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Pr. Abdoulaye Niang lors de la conférence de presse (Joko ni Maaya) : «La Minusma n’a pas sa raison d’être»

À la faveur d’une conférence de presse donnée le 1er septembre 2015 au Centre Sènè d’étude stratégique sur le co-entreprenariat, Pr. Abdoulaye Niang a dénoncé l’impertinence des responsables de la classe politique, des intellectuels et des syndicalistes face à la crise globale et sociale qui secoue notre souveraineté, et l’incohérence du processus de gestion de la crise malienne par la médiation internationale.

Professeur Abdoulaye NiangLa léthargie intellectuelle du milieu universitaire dont les recherches auraient dû éclairer la société et alimenter un débat public riche et pluriel, dont une presse indépendante et capable se serait fait l’écho pour éduquer le public et interpeller la classe politique, est un des indicateurs du déficit de qualité (et de l’absence de masse critique) et de l’absence de capacité de veille. C’est un constat de la coordination nationale de veille stratégique et citoyenne, la branche Mali (CNVSC-Mali). Laquelle se veut être une structure offrant un cadre de mutualisation de connaissances, donc d’échanges et de partage d’expériences parmi les trois groupes d’acteurs ressortissants des communautés de localités de la région et non ressortissants de l’Afrique dans la persévérance et la droiture. Elle a été conçue au Centre Sènè dans l’esprit de la table ronde de Bruxelles pour le plan de relance durable du Mali.

Selon le Dr. Abdoulaye Niang, directeur du centre Sènè (Co-fondateur de Joko ni Maaya), «la veille est extrêmement importante. C’est nous qui pouvons interpeller le président de la République du Mali… Il faut savoir que la société civile a un rôle à jouer ; ceux qui créent de la richesse ont un rôle à jouer, et la classe politique, toutes tendances confondues, a aussi un rôle à jouer. Tant que ces paramètres ne sont pas tirés au clair, on ne se développera jamais. Surtout sur le plan humain, sinon on s’est développé sur le plan de la création de la richesse. On est troisième producteur d’or, mais on est 190ème dans le développement humain, et cela n’est pas acceptable».

Parlant du processus d’Alger, il estime qu’il a manqué d’analyse des causes profondes de la crise globale, sociale et sécuritaire du Mali. «La procédure a manqué d’approches qui étudient d’abord les causes profondes, analysent la situation de crise et en déterminent les relations sous-jacentes et les responsabilités des uns et des autres pour formuler le problème. Une fois formulé, il fallait faire recours aux chercheurs qui, en compétition pour leur modèle, chercheront à résoudre le problème avec des propositions de solutions de sortie de crise aux gouvernants. Au lieu de cela, ils sont partis dans la précipitation. Finalement, ils ont mis 8 mois à Alger pour sortir un accord. L’accord, c’est pour la paix, il est aussi pour la réconciliation». D’où son interrogation : «Est-ce que la réconciliation a ciblé ceux qui sont à réconcilier ? La réponse est non. La preuve, on est dans la crise pour former le comité de suivi pour la mise en œuvre de l’accord. Et la crise d’Anéfis est causée par des choses qui n’ont pas été appréhendées par l’accord. On va rester à Anéfis pour aller à une crise qui sera autour de la guerre commerciale de la drogue, des armes, des migrants économiques et des otages  ».

Selon le Pr. Niang, la réconciliation aurait dû être entre les groupes sociaux de la communauté des localités de Kidal qui ont des relations sociales économiques et légendaires qui ne sont plus appropriées sous la nouvelle ère d’espoir économique et démocratique. Et donc, «la médiation est en train de réconcilier deux groupes, ce qui n’était pas la priorité… On a voulu réconcilier le Nord et le Sud sans qu’on ne demande au Sud ce qu’il veut. Quand on parle de réconciliation, on parle de rupture de paix, mais causer par qui ? Par les narcotrafiquants, les jihadistes et les terroristes. La résolution 2227 de l’ONU dit que la Minusma ne s’occupe pas ni des terroristes ni des jihadistes, ni des narcotrafiquants. Alors, pourquoi sont-ils toujours là ? Ils n’ont plus leur raison d’être. Et si j’avais un fils dans les rangs de la Minusma, et si par malheur il se faisait tuer, j’aurais porté plainte contre l’ONU et la Minusma. Parce qu’ils ne peuvent pas sécuriser leurs agents dans une guerre asymétrique…», a conclu le Pr. Niang.

Gabriel TIENOU/Stagiaire

Le reporter

 

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