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Mali: l’appel du 5 juin

Les militants et sympathisants du « Regroupement des forces patriotiques » ont pris d’assaut la Place de l’Indépendance le vendredi 5 juin 2020, à l’appel des responsables du regroupement, sous l’égide de l’Imam Mahmoud Dicko. Une fois le pari de la mobilisation largement gagné, les organisateurs ne demandaient ni plus ni moins que la démission d’IBK. Se dirige-t-on vers un combat de la légalité contre la légitimité ? L’esprit du 5 juin va-t-il prospérer ?
POURQUOI L’APPEL À LA DÉMISSION D’IBK ?

 

Au Mali, Mahmoud Dicko n’est ni un inconnu, ni un parvenu. Ce que beaucoup font semblant de ne pas savoir, c’est qu’il n’a jamais été loin de la scène politique dont on peut même dire qu’il est resté un observateur avisé au cours des trente dernières années. N’a-t-on pas aperçu sa frêle silhouette en 1991 lorsqu’il a été appelé pour faire des bénédictions à la Conférence Nationale devant les représentants de toute la nation ? Ne l’a-t-on pas régulièrement entendu plus tard en sa qualité de président du Haut Conseil Islamique, sur différents sujets concernant la vie de la nation : élections, code de la famille, réforme de l’école, prolifération des débits de boisson et autres lieux de prostitution, corruption, rébellion et terrorisme ? De 1992 à ce jour, combien d’hommes politiques se sont appuyés sur les leaders religieux pour parvenir à leurs fins ? IBK en fait partie pour avoir sollicité le chérif de Nioro qu’on dit être le mentor de Mahmoud Dicko. Comment expliquer la situation actuelle de dépit, voire de rejet de l’autre ? Sur la base des constats, l’explication la plus simple est qu’IBK ne sait pas entretenir durablement une relation sociale. Pour un homme politique, c’est le pire des défauts, car il faut toujours craindre le retour du bâton. En effet, qu’il s’agisse des partis politiques, des organisations de la société civile, des chefs traditionnels, des leaders religieux, des opérateurs économiques, des anciens membres du gouvernement, des anciens présidents de la république ou de ses homologues chefs d’État, avec qui IBK entretient-il une véritable complicité au point que celui-ci puisse être qualifié d’ami ? On a le sentiment que pour lui, les bonnes résolutions ne peuvent pas venir des autres. Dès lors, on comprend la demande publique de pardon formulée par Mahmoud Dicko pour lui-même et pour le chérif de Nioro, pour avoir été un moment des soutiens inconditionnels de l’homme qu’ils combattent aujourd’hui. Il justifie ce combat par la faillite du régime et la nécessité de sauver le pays du chaos qui pointe à l’horizon. Cette demande de pardon est méritoire et pleine d’humilité parce qu’elle ouvre la porte à d’autres pour qu’ils fassent leur mea culpa le cœur léger. C’est surtout une belle opportunité pour IBK lui-même de faire le sien, afin de créer l’apaisement et un cadre propice de dialogue. Attention à l’orgueil, car il précède la chute !
EST-CE LA FIN D’UN CYCLE POLITIQUE ?
On sait le corps social malien malade. Il est malade des hommes politiques et de leurs pratiques de prédation. Il a mal à la jeunesse, car de nombreux jeunes se sont réfugiés dans l’irrévérence et la violence des réseaux sociaux s’ils ne sont pas tout simplement des suiveurs de politiciens. Il est enfin malade de la réserve observée par la plupart des gardiens du Temple (chefs traditionnels et leaders religieux) au nom d’une certaine idée de leur mission. L’appel du 5 juin sera-t-il l’amorce d’une nouvelle ère politique ? Permettra-t-il de créer le déclic nécessaire dans un contexte difficile marqué par la division du pays, la crise sécuritaire, les conflits intercommunautaires, les clivages sociaux aggravés, les crises post-électorales, la défiance vis-à-vis des institutions et de ceux qui les incarnent ? Quel que soit le cas de figure, tourner la page de l’ère du mouvement dit démocratique devient indispensable au Mali et IBK pourrait bien être le dernier des Mohicans de la 3ème république. Dans cette grisaille, comment ne pas saluer l’attitude républicaine et le courage du Gouverneur du District de Bamako qui a autorisé la marche, la déclaration rassurante du Chef d’état-major de l’armée nationale et l’attitude professionnelle de l’ORTM qui a couvert et rendu compte de l’évènement au cours du journal télévisé du vendredi. Tout cela a contribué à abaisser la tension et éviter l’escalade. En réalité, les problèmes ne paraissent si compliqués que parce que ceux qui en ont la charge sont soit incompétents, soit défaillants et ils sont légion. Aujourd’hui, tout le monde s’accorde pour dire que la solution à la crise au nord et au centre du pays ne sera pas militaire. Alors, pourquoi n’use-t-on pas des mécanismes traditionnels de règlement des conflits pourtant très efficaces, au lieu de nommer des représentants qui ne peuvent sortir de Bamako ? Surtout, pourquoi n’avoir pas sollicité l’expérience d’ATT dans le traitement du dossier du centre qu’il connait bien, tout comme celle de l’Imam Mahmoud Dicko dans celui du nord, mais aussi du centre ? Les donneurs d’ordre dans la gestion de la crise au Mali doivent comprendre que la solution ne sera que malienne et il urge d’abréger les souffrances des populations.
Le premier coup de semonce du « Regroupement des forces patriotiques » semble avoir fait tache d’huile. Dans ce combat républicain de la légalité incarnée par IBK et de la légitimité que représente le peuple, qui prendra le dessus ? Gageons que la sagesse finira par l’emporter. Les prochains jours nous édifieront.

Mahamadou Camara
Email : [email protected]

INFO-MATIN

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