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Nouhoum Togo, à l’issue des concertations nationales : «Il y a eu un hold-up et un coup d’Etat dans la salle… »

«Nous avons senti beaucoup de manipulations visant, pour certains jeunes militaires, à se maintenir au pouvoir… les résultats ont été manipulés ! Raison pour laquelle nous nous sommes démarqués… Et nous allons nous assumer politiquement dans les jours à venir ». NouhoumTogo dixit ! 

 

Il est l’un des responsables du M5, membre de la cellule de communication du M5-RFP, président de l’Union pour la Sauvegarde de la République (USR), Porte-Parole du Chef de file de l’Opposition, SoumaïlaCissé.  Il nous livre ici sa vision propre et celle de son mouvement politique sur la situation en cours au Mali et en l’occurrence sur les incidents qui ont émaillé les travaux des concertations nationales en fin de semaine dernière au CICB. Entretien !

Que s’est-il passé au CICB lors des concertations nationales ? La réponse de M. Togo est très édifiante :

« Il y a eu un débat très houleux pendant les deux jours-ci… A l’issue des travaux, les rapports ont été lus dans la salle. Les rapporteurs devraient continuer à faire un travail de synthèse jusqu’à 02, voire 03 heures du matin en faisant la compilation des deux journées… Mais lors de la lecture du rapport final en plénière, nous avons remarqué qu’ils n’ont pas pris en compte, de manière fidèle, les conclusions des travaux des deux journées…Nous avons constaté qu’il y a eu un hold-up, un coup d’Etat… ». 

Selon M. Togo, la majorité des participants a opté pour une transition civile, un premier Ministre civil. Mais dans le rapport, ils ont mis un «Premier Ministre civil ou militaire». 

Et de préciser : «nous tenons à rappeler que dès les premiers jours du changement (les événements du 18 Aout), la junte a clairement dit qu’elle remettra le pouvoir aux civils. Mais dans la salle, nous avons senti beaucoup de manipulations visant, pour certains jeunes militaires, à se maintenir au pouvoir. Nous pensons que cette situation n’est pas bonne pour le Mali. C’est regrettable ! ».

«Bien entendu, nous ne sommes pas satisfaits parce que les résultats ont été manipulés ! Raison pour laquelle nous nous sommes démarqués du rapport qui ne prenait pas en compte notre aspiration et notre vision.  Ils cherchent à diviser le 05 pour régner. Mais nous restons unis et solidaires. Et nous allons nous assumer politiquement dans les jours à venir.  Nous avions d’ores et déjà publié un communiqué de démarcation».

De l’avis de M. Togo, le Mali se trouve aujourd’hui dans une situation de crise généralisée. Et pour en sortir, il ne faudra pas gérer avec le sentiment. Il est important qu’ensemble avec tous les Maliens, et avec lucidité, «nous regardions les problèmes en face et cherchions ensemble les solutions appropriées en faisant une rétrospective des 60 dernières années».

A y regarder de très près, poursuit-il, «nous constatons que le pays a été dirigé, pendant ces 60 dernières années, 35 ans par des militaires et 25 ans par les civils. Et le plein-pouvoir a été donné à nos présidents de 1960 à nos jours. Et hormis le régime d’Alpha Oumar Konaré [le premier Président démocratiquement élu – ndlr], tous les autres se sont été soldés par un coup d’Etat militaire… Il faudra en tirer les leçons. Le pays reste toujours à la traine malgré la présence de ses nombreux cadres ».

«Si nous voulons sortir de cette situation, il va falloir que l’on travaille avec fermeté et rigueur, dans le respect et la dignité et que tout le monde se mette au travail en évitant les erreurs du passé. Et les règles doivent être claires pour tout le monde… L’armée ne doit pas être gérée par les sentiments, mais dans la dignité et l’honneur, le respect des principes…».  

Le Porte-parole du chef de file de l’opposition et non moins président de l’USR, poursuit : «Tous ceux qui ont détourné des biens publics, doivent rendre compte… L’école malienne doit être capable de préparer l’avenir du pays en produisant les cadres compétents de demain. Nous avons la force pour ce faire. Et j’invite les Maliens à cet effet ! ».

Et parlant de la junte, il soutient : «Ils ne peuvent venir parachever le travail des autres et vouloir se maintenir… C’est l’arrogance et le mépris qui ont mis ce pays à terre».

Est-il possible d’apporter un changement qualificatif dans ce pays ? Bien possible, de l’avis de M. Togo : «Si nous voulons changer ce pays de manière irréversible, il faut changer de système et adopter des règles basées sur l’honneur, la dignité, le respect et la morale. Que les responsables soient honnêtement nommés sur la base de leurs moralité et compétences, sans distinction de coloration politique   ou familiale ; que ces jeunes cadres acceptent aussi de faire la politique ; que l’Armée soit redéployée sur l’ensemble du territoire et qu’elle fasse son job.  Idem pour la justice !»

Et quel conseil M. Togo donnerait-il éventuellement, d’abord au M5-RFP ?

«Il est vrai que nous nous sommes battus et avions payé le prix fort. Mais le M5 –RFP va au-delà de ses seuls responsables et militants. Le Mouvement s’est approprié l’aspiration de tout le Mali et est, à cet effet, l’émanation de tout le pays. Il doit donc créer toutes les conditions afin que tous les Maliens se retrouvent.  

La junte quant à elle, elle doit rester dans la logique du changement. 

La CEDEAO pour sa part, doit éviter les sanctions aveugles contre le peuple malien. C’est plutôt le défunt régime qu’elle aurait dû sanctionner. Il y a des protocoles au niveau de l’organisation commune pour ce faire. Mais ils ne l’ont pas fait et ont laissé IBK détruire le pays sous leurs yeux. La CEDEAO et l’ensemble de la Communauté internationale doivent continuer d’assister le Mali et soutenir le peuple Malien et non en créant les conditions d’un chaos avec la fermeture des frontières, des embargos… ».

Entretien réalisé par B.S. Diarra

La Sentinelle

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