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Consentement sexuel (II) : un « non » qui ne dit pas son nom ?

Le consentement sexuel est l’accord qu’une personne donne à une autre au moment de participer à une activité sexuelle. Cette entente mutuelle distingue en théorie un acte sexuel libre et licite d’un acte illicite.

 

On peut parler d’une « zone grise » lorsqu’il existe une absence claire de consentement, du fait d’une incompréhension ou d’une méconnaissance des désirs d’une femme dans la participation à un acte sexuel. Parfois, on blâme l’absence de communication entre deux partenaires, ou des agressions sexuelles qu’on se refuse de nommer comme telles parce qu’une femme n’était pas dans une position permettant de dire non.

Les zonez grises se trouvent dans ces actes que les femmes ne désirent pas vraiment mais auxquels elles cèdent par peur soit de châtiments physiques et émotionnels, soit par peur de blesser du fait des rôles qui leur sont assignés par la suite. Elles ont peur de passer pour des coincées ou comme des allumeuses. Elles ne s’expriment pas par honte, ou parce qu’on ne leur a pas appris qu’elles en avaient le droit. Leurs partenaires forcent, sans se questionner. Cette réalité caractérise la plupart de nos expériences où le concept de consentement est flou, mal compris et où l’absence de parole, de « oui » explicite est tout de même considéré comme un « oui » sans ambigüité. C’est ce moment où le désir et l’insistance de l’un prennent le dessus sur le consentement de l’autre.

Du gris ou du refus de comprendre un non ?

Sortir ensemble et coucher ensemble sont deux choses différentes. Ce n’est pas parce que quelqu’un s’est mis en couple avec vous qu’il a envie de coucher avec vous tout de suite, ou que cela le condamne à une disponibilité inconditionnelle. Le respect de l’autre passe aussi par le respect de ses désirs et de son rythme.

« Si j’ai souvent eu le sentiment d’avoir été poussée à avoir des relations sexuelles ? Oui bien sûr. Des fois, tu n’as juste pas envie qu’il te harcèle par son insistance pendant des heures. Alors, tu le laisses faire, ou tu as peur qu’il n’aille voir ailleurs. Je ne me l’avoue pas beaucoup, mais cette idée de manque de consentement ne me quitte pas. En même temps, je m’en veux de céder, car je n’y tire aucun plaisir », témoigne une connaissance.  

Le consentement ce n’est pas juste un oui ou un non. Si la personne dit non, c’est clair, elle n’est pas consentante. Si elle ne dit rien, on est dans une zone grise, et il peut tout de même s’agir d’un non. J’ai reçu plusieurs autres témoignages allant dans ce sens dont je partage certains :

« Ma première fois, c’était assez floue. Je n’étais pas vraiment prête, sans vraiment pouvoir me l’expliquer. Je n’avais pas envie d’aller plus loin ce soir-là. Seulement voilà, lui ne l’a pas compris, ou alors il n’a pas voulu le comprendre. Il a essayé de me rassurer en me disant que ça ne me ferait pas mal, etc. Mais le souci n’était pas là. Je n’avais pas vraiment peur de la pénétration, mais je ne voulais juste pas le faire à ce moment. Je l’aimais et je savais qu’il m’aimait aussi. On aurait fini par le faire un jour ou un autre. Mais je voulais attendre. Ça fait cinq ans qu’on n’est plus ensemble et c’est la première fois que j’en parle. Je sais au fond de moi que ça n’aurait pas dû se passer ainsi, mais j’ai l’impression de me plaindre pour rien. Après, j’ai essayé de lui expliquer, mais j’ai préféré laisser tomber. Aujourd’hui encore, quand j’y repense, je me répète que j’étais amoureuse, pour me consoler. C’est comme si cela effacerait son absence d’écoute. Voilà aussi la raison de mon blocage, si on peut appeler ça ainsi. J’ai longtemps eu besoin qu’on me rassure beaucoup pendant l’acte, sinon tout mon corps se contracte, et toute pénétration est une torture. C’était insupportable. J’ai vraiment cru que ça serait ainsi toute ma vie ». 

« Sans préservatif, je sais que c’est risqué mais j’ai peur de casser l’ambiance en insistant. Alors, je me tais. C’est con, je sais, mais bon… ».

« Je n’ai jamais compris pourquoi mon ex pensait que je blaguais quand je disais non. Il était juste incapable d’entendre un non. Il l’avait décidé ainsi. C’était ancré dans sa tête. C’est tout ».

« C’était il y a quelques mois. J’ai rencontré un mec qui me plaisait assez bien. On devait déjeuner en ville, mais il m’a proposé de passer chez lui car il attendait un colis assez urgent. J’y suis allée, on a mangé, papoté. Je passais un bon moment, jusqu’à ce qu’il veuille aller plus loin. Je ne voulais pas, mais je n’ai rien dit. Trop de choses se passaient dans ma tête, en même temps. J’aurais dû crier ou me débattre, mais je n’ai rien fait. J’étais comme tétanisée. Je suis restée là sans rien dire…En parler ? Tu rigoles ! (Rires ) Pour qu’on me répète que je l’ai bien cherché? Ou que j’aurai dû me défendre ? Je préfère oublier. »

La culture du viol est tellement ancrée dans notre société que cela influence énormément notre perception sur le phénomène et sur les violences sexuelles en général. Une femme qui ne bouge pas, c’est un mécanisme de défense. Personne ne vous l’a peut-être dit, messieurs, mais ce n’est pas un bon signe ! Au lieu de dire qu’elle est juste coincée ou inexpérimentée, arrêtez ! Si elle ne parle plus, si elle est comme morte ou ne répond pas, ça veut dire qu’il faut arrêter tout de suite ! Et si la femme reste silencieuse ou ne manifeste pas d’acceptation franche, il faut le prendre comme un refus.

Le consentement, c’est dire « oui »

Pouvoir dire oui à l’autre, c’est d’abord pouvoir se dire oui à soi, oui à une sexualité positive. C’est avoir été à l’écoute de soi, de ce qu’on ressent et de pouvoir exprimer avec ses envies et désirs. Il n’est pas toujours évident de s’affirmer et d’oser dire non quand, toute notre vie, on nous a appris à être « gentille » et à être aux soins des autres. La sexualité est autant consciente qu’inconsciente, et on ne peut pas sous-estimer le poids des stéréotypes, l’influence néfaste d’expériences négatives, ou encore les obstacles que peuvent représenter certains complexes physiques. Pourtant, les femmes restent des humains et, de ce fait, elles peuvent continuellement changer d’humeur, d’envie, de positionnement.

Le consentement naît de la certitude d’être sur la même longueur. Il n’y a alors aucune peur de perdre l’autre Aucune crainte d’être jugée ne devrait pousser à accepter des pratiques qui ne procurent aucun plaisir et qui, au contraire, génèrent honte ou souffrance. Si on se sent à l’aise pour dire « oui », aucune ambiguïté ne doit subsister quand on dira « non ».

Source : Benbere

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