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L’œil du Reporter : L’abandon de l’excision doit avoir son point de départ au Mali, le glorieux pays où la Charte du Mandé a vu le jour

«L’excision fait partie de nos traditions, de notre patrimoine». Voilà ce que beaucoup disent encore. Pourtant, le 24 novembre, à la veille de la Journée internationale contre les Violences faites aux femmes, des Africaines et des Africains de diverses diasporas ont répondu à l’appel lancé par l’association «Marche en Corps» pour l’abandon de l’excision.

Malgré le vent glacial qui balayait le parvis de l’Hôtel de ville de Montreuil, cet après-midi là, elles et ils sont venus nombreux, pour marcher, jusqu’à la Place de la Nation à Paris, pour dire non à l’excision, non aux mutilations sexuelles féminines que 28 pays d’Afrique de l’Est comme de l’Ouest et du Moyen Orient pratiquent encore. Au total, près de 140 millions de filles et de femmes en ont été victimes dans le monde, dont 500 000 vivent en Europe. On estime que, par jour, environ 6000 fillettes subissent l’excision dans le monde.

 

L’association «Marche en Corps» a pris son origine dans le jumelage entre la ville de Quimperlé en Bretagne (France)  et  la ville de Nara, dans le Nord-Ouest du Mali. La présidente de «Marche en Corps», Koudedia Keita, explique l’importance de la sensibilisation pour l’abolition de l’excision. Ces mutilations sont encore très courantes au Mali, dans quasiment toutes les régions. Le sujet y reste tabou. Elle rappelle qu’on fait souvent l’amalgame entre la religion et ces pratiques, alors qu’elles ne sont pas du tout liées. L’excision est une pratique païenne qui est antérieure aux religions monothéistes.

 

On peut s’étonner qu’en France, une association appelle à une marche contre l’excision. Koudedia y vit depuis 30 ans. Très attachée à son village au Mali, elle souligne qu’une telle action a tout son sens ; qu’il est important de lui donner de la visibilité, puisque beaucoup de femmes de la communauté africaine qui en ont été victimes, vivent en France. Cette marche, de Montreuil jusqu’au cœur de Paris, en est la deuxième étape. La première, en mars et avril 2013, a regroupé 1700 marcheurs qui ont traversé 2 régions, 5 départements, et parcouru 465 km au total, de Quimperlé à Angers, plusieurs municipalités jumelées avec des villes maliennes. La troisième aura lieu au Mali, direction Nara.

 

Au Mali, les campagnes de sensibilisation ont permis de baisser le taux des nouvelles mutilations de 97% à 85% en quinze ans, mais le projet de loi visant à les interdire est resté dans les tiroirs. En France, la loi précise que les mutilations sexuelles féminines sont considérées comme des crimes relevant de la Cour d’assises. Les peines prévues par le Code pénal pour l’auteur d’une mutilation et pour les responsables de l’enfant vont de dix à vingt ans de réclusion criminelle. La loi s’applique aussi quand l’excision est commise à l’étranger, lorsque la victime est de nationalité française.

 

Les fillettes qui subissent les mutilations génitales féminines, sont amenées aux exciseuses par les femmes. Toutes doivent être sensibilisées. Chacune est mère, et doit prendre conscience que c’est une torture infligée aux fillettes. Chacune doit aussi reconnaître les séquelles dont elles souffriront plus tard, comme elles-mêmes en souffrent depuis le jour où elles ont vécu cette violence.

 

Dans les années 90, le Dr Foldès, médecin urologue français, parti en Afrique pour travailler dans l’humanitaire, se penche sur les conséquences médicales de l’excision. Au moment de l’acte lui-même : risque de contaminations et risque fatal d’hémorragie. Plus tard : maux de ventre chroniques, douleurs décuplées au moment de l’accouchement, et potentielle  incontinence urinaire.

 

De retour en France, le Dr Foldès met au point une technique de réparation. Dans sa clinique à St Germain en Laye, en région parisienne, il opère toujours seul, afin de rendre cet acte chirurgical faisable dans les conditions précaires du terrain africain. Trente minutes d’opération et 6 mois  de convalescence pour retrouver une vie normale.

 

En France, l’intervention, considérée comme un acte réparateur, est prise en charge par la sécurité sociale. En 10 ans, 4000 femmes ont été réparées. Inna Modja, une chanteuse malienne vivant en France, est l’une d’entre elles. Elle ne se sentait pas «complètement femme». Prise entre le respect des traditions de sa terre natale et la crainte de céder au monde des Blancs, elle prend rendez-vous avec le Dr Foldès pour évoquer tout ça. Quelques semaines plus tard, elle décide de se faire réparer. Aujourd’hui, elle se dit «fière d’être enfin une femme».

 

Des rencontres de sensibilisation sont organisées. Le silence est levé petit à petit. Nombreux sont les témoignages des Africaines. Elles décident d’expliquer publiquement ce qu’elles ont subi.  Au pays, avant de venir. Parfois, en France où elles sont nées, dans l’illégalité totale. Souvent, à l’occasion d’un séjour au pays, quelque part en Afrique, la plupart du temps, à l’insu du papa et de la maman. Témoigner. Marcher, qu’on soit une femme ou un homme, pour lever le voile sur ces violences faites aux femmes au nom des traditions qui remontent aux temps pharaoniques. Koudedia Keïta, la présidente de «Marche en Corps», se dit très optimiste : «Le concept de marche par les diasporas et pour les diasporas, est accueilli favorablement par toutes et tous. C’est donc une nouvelle étape de la prise de conscience collective».

 

Koudedia reste convaincue que l’abandon de l’excision, dans la sérénité et le calme, doit avoir son point de départ en terre malienne. Car, dit-elle, «n’est-ce pas chez nous, dans notre glorieux pays, que la Charte du Manding a vu le jour ? Ce Mali qui est capable des plus grandes œuvres».

 Françoise WASSERVOGEL

SourceLe Reporter

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