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Sites de déplacés : Les femmes ne baissent pas les bras

Bamako, 07 Déc (AMAP)

Nous sommes samedi. Sur le site des déplacés de Niamana, règne le calme. Devant les tentes de fortune, sur des nattes certains se reposent. D’autres, à l’intérieur, font la sieste. Ici, vivent 147 âmes dont 34 femmes toutes contraintes de fuir leur village pour rallier Bamako à cause des affrontements qui persistent dans certaines zones. La majorité vient des localités de Koro, Bandiagara, Bankass et Douentza, dans le Centre du Mali.

Sur ce site, les habitants usent de débrouillardise pour survivre. S’il est vrai qu’ils reçoivent des dons en nature, il est aussi vrai qu’ils ont besoin d’argent pour subvenir à leurs multiples besoins. Puisque peu d’hommes travaillent, ce sont les femmes qui mènent des activités génératrices de revenus pour tenir toute la famille. Elles se battent au quotidien. Certaines vendent des beignets, d’autres sillonnent les différents dépotoirs d’ordures pour récupérer des objets usagers. D’autres travaillent comme lavandières, aide-ménagères… Ces dames font tout pour subvenir aux besoins des leurs dans la précarité

Sous sa tente, Véloré Traoré faisait la sieste. Réveillée après notre arrivée, elle sort sa tête de sous son abri pour nous accueillir. La jeune dame de 25 ans, qui a fui son village, vit sur ce site depuis plus d’un an. Pour son indépendance économique, elle est devenue aide-ménagère. Valoré travaille à Attbougou pour une dame fonctionnaire. “Chaque jour, hormis le samedi et le dimanche, je vais chez elle, à partir de 8 heures jusqu’au petit soir. Je fais la cuisine et les autres travaux ménagers. A la fin du mois, elle me paye 10.000 Fcfa”, confie la veuve. Même si cet argent ne couvre pas ses dépenses, elle pense que c’est mieux que de rester à la maison. « Qui va prendre les enfants en charge ? J’en ai deux. Je suis désormais la seule responsable d’eux », souligne-t-elle.

Trois vieilles femmes arrivnent et se mêlent à la conversation. Djouldé Diarra, Aïssata Traoré, Tedy Traoré soutiennent qu’elles ont décidé de ne pas baisser les bras, malgré leur âge. Elles sillonnent les dépotoirs d’ordures pour chercher des bidons ou bouteilles vides et de la ferraille. Certains revendeurs se déplacent vers elles pour acheter ce qu’elles trouvent. “Nous sortons depuis le premier appel à la prière de l’aube en groupe. Nous retournons jusqu’au petit soir. Ce n’est pas une tâche facile vu notre âge mais que faire ? On doit survivre. Chaque jour, nous revenons très épuisées », témoigne Aïssata.

Sa collègue Tedy Traoré souhaite avoir une autre occupation. Elle demande à l’Etat et aux personnes de bonne volonté d’aider les déplacés en général et les femmes en particulier qui sont les piliers de nombreuses familles. « Nous avons besoin de cette assistance. Surtout que nous voulons travailler. Donner de l’argent, des vivres est bien mais si on nous appuie dans ce que nous faisons ou on nous apprend à faire quelque chose, c’est encore mieux » estime-t-elle.

Si ces dames du 3ème âge ont opté pour le ramassage de bidons et de la ferraille sur les tas d’ordures, Awa Traoré, une ressortissante de Bankass, a choisi de faire la lavandière afin de joindre les deux bouts. « Certains clients viennent me donner leurs habits sales. Les jours où je n’en reçois pas, je sors pour en chercher. Je gagne souvent 750 Fcfa ou 1.000 Fcfa par jour », dit-elle.

A plusieurs kilomètres de là, non loin du camp de Faladiè, les femmes ne baissent pas les bras. Ici, certaines passent leur journée sur les dépôts d’ordures à faire le tri des objets. D’autres font la lavandière. C’est le cas de Tata Yassana, une native de Bankass. « Je sors le matin pour chercher les habits. Si je n’en trouve pas, je rejoins les autres sur un dépotoir. On ramasse les bidons vides et les revendeurs viennent les acheter sur place. Avec le peu que je gagne, je cuisine pour ma famille », confie cette mère de deux enfants. Elle ajoute qu’elles ont reçu une formation en savonnerie sur le site. Mais beaucoup n’ont pas pu écouler leurs produits. Elles ont reçu aussi des équipements, mais il n’y a pas eu de suivi. Les kits sont stockés dans un magasin.

Même cas sur le site de Sénou. « L’Association pour le Progrès et la Défense des Droits des Femmes (APDF) a, une fois, fait une formation en savonnerie, il y a environ sept mois. Un des objectifs était que les bénéficiaires continuent à produire et à vendre le savon en morceaux et le savon en liquide. Mais quand il n’y pas de suivi, ce n’est pas facile », se souvient Adja Diallo, une ressortissante de Douentza. « Beaucoup font des promesses mais ne les honorent pas. Certains sont venus nous promettre qu’ils nous initieront au jardinage pour que nous n’achetions plus ce que nous consommons. On les attend toujours », dit-elle.

Pour subvenir à leurs besoins et, aussi, aider leur famille, certaines jeunes filles déplacées travaillent comme aide-ménagères.

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