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Mali: rupture de ‘‘consensus’’

Sous l’égide de l’Imam Mahmoud Dicko, une nouvelle force sociale se met en place alimentée par une résistance populaire non violente. Celle-ci semble consacrer la rupture du consensus incestueux instauré après la révolution de mars 1991. A présent que le leadership transformationnel malien a un nom et un visage, comment préserver l’essentiel et sortir par le haut ?

 

LA MARGE DE MANŒUVRE DU M5-RFP
Aucune lassitude pendant que le mouvement va crescendo. La stratégie de l’Imam Dicko consiste à montrer suffisamment sa force pour ne pas avoir besoin de s’en servir. Sage et innovant, mais aussi conforme à la démocratie. La remobilisation des foules dans la discipline encore mieux réussie que le 5 juin 2020, l’entrée en scène des villes de l’intérieur du pays et de groupes constitués au sein de la diaspora, prouvent que le peuple adhère aux revendications et que le M5-RFP constitue une véritable force socio-politique qui porte l’empreinte indélébile de l’Imam. Le message est donc clair pour IBK qui doit rapidement trouver des réponses, sauf à courir le risque de se trouver face à une escalade dont l’issue pourrait provoquer un malaise encore plus grand dans son propre camp qui commence à se fissurer. En effet, le RPM n’a jamais été soutenu et préparé pour qu’il devienne fort et respecté, les institutions mises en cause par le M5-RFP n’ont jamais brillé par leur professionnalisme, IBK lui-même a quitté tous ses vrais amis pour s’entourer d’un cercle restreint dont les membres se sont évertués Dieu seul sait comment à faire et défaire carrières et fortunes au Mali, contribuant à le rendre davantage plus impopulaire. Si la marge de manœuvre du M5-RFP est assez large et solide, celle d’IBK est très étriquée et instable. A terme, la généralisation de la contestation pourrait déboucher sur la paralysie des activités des villes et des institutions, ce qui lui ôterait toute possibilité de se faire entendre au Mali et même ailleurs. Il doit éviter cela et se préserver une lucarne d’intervention et d’action, quitte à accompagner le mouvement en cours. On ne se bat pas contre un peuple qui vous a investi de sa confiance. Il faut savoir regarder au-delà des hommes pour se maintenir dans le sens de l’histoire. Aucun sacrifice n’est trop grand pour sauver son pays.

IBK FACE À L’HISTOIRE
ET À SON DESTIN
Toutes les conditions étaient réunies en 2013 pour qu’IBK réussisse sa mission : une base politique large et forte, un soutien populaire indiscutable, un pays entier malgré les velléités de sécession. On attendait qu’il opère le changement afin de rompre avec les turpitudes du mouvement dit démocratique et ramène la paix dans le pays. Aujourd’hui, comme frappé par le syndrome de Carter, il ne contrôle plus les 2/3 du territoire et tout ce qu’il entreprend se retourne contre lui. Longtemps resté dans les formules et les incantations, IBK ne s’est jamais outillé pour la gestion de crise. Sinon, un président de la république peut-il avoir plus haut représentant que son propre premier ministre ou les membres de son gouvernement ? Désormais dans la position du naufragé face à un courant fort, accroché à une ligne de pêche dont la canne est tenue par ses adversaires, il doit profiter du peu de pouvoir et de crédit qui lui reste pour entrer non dans une logique de résistance mais de concession. La sagesse est d’autant plus nécessaire dans cette guerre d’usure que le RPM déconsidéré et démotivé n’est plus que l’ombre de lui-même ; au peuple qui demande sa dissolution pure et simple, l’Assemblée Nationale ne propose que la tête d’un Premier Ministre démissionnaire ; la Cour Constitutionnelle qui ne compte plus que 4 membres sur 9 est devenue inopérante. Toutefois, le remembrement de cette Cour se présente comme une aubaine, une opportunité juridique de régler en droit deux points de revendication du M5-RFP : le sort de Manassa et celui de quelques parlementaires, à défaut de régler celui de tous. Pour mémoire, la Cour Constitutionnelle de Côte d’Ivoire qui avait investi Laurent GBAGBO en 2011, avait fini par se rétracter pour déclarer Alassane OUATTARA vainqueur, en toute légalité.
L’une des portes de sortie qui se présente si l’on souhaite rester dans le cadre du droit est le remembrement de la Cour Constitutionnelle dont les nouveaux membres pourraient décider une remise à plat du dossier des élections législatives. IBK acceptant ensuite d’accompagner le mouvement en cours contre son maintien même symbolique à la tête de l’Etat, pourquoi pas ? Tous y gagneraient en donnant une nouvelle chance au Mali.

Mahamadou Camara
Email : [email protected]

Source : INFO-MATIN

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