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Dérive liberticide: la jonglerie gouvernementale

Dans l’instruction du ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation (MATD) relative à l’application de l’état d’urgence, le lieutenant-colonel Abdoulaye MAIGA, il est clairement dit : ‘’les autorités administratives compétentes sont habilitées à prendre toutes les mesures appropriées pour assurer le contrôle de la presse et des publications de toute nature, des réseaux sociaux, ainsi que celui des émissions radiophoniques ou télévisées, des projections cinématographiques et des représentations théâtrales’’.

 

Le motif était suffisant pour que les organisations faîtières de la presse crient aux dérives liberticides à l’heure de la crise sanitaire. Pour elles, les autorités usent ou mésusent de leurs pouvoirs exceptionnels à la faveur de l’état d’urgence. À cet effet, une Assemblée générale est convoquée le dimanche 20 décembre, à la Maison de la presse, avec un seul point à l’ordre du jour : l’instruction ministérielle en ce qui est des aspects concernant la presse. Le caractère liberticide de cette disposition ministérielle a été affirmé avec force par les journalistes.
Aussitôt, le ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation tente de désamorcer la bombe médiatique par le truchement d’une jonglerie de haut vol. Dans un communiqué date du même dimanche 20 juin, ‘’le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation rassure l’opinion publique que l’instruction relative à l’état d’urgence ne vise nullement à remettre en cause quelque liberté que ce soit ; elle n’a pas vocation à prescrire des mesures nouvelles et ne fait que rappeler les dispositions des lois et règlements’’.
Dans sa justif, ‘’le Ministère rappelle que l’instruction ministérielle repose sur une longue tradition du département visant à éclairer les autorités administratives chargées de l’application des lois et règlements, en vue de l’application correcte des textes.
Contrairement à certaines interprétations distillées dans les médias, l’instruction du 18 décembre 2020 ne procède que de la mise à jour de l’instruction n°01847 / MAT-SG du 24 novembre 2015 édictée en application du Décret n°2015-0752/P-RM du 20 novembre 2015 déclarant l’état d’urgence sur le territoire national sur la base de la Loi n°87-49 /AN-RM du 04 juillet 1987 relative à l’état de siège et à l’état d’urgence.
La mise à jour est justifiée par la nécessité d’exécuter correctement le Décret n° 2020-0317 /PT-RM du 18 décembre 2020 déclarant l’état d’urgence sur le territoire national et le besoin d’adaptation de la nouvelle instruction avec les dispositions de la Loi n°2017-055 du 06 novembre 2017 relative à l’état de siège et à l’état d’urgence’’.
Le fait est que cette instruction ministérielle fleure la défausse, comme si les médias hypothéquaient davantage la lutte contre la propagation fulgurante de la maladie à Coronavirus dans notre pays. C’est cela le combat et les moyens sont clairement définis dans le communiqué du Conseil des ministres extraordinaire du vendredi 18 décembre 2020. Sans doute aurait-il dû ourler ses mots de mille précautions, parce que dans cette crise, le danger ce ne sont pas ‘’la presse et des publications de toute nature, des réseaux sociaux, ainsi que celui des émissions radiophoniques ou télévisées, des projections cinématographiques et des représentations théâtrales’’ ; c’est plutôt la maladie qui met à nu les limites de notre dispositif de riposte. En clair, on se trompe d’ennemi et de combat.
Ainsi, en s’arc-boutant derrière les dispositions légales, dans la logique d’éteindre les polémiques par leur banalisation, il n’y a point de doute que l’Exécutif flirte avec un arrangement avec la vérité. Dura lex sed lex. C’est ce que certains juristes qui ont retrouvé de la voix défendent avec acharnement, en étant volontiers amnésique qu’il y a la loi et l’esprit de la loi. La presse le sait et ne saurait se laisser enfumer sur le sujet. Mais, qu’on se le dise, la référence explicite au contrôle de la presse pendant l’état d’urgence est superfétatoire. À moins qu’on ne cherche à faire d’une pierre deux coups : régler son compte avec le COVID-19 et museler en même temps la presse qui devient certainement un peu trop rasoir.
Dans la dynamique d’enfarinement, parce que la loi ne sera pas changée sous les trémolos de la presse, le ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation et son homologue de la Communication et de l’économie numérique, le Dr Hamadoun TOURE, ont rencontré hier, les organisations faîtières de la presse pour discuter de la situation de vive voix. Une main tendue acceptée par ces dernières qui ont donné suite à l’invitation à elle adressée. Au terme des échanges, un seul point peut être retenu : la mise en place d’un cadre de concertation entre les responsables de la presse et les autorités gouvernementales.
« Nous venons de terminer. Ils ont dit qu’ils n’ont aucune intention de violer la liberté de la presse. Ils proposent la mise en place d’un cadre de concertation. Nous leur avons dit que nous allons faire le compte rendu aux journalistes demain à 11 h à la Maison de la Presse », a déclaré Bandiougou DANTE, Président de l’URTEL.
Est-ce suffisant comme réponse aux préoccupations des médias ? Les faîtières de la presse prennent aujourd’hui l’avis de leurs mandants, avant toute autre évolution de la situation.
C’est Thomas JEFFERSON qui disait : ‘’notre liberté dépend de la liberté de la presse, et elle ne saurait être limitée sans être perdue’’. À méditer.

PAR BERTIN DAKOUO

Source : INFO-MATIN

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