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Le Mali tangue : Et la 5ème Colonne se découvre

En prenant la parole le premier pour dénoncer un « coup d’État dans un coup d’État » au Mali, le Président français, Emmanuel Macron, a abattu à dessein une carte de poker menteur. Cela ne relève nullement de la contingence. Le but est d’amener tous ceux qui, en défaut de science, et par manque de culture politique, ou simplement de lucidité d’analyse, restent des abonnés du « pensement », au lieu de la pensée ; un psittacisme caractéristique de ces pseudo-intellectuels, agitateurs alimentaires, qui font leur chou gras avec des lieux communs.

La crise au sommet survenue chez nous ne saurait nullement être un putsch, sinon que l’abus machiavélique en est la seule raison.

Un tel événement était caractérisé dans le temps comme un « coup d’État de palais »,par abus de langage, ou encore « révolution de palais ». L’expression désigne les ruptures suite à des conflits internes entre acteurs du pouvoir, aboutissant le plus souvent à l’évincement du chef ou d’un groupe d’influence de la direction de l’État. L’usage impropre de cette locution a un équivalent journalistique, pour la rime : c’est le « coup d’Éclat ». De grands médiocres s’emploient à donner un contenu à cette tempête dans un verre d’eau.

Il se trouve que les carences  du cadre normatif bricolé, Constitution-Charte, créent une situation de « paralogisme juridique ». La bi-normalité constitutionnelle, couplant une Constitution désuète à une Charte d’utilité contextuelle, n’est autre qu’une prothèse clinique de droit, d’essence néolibérale. Le bricolage sert, d’une part, à bloquer le cours de la révolution en recadrant l’insurrection populaire, en manque de leadership, et, d’autre part, à maintenir en vie et animer, ou réanimer, un État cadavérique en état de décomposition avancée.

La Charte procède par des assimilations des fonctions : le Président de la Transition devient le substitut du Président de la République, assumant la charge de Chef de l’État ; le Conseil National de Transition assure le rôle de Parlement, et ses membres celui des députés.

La crise institutionnelle, ayant engendré le dessaisissement du Président de la Transition et du Premier ministre a révélé les insuffisances du texte de la Charte. Qui peut et doit faire quoi ? On n’a pas songé à l’éventualité de litiges, de désaccords ou de conflits.

Il est clair que le Président de la Transition n’est pas élu, mais désigné. Il ne saurait, à ce titre, disposer des mêmes droits, pouvoirs, prérogatives ni couvertures immunitaires qu’un président élu ; c’est un intérimaire. Limoger quelqu’un qu’on a nommé ne peut être qualifié le moins du monde de putsch. De ce point de vue, il est aisé de comprendre pourquoi la destitution survenue du Président de la Transition, quelque regrettable qu’elle puisse paraître, est tout sauf un « coup d’État ».

D’aucuns, pour des intérêts sordides, inavoués, ont visiblement voulu abuser de la crédulité du public, influencer les jugements à des fins de manipulation de l’opinion, afin de motiver une tentative indigne d’agression, de soulèvement et de sanction contre le pays. On aura le temps de revenir aux charlatans du droit et autres apatrides qui se découvrent en s’autorisant toutes sortes de propos infamants, attentatoires à l’honorabilité de notre armée, vitupérée. Chacun sait que nous avons de braves hommes, une armée de vaillants soldats au sol opérant “à main nue” contre une nébuleuse de mercenaires équipés avec des armes ultrasophistiquées, appuyés par des technologies de pointe, disposant d’une logistique de mobilité spatiale, camouflés, couverts, bénéficiant en plus de la traîtrise de l’intérieur. Comment accepter que des irresponsables et ignorants de surcroît, à l’utilité discutable pour la collectivité, qui n’assument guère une autonomie de pensée, fassent haro sur nos officiers, avec des invectives, des outrages envers nos Colonels mobilisés, parce que quelques-uns d’entre eux, sur le théâtre des opérations et non dans des bureaux climatisés, à la valeur militaire indéniable, sont revenus du front pour mettre de l’ordre dans le chaos engendré par les politiques et dont ils sont les premières victimes. Sachons raison garder.

Si problème il y a, c’est celui de l’ingérence étrangère, la crise de leadership et l’indisponibilité de doctes des matières qui nous convoquent devant l’histoire. C’est bien un déficit intellectuel qui n’a pas permis à la critique généreuse de relever les incongruités de la Charte qui nous rattrapent en fin de course.

On a fait du Président de la Transition un organe de la transition, à l’image du président élu, tandis que dans le cas d’espèce c’est plutôt la Présidence de la Transition qui devrait être l’organe institutionnel, et justifie la présence et le protocole d’habilitation du Vice-président. C’est pourquoi, d’ailleurs, l’arrêt de la Cour Constitutionnelle réfère à « la Présidence de la Transition » qui n’apparaît nulle part dans le texte de la Charte. La lecture faite par elle n’est pas fausse, mais l’imprécision dans le libellé entache pour le moins la légalité des actes, qui s’imputent à une pure crise institutionnelle à caractère interne, avec ses entorses, certes, qui en font plutôt un coup d’États paghetti à la sauce macaroni.

Certains politiques et juristes apprentis ont cru bon soutenir la thèse du « coup d’État ». Hormis les cas d’ignorance aggravée et d’incompétence attestée, il y a ceux qui ne s’y trompent pas, mais ont préféré souffler dans la trompette de connivence. Des acteurs à la solde du maître dont ils espèrent la mansuétude. Et, c’est bien là que la 5ème colonne se découvre.

Zantigui Djiré

Source: Journal le Pays- Mali

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