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Redécoupage administratif au Mali : Ne faisons pas dire à l’Accord de paix ce qu’il n’a pas dit ! Dixit Moussa Mara.

Depuis quelques années, comme pour éviter de s’attaquer à l’essentiel, nos autorités multiplient des initiatives institutionnelles au nom de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale issu du processus d’Alger, alors qu’elles n’ont qu’un lointain rapport avec ce texte, voire aucun rapport du tout ! Dixit Moussa Mara.

Le journal ‘’l’Indépendant’’ dans sa parution N°4584 du mardi 23 Octobre 2018 a ouvert ses colonnes à  l’ancien PM, Moussa Mara qui  à signé une déclaration fracassante et pointé un  doigt accusateur au gouvernement de Soumeylou Boubeye Maiga pour sa gestion opaque du nouveau découpage territorial. Sachant parfaitement le contenu dudit Accord, puisque ayant lui-même été PM au moment de la signature de l’accord. L’ex-PM du président IBK, livre ses vérités, ses recommandations et invite IBK à ouvrir les yeux avant qu’il ne soit trop tard. Nous vous livrons la déclaration signé Moussa Mara : Il y a eu d’abord une disposition malheureuse des autorités intérimaires. Cette disposition secondaire et éventuelle mentionnée dans une annexe de l’Accord a été érigée en action principale de mise en œuvre du texte. Ce qui n’était qu’une répartition de responsabilité entre les acteurs des groupes armés, fut considéré, comme une avancée politique. Deux ans après cette initiative, il est désolant de constater que peu de choses ont bougé sur le terrain du fait de l’inaction de ces autorités, car elles ont été oubliées après leur mise en place.

Il y a eu ensuite les reports continus des élections municipales, locales et régionales, avec le maintien de leaders illégitimes pour conduire nos collectivités locales, pourtant retenues comme point d’ancrage majeur de l’Etat sur nos territoires.

Il y a eu enfin tous les processus d’opérationnalisation des régions, de reconfiguration territoriale de ces collectivités, critiqués car n’allant pas dans le sens de la vraie régionalisation, celle qui sera efficace et qui correspondra à l’esprit et à la lettre de l’Accord de paix.

Dernier rebondissement dans ce processus, l’avant-projet de découpage territorial porté par le gouvernement. Ce projet est un stratagème supplémentaire de nos gouvernants dans la direction observée depuis plusieurs années. Cela est une logique de partage de gâteau (postes de préfets, sous-préfets, président d’autorités intérimaires, présidents de cercles, députés…) sans aucun impact pour les populations et la cause de la réconciliation.

Le Malien lambda se pose la question à savoir, à quoi serviront des cercles supplémentaires sachant bien que les régions supplémentaires (Ménaka et Taoudéni) n’ont rien apporté ? En quoi la multiplication des cercles, des communes permettra de satisfaire les attentes des populations en matière de sécurité, d’accès à l’eau, de fourniture d’électricité, d’éducation, la santé et  l’emploi… ? Ces problèmes réels ne sont jamais évoqués. C’est toujours la forme, les artifices, les postes et les places et jamais les responsabilités, les pouvoirs, les moyens, les ressources et les moyens de les collecter. Malheureusement cela est perceptible à tous les niveaux. Ce n’est pas une question de race ou encore moins de blancs contre les noirs comme certains veulent le faire croire. C’est une question de classes et de groupes de responsables (sécuritaires, politiques, sociaux…) qui courent vers leurs avantages personnels. Cette catégorie de prébendiers existe dans toutes les ethnies et toutes les races. Les bénéficiaires de ces avantages indus sont parmi les nomades mais aussi parmi les sédentaires. Aller dans la direction de l’opposition ethnique et raciale, c’est faire fausse route et réveiller inutilement de vieilles rancœurs. Ce serait trop simple et trop grave et cela nous éloignera encore du fond.

L’accord pour la réconciliation nationale issu du processus d’Alger traite du fond de nos problèmes et non de l’écume de nos égoïsmes personnels. L’accord évoque les pouvoirs et compétences des régions (article 8). Il traite de la question des moyens et des ressources à donner aux régions (articles 13, 14, 15).  Son article 16 aborde le dispositif des transferts des services et des ressources humaines. C’est cela l’Accord.

Nulle part ni dans le texte, ni dans les annexes on ne parle de multiplier les cercles et les communes. Il y a en réalité une complicité coupable entre certains acteurs gouvernementaux et de nombreux responsables de groupes armés, tous groupes confondus, pour s’engager dans cette logique inefficace et inutile de partage de positions et d’avantage, en occultant les sujets de fonds et renvoyant ainsi aux calendes grecques les vrais problèmes du Nord et de notre pays.

Le gouvernement, avec cet avant-projet de découpage territorial, ne montre pas une ferme volonté à aller dans le même sens que les résolutions contenues dans l’Accord. Cela est encore illustré par la récente lettre circulaire (2018 /01/ PMRM du 17 septembre 2018) du Premier ministre où il affirme le pouvoir et la responsabilité première des représentants de l’Etat sur tout ce qui concerne le territoire en occultant très clairement les collectivités locales et les élus locaux. Le Premier ministre dit dans cette lettre circulaire que les représentants de l’Etat orientent, coordonnent et contrôlent l’action des collectivités territoriales, en flagrante contradiction avec l’article 10 de l’Accord de paix. Il indique également que les représentants de l’Etat constituent l’épine dorsale de l’action de l’Etat et incarnent l’unité et la permanence de l’Etat sur le territoire, ce qui occulte totalement les collectivités locales alors que l’Accord indique clairement la prééminence que doivent avoir ces dernières et à travers elles les populations maliennes (article 5 alinéa 5, articles 6 et 7).

Le chef de l’Etat, garant de l’unité de la nation, premier responsable du pays est interpellé. Il doit prendre conscience encore une fois des dérives qui se préparent ou qui se passent sous sa magistrature. Qu’il ouvre les yeux et apprécie à sa juste valeur la direction des choses et qu’il reprenne ces dossiers importants en main pour les orienter vers les bons caps.

            Seydou Diarra   

Source: Le Carréfour

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