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Décès du général Moussa Traoré : La mort surprend le dernier « Mansa » du Mali à son domicile à Djicoroni Para

Le Général Moussa Traoré est décédé à son domicile le mardi 15 septembre dernier à 12H05 mn a-t-on appris de sources qui citent des membres de sa famille, sans préciser de causes. Un deuil national de trois jours est décrété par la junte depuis  d’hier 17 septembre en sa mémoire.

Nous avons posé la question au Dr Fodé Moussa Sidibé, diplômé de la Sorbonne en sociologie littéraire, professeur à la faculté des Lettres à l’Université de Bamako, disciple de chasseur, de savoir si l’illustre défunt pouvait être qualifié de « Mansa ». « Non », nous a-t-il répondu. Un Mansa, enseigne-t-il, est comme le représentant de Dieu sur terre. Ses pouvoirs d’incarnation et d’inspiration divine sont sans limites et n’ont rien à voir avec le détenteur d’un pouvoir arraché à la force des armes ou acquis dans les urnes. Celui-ci est un chef d’Etat, Président de la République ou même chef de parti, mais pas un Mansa comme c’est le cas du Roi du Maroc ou le Moro Naba du Burkina Faso.

Tantôt qualifié de dictateur par ses détracteurs, de sauveur ou de sage par ses partisans, le personnage controversé de feu Moussa Traoré est en vérité une combinaison d’un peu de tout cela. Il serait tout de même bien réducteur de le loger à la même enseigne que certains hommes à peine visibles dans une foule et qu’on croirait absents une fois qu’ils s’asseyent. Feu Mouammar Kadhafi (paix à son âme) ne refusait-il pas d’être qualifié de simple Président de la République ? Le Général en imposait par sa taille, sa démarche majestueuse et son charisme. Rares furent ses collaborateurs ou interlocuteurs qui pouvaient souffrir de croiser son regard, obligés qu’ils étaient de baisser les yeux et le ton quand ils lui adressaient la parole. Quant à la tête de ses compagnons d’armes, ils renversaient le pouvoir du premier Président de la République Modibo Keita et délivraient leurs compatriotes, nous apprennent les anciens, ils furent acclamés comme des sauveurs et reçurent beaucoup de bénédictions. Au fil des ans, la pratique du pouvoir forgea un autre Moussa Traoré et il serait amnésique de passer sous silence entre autres le carnage de 1991 qui lui coûta son fauteuil. Au crépuscule de sa longue vie, 84 ans, le héros des mardis, au propre comme au figuré, se transforma en sage ou en « walidju », c’est-à-dire un érudit en sciences coraniques et un passage obligé pour les hommes politiques, qui pour avoir des bénédictions, qui pour prendre conseils.

Moussa Traoré naquit  le 25 septembre 1936 à Sébétou dans la région de Kayes. Il meurt le 15 septembre 2020 à son domicile à Djicoroni Para, en commune IV du District de Bamako. C’est un soldat de formation qui devint homme d’Etat, PHYPERLINK “https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pr%C3%A9sidents_du_Mali”résident de la République à partir du 19 novembre 1968 jusqu’au 26 mars 1991 soit exactement  22 ans, 4 mois et 7 jours  de pouvoir.
Moussa Traoré est le fils d’un ancien soldat de l’armée française. Il s’engage sous le drapeau en 1954 et fait ses études à l’École des enfants de troupe de Kati (aujourd’hui  Prytanée militaire de Kati) puis rejoint l’école d’officiers de Fréjus en France en 1960. Il en sort major de sa promotion.

Grandeur et décadence du soldat

Parcours militaire                                   

Moussa Traoré est nommé sous-lieutenant en 1961, puis lieutenant en 1963. Il part au Tanganyika (l’actuelle Tanzanie) en qualité d’instructeur auprès des combattants de mouvements de libération. Il est ensuite nommé instructeur à l’École militaire interarmes de Kati.

Présidence de 1968 à 1991

Le 19 novembre 1968, Moussa Traoré participe au coup d’État qui renverse le président socialiste Modibo Keïta. Il devient président du Comité militaire de libération nationale, puis président de la République le 19 septembre 1969.

Toutes les activités politiques sont alors interdites. Un régime policier est mis en place sous la direction du colonel TiécoroHYPERLINK “https://fr.wikipedia.org/wiki/Ti%C3%A9coro_Bagayoko” HYPERLINK “https://fr.wikipedia.org/wiki/Ti%C3%A9coro_Bagayoko”Bagayoko. Des agents de renseignements vont dans les écoles pour écouter les cours des professeurs (le milieu scolaire et universitaire est en majorité hostile au régime militaire). Le socialisme économique de l’ancien président Modibo Keïta est abandonné.

En 1971, il accuse son Premier ministre Yoro Diakité de tentative de coup d’état et le fait incarcérer à la prison de Taoudeni où il meurt deux ans plus tard de mauvais traitement.

