales, les différents groupes terroristes affiliés à Al-Qaïda ou à l’État islamiste poussent aujourd’hui leur avantage en concentrant leurs attaques dans la même vaste région des trois frontières comprenant le nord du Burkina Faso, le centre du Mali et l’ouest du Niger, seul pays qui doit faire face à un second front à sa frontière avec le Nigeria et le lac Tchad face aux incursions des fanatiques de Boko Haram.

Pour être plus forts et efficaces, les mouvements djihadistes « des trois frontières » procèdent désormais à des attaques simultanées ou de plus en plus rapprochées dans le temps qui désorganisent la riposte. Le nombre de soldats et les moyens des pays africains attaqués ne sont pas de toute manière suffisants pour exercer un contrôle rigoureux sur des zones aussi vastes de savane arbustive et de forêts d’épineux parfois vallonnés, propices à dissimuler hommes, motos, et armes.

Les groupes armés terroristes, les GAT dans le jargon militaire, ne se déplacent plus comme en 2013 en convois, comme en Syrie et en Irak, où ils ont été décimés par les avions de la coalition. Au Mali, ils ont opté pour une tactique intermédiaire. Ils ne se dissimulent plus dans les montagnes de l’Adrar des Ifoghas comme pendant l’opération Serval. Dans cette bataille très dure, les légionnaires les ont débusqués un à un avec un appui d’artillerie et les roquettes tirées par des hélicoptères Tigre. Quelque 900 djihadistes sont morts à cette époque dans ces combats au nord et au minimum autant depuis. Ce qui n’a pas empêché les effectifs terroristes de se reconstituer et la guerre de se déplacer au centre du Mali et dans les pays voisins. Les GAT sont devenus très mobiles. À deux sur une moto, ils peuvent emprunter des sentiers de berger en toute discrétion sous les arbres. Sans pour le moment disposer d’un territoire « libéré » comme avant, ils contrôlent déjà de fait de vastes régions sans qu’aucune force sur le terrain ne soit aujourd’hui en capacité de les déloger alors que leur objectif de ces combattants n’a pas varié : faire tomber les régimes africains qu’ils considèrent impies, en sachant que le temps joue pour eux.

Source: lepoint
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