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Postface : Est-ce encore le retour à la case-départ ?

Alors que notre livre sur la vie et l’œuvre de Diby Silas Diarra est pratiquement sous presse, les événements conduits par le M5-RFP (Mouvement du 05 juin-Rassemblement des Forces Patriotiques) conduit lui-même par l’imam Dicko et nombre d’hommes et de femmes politiques, aboutit, dans la nuit du 18 au 19 septembre 2020, à l’arrestation du Président IBK ainsi que de son Premier ministre Boubou Cissé et de quelques autres hommes politiques et militaires par des officiers, dit-on, en mutinerie.

 

Les grands rassemblements provoqués par le M5-MFP en juin (05, début des rassemblements au Monument de l’indépendance à Bamako et dans les grandes villes maliennes), juillet (10, 11, 12, avec violence et mort de personnes), août (le 08 du mois) et septembre (tout le mois programmé d’actions de désobéissance civique), ces rassemblements donc, ont révélé l’impopularité patente du régime du président IBK depuis les scrutins bâclés de 2018 et qui lui ont “traficoté un second mandat”.

Encore une fois, comme en novembre 1968, en mars 1991, en mars-avril 2012, les Maliens ont manifesté bruyamment leur joie d’un nouveau changement espéré ! C’est quand même terrible qu’en plein XXIe siècle, en 2020 précisément, qu’un peuple en soit encore à se réjouir d’un coup d’État militaire au regard des menaces et condamnations et de suspensions en tous genres encourus. C’est que, peut-être, les boursouflures de la gestion clanique et familiale du pouvoir par le régime IBK depuis 2013 (mais surtout depuis 2018 début de son second mandat) ont exaspéré plus d’un et mis même à mal tous les partenaires internationaux de ce pays martyr ! Ce peuple patient et courageux dans l’épreuve a été malheureusement, chaque fois, berné et pris pour le dindon de la farce. En 1968 les militaires, avec, à leur tête, Moussa Traoré, nous avaient promis qu’en six mois, ils rendraient le pouvoir aux civils, ils sont restés aux affaires pendant vingt et trois (23) ans. En 1991, après les épreuves que l’on sait, les Maliens croyaient être entrés pour de bon dans la démocratie vertueuse, et beaucoup de signes l’ont même fait croire, jusqu’à ce que des “infiltrés” se mettent à la manœuvre pour dévoyer la démocratie. En 2012 le “consensus” avait transformé l’ersatz de démocratie en soupe populaire et pratiquement tous nos hommes et femmes politiques s’y sont donné à cœur joie. Aujourd’hui, en 2020, comme l’a dit Amadou N’Fa Diallo, sur les réseaux sociaux, “IBK est devenu le Président de toutes les faillites : faillite de la défense, faillite de la sécurité, faillite de l’école, faillite de la santé, faillite de l’économie, faillite de la morale, etc.”. Pris en otage par les “griots” et “laudateurs” qui chantent ses louanges envers et contre tous, l’homme s’est coupé de son peuple au point de se complaire dans les luxes de la fonction et les ors de la République.

L’histoire bégaye donc au Mali : 1968, 1991, 2012, 2020, et chaque fois, le pauvre peuple du Mali a manifesté bruyamment sa soif de changement et son attente d’un espoir toujours déçu. Les jeunes militaires qui font irruption sur la scène politique ce mardi 18 septembre 2020 au sein d’un CNSP (Comité National de Salut pour le Peuple), doivent prendre conscience qu’ils parachèvent ce que le M5-RFP avait déjà commencé. Ils doivent lire à leur profit l’histoire des révolutions manquées dans ce pays. Nul ne peut plus nous faire des belles promesses aujourd’hui en 2020 et les piétiner impunément. Ils auront à prendre des décisions impopulaires qu’ils assument, car, il est certain que les courtisans et les “griots” ont commencé leurs manœuvres pour circonvenir le nouveau pouvoir. Ils devront fermer leurs oreilles et leurs yeux pour mettre la personne qu’il faut à la place qu’il faut, sinon, ce sont les mêmes erreurs que nous allons reproduire et nous nous retrouverons dans quelques temps encore à la cas-départ ! Et nous serons obligés de camper encore à la Place de l’indépendance pour exiger la fin d’un autre nouveau régime. La jeunesse africaine (malienne) consciente est désormais connectée aux réalités du monde et elle sait que le leadership militaire est bien différent du leadership politique. Nous espérons donc qu’ils prendront les bonnes décisions.

D’aucuns ont manifesté bruyamment leur refus de l’irruption des religieux sur la scène politique arguant qu’ils devraient rester confinés dans leurs mosquées, églises et temples. Ce sont ceux-là qui lisent mal la loi de séparation entre l’Église et l’État. Tout religieux, qu’il soit musulman, chrétien ou autre qui est incapable d’embrasser la cause des plus petits, des exploités, des dominés, bref, des pauvres, est un faux religieux. La religion devrait être, dans chaque pays, la vigie pour alerter lorsque les valeurs sont piétinées par les gouvernants et les dominants (économiques et autres). Je crois que le combat de l’imam Dicko était légitime et il était absolument dans son droit et devoir, et nous savons qu’il est conscient que son rôle n’est pas de gérer directement le pouvoir, mais d’en être la conscience et le frein lorsqu’il “déborde”.