Entre 1972 et 1973, une sécheresse dévastatrice s’abat sur le Mali. L’aide internationale arrive mais l’argent est détourné.

Le 2 juin 1974, il fait adopter par référendum (99 % des voix) une constitution qui fonde la seconde République, imposant un parti unique, une assemblée nationale et un Président de la République élu tous les 5 ans au suffrage universel. En 1976, il fonde l’Union démocratique du peuple malien (UDPM), parti unique, ainsi que l’Union nationale des femmes du Mali(UNFM) et l’Union nationale des jeunes du Mali(UNJM), organisations auxquelles respectivement toutes les femmes et tous les jeunes sont membres de droit.

Le 16 mai 1977, l’ancien président Modibo Keïta meurt de façon suspecte en détention à l’âge de 62 ans, entraînant une forte mobilisation populaire. Des milliers de personnes se rendent à ses obsèques, auxquelles participent également des délégations officielles de pays voisins, notamment de Guinée et de Côte d’Ivoire. Le régime militaire réagit violemment en procédant à de nombreuses arrestations et Moussa Traoré sera obligé d’expliquer sur la radio nationale, les raisons de la mort de Modibo Keita, due selon lui à « un œdème aigu des poumons », mais ses explications ne convainquent personne.

Lors des premières élections de la seconde République en 1979, Moussa Traoré est l’unique candidat à la présidentielle.  Il propose d’aller vers une ouverture politique ce qui lui permet d’acquérir le soutien de certains intellectuels comme Alpha Oumar Konaré qui acceptera le poste de ministre des Arts et de la Culture pendant quelques années.

En 1980, des manifestations d’étudiants sont réprimées. Leur chef Abdoul Karim Camara dit « Cabral », décède sous la torture, le 17 mars 1980. En 1982, il est promu général d’armée. En 1990 sont fondés le Congrès national d’initiative démocratique (CNID) par l’avocat Me MountagaHYPERLINK “https://fr.wikipedia.org/wiki/Mountaga_Tall” HYPERLINK “https://fr.wikipedia.org/wiki/Mountaga_Tall”Tall et l’Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA) par feu AbdramaneHYPERLINK “https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Abdramane_Baba&action=edit&redlink=1” Baba Touré. Ces deux associations vont avec l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) et l’Association malienne des droits de l’homme (AMDH) combattre le régime de Moussa Traoré et exiger le multipartisme.

Le coup d’État de 1991

Le 22 mars 1991, une manifestation à Bamako composée de milliers d’étudiants est réprimée par les armes, faisant plus de 200 morts. Le soulèvement se poursuit jusqu’au 24 mars. Le 26 mars 1991, un coup d’état militaire conduit par le lieutenant- colonel Amadou HYPERLINK “https://fr.wikipedia.org/wiki/Amadou_Toumani_Tour%C3%A9″ToumaniHYPERLINK “https://fr.wikipedia.org/wiki/Amadou_Toumani_Tour%C3%A9” Touré le renverse. Le Comité de transition pour le salut du peuple est mis en place avec le colonel ATT à sa tête.

Après la présidence

Moussa Traoré est emprisonné à Markala. En février 1993, lors d’un procès, il est condamné par la cour d’assises à la peine de mort pour crimes de sang commis entre janvier et mars 1991. Il est incarcéré ainsi que tous les membres de sa famille, dont son petit-fils de 6 ans qui a purgé une peine de 14 mois. Il est le premier chef d’État africain à devoir répondre de ses actes devant la justice de son pays. Ayant été condamné à mort, ainsi que son épouse Mariam Sissoko, Moussa Traoré est déchu de ses droits civiques, et ne peut donc plus être électeur ou éligible. Il considère cependant avoir été condamné pour des crimes qu’il n’a pas commis et avoir été la victime d’un complot politique. Pour lui, le massacre du 26 mars 1991 a été orchestré par l’opposition politique et les socialistes français, notamment la Fondation France Liberté de Danielle Mitterrand, épouse du Président français d’alors  qui auraient fait venir des mercenaires au Mali afin de le déstabiliser. Il est gracié en 1997.

Le président Alpha Oumar Konaré commue sa peine pour « crimes économiques » en prison à vie le 21 septembre 1999 puis, en mai 2002, le gracie. Il est accusé d’avoir détourné pendant son règne, plus de 2 milliards de dollars d’argent public.

Le Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR), relique de son défunt parti(UDPM) politique se réclame de lui.  Le Dr Cheick Modibo Diarra, ancien Premier ministre du Mali sous Amadou Aya Sanago, est marié avec sa fille. Moussa Traoré vit depuis sa libération dans une grande villa, une résidence d’Etat au quartier Djicoroni-Para en commune IV.

Il est jusqu’à sa mort considéré comme un « sage ». Il reçoit le Président IBK et ses adversaires venus prendre conseil puis quelques jours avant sa mort, les colonels qui allaient déposer  le  18 août

Denis T Théra

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