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Ravec : Le parcours du combattant

Pour être enrôlé afin d’avoir sa carte Nina, il faut être tenace et endurant. À défaut, il faut mettre la main à la poche

 

Depuis 5 heures du matin, Michel Kamaté, la vingtaine, se trouve dans la file d’attente devant le centre du Recensement administratif à vocation d’état civil (Ravec) de la mairie de la Commune VI. Le jeune homme veut se faire enrôler pour avoir sa fiche descriptive individuelle, qui remplit la fonction de la carte Nina.
Ce mardi du mois de juin, il est environ 11 heures, son dossier n’est toujours pas traité. Pourtant, beaucoup d’usagers, venus après lui, ont pu être enrôlés. «Nous sommes au nombre d’une dizaine de personnes qui ont été retenues sur une liste d’une soixantaine. Je pense que si on avait procédé par ordre d’arrivée, nous aurions été enrôlés depuis longtemps», fulmine le jeune Kamaté.

Comme Michel Kamaté, nombre de nos compatriotes vivent le calvaire, ces derniers temps, pour pouvoir accéder au Ravec, devenu incontournable dans le quotidien des Maliens. Sans ce document, l’on ne peut plus avoir le passeport, ni participer à certains concours. Il constitue également le seul moyen de figurer sur la liste des électeurs et à avoir la carte Nina (Numéro d’identification nationale). C’est pourquoi, nos concitoyens sont nombreux chaque jour à se rendre de très bonne heure dans les mairies où opèrent les équipes du Ravec. Ces équipes sont chargées de recenser, sur présentation de l’acte de naissance, les personnes non encore enrôlées. Elles mettent à jour aussi les données biométriques des nouveaux majeurs (photos et empreintes) et reçoivent les réclamations pour corriger les informations erronées sur la carte Nina. Parallèlement, il existe dans ces municipalités, une Cellule technique d’accueil citoyen (Ctac) où nos compatriotes peuvent retirer leurs fiches descriptives individuelles.

Cependant, ces derniers temps, il ne suffit plus de se réveiller tôt le matin pour voir son dossier traiter par les agents chargés du recensement. Mais, il faut avoir des relations, confie un jeune homme que nous avons rencontré à la mairie de la Commune VI. Pour être sur la liste du jour, notre interlocuteur affirme être passé par son grand frère, un agent de la mairie. Ce dernier, à son tour, a fait intervenir un responsable en sa faveur. Notre interlocuteur explique avoir fait ce recours après avoir tenté «personnellement» plusieurs fois sans succès.

DÉLIER LES CORDONS DE LA BOURSE- Dans ce service, nous avons pu constater que nombre de nos compatriotes ont dû passer par les agents de la municipalité pour leur enrôlement. Sur place, nous avons tenté de savoir si ces derniers payent « quelque chose » à ces intermédiaires. Sans succès. Cependant, un jeune homme, qui a requis l’anonymat, affirme avoir «engagé» 10.000 Fcfa par le biais d’un agent de la mairie pour être en possession de la fiche descriptive individuelle de sa femme. Notre interlocuteur explique qu’un jour, son épouse est partie trouver du monde dans la municipalité. La dame a appris qu’avec 10.000 Fcfa, l’on pouvait avoir rapidement sa fiche.

De retour à la maison, elle en informe son mari. «Quand elle m’a dit cela, j’ai appelé immédiatement un ami qui travaille à la mairie. Ce dernier m’a confirmé cela et je lui ai envoyé la photo du récépissé de ma femme et le lendemain, je suis passé récupérer la fiche», témoigne le trentenaire. D’après lui, son épouse avait urgemment besoin de ce document pour postuler à un concours.

Un autre citoyen affirme avoir payé 25.000 Fcfa à un agent du Ravec pour la fiche descriptive individuelle de son grand frère qui réside à l’étranger. Cela s’est passé après que son consanguin ait tenté sans succès de retirer ce document à l’ambassade du Mali de son pays de résidence. «On lui a dit là-bas de passer directement ici pour l’avoir vite», indique notre interlocuteur. D’après lui, son parent avait, de manière pressante, besoin de cette fiche pour renouveler son passeport.

Comme la mairie de la Commune VI, le phénomène lié aux relations pour être servi est présent dans beaucoup de centres du Ravec de Bamako. Dans le couloir qui mène au bureau du recensement de la Commune V, une dame vient de croiser, ce jeudi, un conseiller de la municipalité qu’elle connaît. Après les salutations d’usage, la dame motive sa présence par le renouvellement de sa carte Nina dont la photo est presque effacée. Elle ajoute que les agents du Ravec disent ne pas pouvoir gérer sa situation. Comment ça, s’étonne l’élu avant d’aller voir le personnel du Ravec des lieux. Aussitôt, un agent sort du bureau pour appeler la bonne dame. Pendant ce temps, beaucoup d’usagers, venus avant celle-ci, attendaient patiemment leur tour sous les escaliers du bâtiment. Baba Diarra en fait partie. Ce jeune homme était venu pour son enrôlement.