On me dira qu’il y a d’autres façons pour les religieux d’intervenir. On me dira que d’autres religieux ont sans doute agi en coulisses sans être au-devant de la scène, comme les Églises catholique, protestante et autres, mais l’imam Dicko n’a fait que prendre le leadership “gaspillé” par les hommes et femmes politiques du Mali qui sont complètement démonétisés. Ce que Dicko a fait et doit continuer de faire, aurait pu être fait par l’archevêque de Bamako ou par l’un des pasteurs du Mali ou tout autre leader religieux sans qu’on puisse lui dire qu’il n’est pas dans son rôle. Lorsque le leadership politique est en faillite morale comme au Mali, le leadership religieux peut valablement (légitimement) le remplacer, le temps de mettre les pendules à l’heure et hâter l’avènement de la justice, la paix, la bonne gouvernance, etc., pour le bonheur des “sans voix”. Il arrive toujours des moments, lorsque le leadership économique, politique, moral, bat de l’aile, où le religieux doit accepter de descendre dans l’arène, voire, se “salir” carrément au contact de ces réalités, pour, ensuite revenir à ses prêches. De la même façon que la société civile et la jeunesse se réveillent, de la même façon le religieux se réveille et il semble que rien ne sera plus comme avant.

La Cédéao et l’Union Africaine menacent ? Elles sont dans leur rôle “théorique” et traditionnel depuis leur création. Des sanctions ? Elles sont la conséquence directe des menaces. C’est le baroud d’honneur de présidents, mis à part les anglophones, qui sont parfois mal élus, soit, lorgnent du côté d’un 3è mandat, soit encore, refusent carrément de quitter le pouvoir. L’absurdité de la situation commence, du reste, à mettre l’un ou l’autre président mal à l’aise. Il est certain qu’au Mali ce qui s’est passé est loin d’être considéré comme un “simple coup d’État” si on considère tout le travail de sape opéré par le M5-RFP pendant des semaines. La Cédéao a intérêt à sortir par le haut en négociant avec le CNSP pour une sortie de crise dans la crise.

J’ai lu avec bonheur sur les réseaux sociaux cet aphorisme impertinent d’un compatriote : “Après la démission du président IBK, les Maliens doivent démissionner de certaines de leurs mauvaises pratiques”. Il me semble qu’il y a là une interpellation pour notre peuple qui a raté 3 révolutions à cause de l’effondrement des valeurs au Mali. Depuis 1968 et bien plus, depuis 1991 l’éthique a quitté notre Nation. L’argent-roi, intronisé par des hommes et femmes politiques et des cadres militaires a provoqué le pourrissement sur pied de toutes les structures et de toutes les institutions dans notre pays. Les allégeances et soutiens ne sont plus en fonction de la moralité de l’homme en face, mais en fonction des miettes et profits que je peux en tirer. Le mensonge et la duperie ont complètement grippé l’espace politique, sinon, on peine, par exemple, à comprendre de l’extérieur comment un Karim Keita (à son âge et son inexpérience) a pu passer Président de la Commission Défense de l’Assemblée nationale, d’un pays en guerre complexe ! Comment notre pays est-il tombé si bas qu’on en arrive à cautionner et à absoudre des pratiques si basses et si déshonorantes pour la patrie ? Si hier, Amadou Ampathé Ba a pu affirmer “qu’un vieillard qui meurt en Afrique est une bibliothèque qui brûle”, nous devons avoir l’humilité de dire aujourd’hui que “beaucoup de vieillards au Mali sont des bibliothèques vides, sans ouvrages, sans livres”. Accroupis dans les vestibules et les arrière-cours, des vieillards et des vieux parents, au Mali poussent leurs enfants à voler, à détourner de l’argent, à se comparer à un tel, etc. Comment en sommes-nous arrivés-là, qu’accéder à un poste dans la fonction publique est la logique d’un enrichissement obscène et provocateur ? Le relativisme en a fini avec la morale et l’éthique dans notre pays, si bien que chacun défend son “bienfaiteur”, son “parent arrivé” même si on sait que c’est une canaille de la pire espèce, un escroc, on écrit quand même sur les réseaux sociaux qu’une telle personne est une “chance pour le Mali. Soyons sérieux ! Tant que “nous ne démissionnerons pas de ces pratiques malsaines et vulgaires, nous aurons beau changer les régimes et les présidents, le Mali végètera dans la médiocrité, parce que nous faisons la promotion des médiocres et des hâbleurs, etc. “.

Une nouvelle page se tourne pour notre pays, une page pleine de promesses pour les plus pauvres, les dominés, les Sans voix. S’il faut refonder le Mali, il faut fondamentalement “refonder l’homme malien” qui a perdu tout honneur, toute probité et tout crédit. Si le régime du président IBK a atteint un tel niveau de pourrissement sans que rien ne change, c’est que quelque part, notre société elle-même est à un niveau très avancé de pourrissement sur pied ! Que Allah-Dieu sauve et garde le Mali.

Le Gallican

Mali Tribune

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