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Entre nous : Le festival des brigands !

22 septembre 1960-22 septembre 2021. Le Mali a célébré le mercredi dernier le 61ème anniversaire de son accession à la souveraineté nationale et internationale. Cinq coups d’Etat militaires dont deux en espace d’un an ! Trois Républiques !

 

En quelques années seulement, le régime du président Modibo Keïta, qui avait un grand projet, une grande ambition pour le Mali, a jeté les bases du développement de notre pays. Les industries qui ont presque disparu sous les IIe et IIIe Républiques étaient l’œuvre des pères fondateurs du Mali.

L’altermondialiste et essayiste Aminata Dramane Traoré écrit dans son livre « Le Viol de l’imaginaire » que « le tort de la première génération de décideurs maliens fut de tenir tête à la France en nationalisant les entreprises et en créant d’autres du même statut, en recentrant la production sur les besoins des consommateurs, en se dotant d’une monnaie nationale – le franc malien -, en fermant les bases militaires françaises. La France, défiée, a torpillé le Mali en quête de liberté et d’autonomie. La coopération avec le bloc de l’Est fut interprétée, selon le jeu des alliances de l’époque, comme une trahison qui n’allait pas restée impunie. L’alternance politique aura servi à légitimer et à consolider les mécanismes de prédation et de paupérisation du peuple malien ».

L’état dans lequel se trouve le Mali est loin d’être reluisant, 61 ans après le « départ » du colon français. Le pays traverse depuis 2012 la crise la plus grave de son existence. Le président Modibo Keïta et ses compagnons se retournent certainement dans leurs tombes ! Si le père de la nation et ses camarades de lutte devaient revenir, ils ne reconnaîtraient plus leur Maliba. Ce pays qui avait pris une longueur d’avance sur plusieurs nations africaines est aujourd’hui à la traîne. Par la faute de ses propres enfants.

61 ans après la fin officielle du colonialisme blanc, le Mali a été trahi par ses fils. C’est la trahison des enfants du Mali qui est à l’origine de la tragédie en cours qui risque d’emporter la République. Un adage populaire nous enseigne : « Quand le mur se fissure, le margouillat y pénètre. »

« Après une gestion démagogique qui avait gaspillé les ressources du pays, une nouvelle équipe avait pris le pouvoir. Elle était honnête et désireuse de servir le bien public. J’ai rencontré à plusieurs reprises son chef, le colonel Moussa Traoré et j’appréciais sa droiture et sa volonté de redresser la situation de son Etat ». Ces propos tenus par l’ancien président français Valery feu-Giscard D’Estaing dans son livre « Le pouvoir et la vie », en disent long sur l’hostilité de l’ancienne puissance coloniale à l’égard du régime du président Modibo Keïta renversé le 19 novembre 1968, par un coup d’Etat militaire. En renversant le régime socialiste de Modibo Keïta, ceux qui ont pris les commandes de l’Etat en complicité avec la France, n’avaient ni le génie ni la capacité intellectuelle de redresser les erreurs commises par les « libérateurs du Mali ». Indiscutablement, la déchéance de la nation malienne a commencé le jour où une bande de militaires sans aucune culture politique ni de gestion étatique a pris la responsabilité de conduire les affaires de la République en trahissant leur serment de militaires.

Les œuvres de prédation de la dictature civilo-militaire furent parachevées par les « démocrates sincères et patriotes convaincus » qui, au nom d’une démocratie de façade, ont pillé l’Etat pour endosser leurs costumes de milliardaires. La gestion de l’ère démocratique a mis à nu les velléités mercantiles et machiavéliques de ceux qui ont combattu la dictature.

Le dictateur, dont les vingt-trois ans de règne ont détruit les fondements de la jeune République, était, avant sa disparition en septembre 2020, plus populaire que les pseudo-démocrates placés devant le tribunal de leur propre conscience mais aussi celui de l’histoire. L’état dans lequel se trouve le pays est suffisamment révélateur de cet échec de la classe politique qui, dans son ensemble, porte l’entière responsabilité de la tragédie nationale avec son corollaire de honte et d’humiliation. Une classe politique irresponsable dont la médiocrité est à la limite de son arrogance. L’incapacité de l’élite dirigeante et ses adversaires à mettre avant les intérêts stratégiques de la nation a propulsé sur la scène publique une race d’officiers supérieurs qui désertent le champ de bataille pour les bureaux climatisés. Quel gâchis pour le Mali !

« À la veille du 22 septembre, demander avec fracas le départ de la France pour aller se livrer, pieds et poings liés, à une bande de miliciens voraces, au service d’une Russie toute aussi impérialiste que la France d’Areva et de Bolloré, est une honte nationale. . .   Offrir nos ressources à des miliciens étrangers pour sauver leur insigne peau, et enrichir des personnes venues de nulle part, nommées sans légitimité, sans expérience de la chose publique, pour représenter et prendre des décisions de vie et de mort nous concernant, est une abomination que, si les Maliens laissent faire, ils paieront cher. On ne peut pas confier la gestion du Mali à des militaires, activistes ou politicards effrayés par le suffrage universel, au mieux inexpérimentés, au pire obsédés par leurs intérêts personnels, voire les deux. Encore moins la défense de notre souveraineté à des étrangers », s’indigne Ibrahima KÉBÉ Tamaguidé de l’Association politique Faso Kanu.

Le système de gouvernance parasitaire mis en place  dans le pays a dénaturé le visage de la société malienne jadis jalouse des valeurs comme l’honnêteté, l’intégrité, la transparence, etc.

Soixante-et-un ans après « le départ » du colon français, le Mali a été trahi par ses fils. Une école pour les enfants des pauvres et une autre pour ceux des riches. Un système sanitaire au rabais, une justice à deux vitesses, une corruption généralisée, une injustice qui crève les yeux. On vole, on ment, on triche, on veut de l’argent facile sans fournir le moindre effort, on gaspille le bien public et on se glorifie de pratiques qui faisaient la honte, hier.

« La République du Mali n’existe que sur papier. Depuis l’indépendance ce sont des clans qui tiennent le pays et s’enrichissent par le sang des autres. On nous parle de patriotisme alors que la patrie n’existe pas. Le Mali en tant qu’Etat-nation n’existe pas, je suis de nationalité Soninké », ironise l’activiste Samba Gassama.

Aujourd’hui, nous devons avoir le courage de reconnaître nos erreurs. Arrêtons de rejeter la responsabilité de nos malheurs  sur les autres ou d’accuser les autres d’être à la base de nos problèmes. Ressaisissons-nous !

Par Chiaka Doumbia

Source : Le Challenger

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