Ousmane Kanté accompagnait son épouse qui vient de se faire enrôler. Pourtant, le vieux Kanté est loin d’être rassuré quant au bon traitement de son dossier. Son doute s’explique par la présence d’une partie des usagers, attendant leur tour, dans le bureau du Ravec. «Comment peut-on travailler dans cette condition sans se tromper ?», se demande notre interlocuteur. Pour lui, les bureaux maliens sont comme «le marché», ouverts à tout le monde, même les «commerçants».

Or, selon le vieux Kanté, dans les salles de ce genre, l’agent doit être seul avec un usager pour qu’il n’y ait pas d’erreur dans les données. Les erreurs sont en effet légion dans les dossiers. C’est le cas de cet homme venu corriger une erreur sur le Nina de son épouse. Sur place, il apprend que cela est impossible sans «l’original» de l’acte de naissance de la dame. Pis, les agents ont même écarté la possibilité de le faire avec «le jugement supplétif». Furieux, l’homme soutient que l’erreur est imputable «aux agents chargés du Ravec». Ces derniers se sont trompés sur le nom de sa femme. «Comment, l’on ne peut pas faire la correction avec le document sur la base duquel le recensement a été fait ?», s’interroge-t-il. Nous avons tenté de faire réagir les agents du recensement. En vain.

À la mairie de la Commune IV aussi, on peut observer ce système de «favoritisme». Ce mercredi, un homme du 3è âge a eu une prise de bec avec les agents du recensement. Le papy qui accompagnait sa fille pour son enrôlement, s’indignait de voir des gens, venus après eux, passer dans le bureau du Ravec. «On ne peut combattre cette pratique dans notre pays mais il faut penser aussi à ceux qui viennent tôt le matin», conseille une dame passablement énervée.

RUPTURE DE STOCK- Salia Sangaré est le responsable du centre du Ravec de la Commune VI. Il explique que son site travaille en collaboration avec la Ctac des autres communes de Bamako. «Si quelqu’un a constaté une anomalie sur son Nina, il vient avec les pièces justificatives (acte de naissance et fiche descriptive individuelle). Et, on fait la réclamation qu’on achemine au niveau du Centre de traitement des données d’état civil (Ctdec) afin de corriger cette anomalie », clarifie-t-il.

Selon Salia Sangaré, la gestion de la fiche descriptive individuelle se fait en collaboration avec la Ctac. Avant le mois de février dernier, le dépôt de demande de cette fiche se faisait trois fois par semaine.
Maintenant, avec l’arrivée du nouveau directeur du Ctdec, les dossiers sont reçus chaque jour et le rendez-vous pour la récupération se fait 48 heures au plus tard, précise-t-il. Toutefois, relativise-t-il, s’il n’y a pas trop de demandes, les gens peuvent avoir leurs fiches le jour même du dépôt. Auparavant, ce centre pouvait recevoir par jour plus de 700 demandes de fiches descriptives individuelles.

Cependant, selon les responsables, ce rythme commence à baisser progressivement car plusieurs personnes sont déjà entrées en possession de leurs fiches.
Salia Sangaré révèle que son équipe peut recenser 120 personnes par jour. Toutefois, ces temps-ci, le centre est en rupture de stocks de formulaires d’identification. L’autre difficulté tient à un problème technique, nous confie-t-il. «Il y a trois semaines, on avait un problème avec la valise qui a été amenée au niveau du Ctdec.

Malheureusement, les responsables de ce service n’ont pas pu résoudre le problème», explique-t-il. Ainsi, les agents du Ctdec ont vidé la machine et installé de nouvelles données. «Depuis cette opération, tous ceux qui viennent ici pour le renouvellement biométrique, leurs photos ne sont pas validées», précise le responsable du centre. Du coup, seul l’enrôlement est opérationnel dans ce service.

Ce qui explique le renvoi des usagers à d’autres centres. Notre interlocuteur rejette l’accusation selon laquelle le traitement des dossiers sur son site relève d’une question de relations. «On fait la liste pour programmer les gens par jour», assure Salia Sangaré, reconnaissant tout de même que certains de ses collaborateurs tentent souvent «d’intervenir». Lesquels le traitent de «méchant» lorsqu’il s’y oppose.

«Souvent les gens qui viennent ici, ne cherchent pas à comprendre. Ils vont voir un conseiller ou un maire pour intervenir», déplore Salia Sangaré. «Sinon, depuis février 2017, il n’y a jamais eu d’incident chez nous. Par contre, dans les autres communes, le service a été fermé au moins une fois pour cause de trouble».
Il convient de rappeler qu’en avril dernier, les autorités de notre pays ont mis en place un site (www.ctdec.ml) sur lequel les documents du Ravec et de l’état-civil sont désormais disponibles. Sur cette plateforme en ligne, nos compatriotes peuvent se procurer leurs fiches descriptives individuelles et corriger les informations erronées sur la carte Nina.


Bembablin DOUMBIA

Source : L’ESSOR

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