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CONTE: L’antilope sacrée

Autrefois, le feu Usiri était la propriété des animaux sauvages de la grande forêt. L’antilope N’kato était chargée de veiller sur lui car elle était la plus gracieuse, la plus rapide et la plus belle de tous. Un soir, un chasseur aperçut une flamme qui dansait dans la forêt. Il s’approcha doucement pour l’observer.

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La flamme montait d’une grosse buche. Elle se tordait, virevoltait, tressautait sous le souffle du vent. Auprès d’elle, une antilope, assise, la regardait de ses prunelles humides. C’était une bête superbe dont le front était rehaussé de deux cornes aiguisées come des couteaux.

L’antilope N’kato sentit une présence étrangère. D’un bond, elle se dressa et pointa vers le chasseur les dagues acérées de ses cornes. Le chasseur saisit son carquois et ses flèches, mais une lueur filtra entre les branches et l’homme étonné constata que c’était une antilope sacrée.

Il n’avait pas le droit de l’abattre, car elle était marquée au front de l’étoile blanche des dieux. Il se retira dans l’ombre et prit le chemin du retour. Lorsqu’il, atteignit le village, le jour peu à peu se mourait, en gerbes rouges, aux confins des grands borassus. Les hommes, assemblés devant les cases, devisaient entre eux.

Le chasseur raconta :

– j’ai vu le feu Usiri dans la forêt, leur dit-il. Il dansait et sautillait hors d’un morceau de bois. Il éclairait la nuit comme un soleil.

Le chef intrigué vint vers lui :

– Où se cache-t- il ?, Interrogea le vieillard.

– Une antilope le garde dans le ressui près de la rivière, répondit le chasseur. Mais c’est une antilope sacrée, nous ne pouvons pas l’abattre .Le chef hocha la tête et murmura :

Nos nuits sont trop sombres. Puis, élevant la voix vers sa tribu, il ordonna : Demain, nous nous emparerons du feu Usiri ! Et chacun regagna sa case pour y passer la nuit. Dès que le jour se leva, les hommes du village s’éloignèrent  dans la forêt pour obéir aux ordres du chef. Mais les oiseaux s aperçurent et donnèrent l’alarme.

Les animaux se rendirent auprès de N’kato :

Sauvons le feu Usiri, car les hommes arrivent, s’écrièrent-ils. L’éléphant saisit le feu Usiri dans sa trompe et se mit à courir dans la forêt. Les arbustes craquaient sous ses pattes, mais il ne s’en souciait guère. Au loin, les cris des hommes se rapprochaient. L’éléphant, portant le feu, traversa quatre rivières. Chaque fois qu’il prenait pied sur l’autre rive, les animaux lui criaient :

Avons-nous toujours le feu ?

– Nous l’avons toujours ! répondit l’éléphant en secouant la boue qui collait à ses pattes.

Lorsque l’éléphant fut fatigué, il appela le léopard :

– Tiens, lui dit-il.

Porte le feu Usiri un instant car je suis las de courir.

Le léopard, à son tour, saisit le feu Usiri dans sa gueule et s’élança sous le couvert des arbres. Mais derrière les animaux, les hommes continuaient la poursuite. On les entendait frapper au passage les troncs d’arbre de leurs bâtons. L’écho renvoyait le son très loin. Les chasseurs espéraient ainsi dérouter les animaux et les approcher par surprise.

Bientôt le léopard fut las de courir. Il confia le feu au lion et les animaux, à tour de rôle, portèrent le précieux feu Usiri pour l’éloigner des hommes. Mais les chasseurs rusés gagnaient du terrain.

Ayant ainsi beaucoup couru, les animaux fatigués revinrent à leur point de départ et confièrent à nouveau le feu à l’antilope N’kato. Elle se leva d’un bond, fila comme une flèche et, légère et rapide, disparut dans les hautes herbes  avec le feu Usiri dans la gueule .Elle traversa, à gué, trois cours d’eau.

La sueur ruisselait sur son poil moucheté de princesse, mais la courageuse antilope poursuivait sa course insensée. Elle venait  de prendre pied sur la rive lorsqu’elle sentit soudain le sol se dérober sous ses  pas. L’antilope, gardienne du feu, tomba dans le piège des hommes. Ceux- ci la maitrisèrent et lui volèrent le feu.

Les animaux déçus se transmirent la triste nouvelle et, de la forêt entière, s’éleva une grande clameur de détresse. Désormais, le feu Usiri n’éclairera plus la nuit des animaux de la forêt. Depuis ce jour-là, le feu règne chez les hommes. L’antilope N’kato, la vaillante gardienne du feu, reste pour tous un animal sacré. Ni les hommes, ni les animaux ne lui feront de mal.

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