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Quand le Mali aimait follement Kadhafi

Il y a un an jour pour jour, Mouammar Kadhafi trouvait la mort en Libye. De nombreux commentateurs ont, depuis, imputé la crise du Nord-Mali à la fin violente du « roi des rois d’Afrique ». Comme dans un jeu de dominos, la chute du dictateur a provoqué une série de réactions en chaîne faisant transvaser un nombre important d’armes et de combattants du désert libyen au désert malien, déstabilisant le pouvoir de Bamako avec les conséquences que l’on connaît.

Bien avant cela, pourtant, la République du Mali, comme beaucoup d’autres pays africains (mais pas seulement), avait bénéficié des largesses de sa majesté Mouammar. Hôtels, bâtiments administratifs, parcs immobiliers, domaines agricoles, évènements culturels ou mouvements politiques avaient été financés par le «guide de la révolution», bien plus fréquentable en ce temps là.

Béchir Salah Béchir, directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi et ancien président duLibyan African Investment Portfolio (LAP), un fonds d’investissement consacré à l’Afrique évalué à 5,6 milliards d’euros, assurait en 2010 que son pays entendait «investir sans réserve au Mali». Ce fut chose faite durant plusieurs années et dans plusieurs secteurs d’activité déterminants.

Les investissements « sans réserve » de Kadhafi au Mali

A la fin des années 2000, l’entreprise Libyenne Malibya, créée pour l’occasion, s’emparait en grandes pompes de 100 000 hectares de terres en plein cœur de la zone gérée par l’Office du Niger, (la principale zone rizicole du Mali). Le but de cette manœuvre? «Assurer l’autosuffisance alimentaire des deux pays, le développement de l’agro-industrie, et le développement de l’élevage» selon la convention signée par les deux états.

D’abord présenté comme un projet de collaboration sud/sud, cette initiative prévoyait de grands travaux d’aménagements pour l’implantation de riz hybride afin que le Mali devienne le «grenier de la sous-région». Mais en réalité, cette acquisition devait permettre à la Libye de freiner sa dépendance agricole.

Autre grand chantier, la cité administrative de Bamako, anciennement nommée cité Mouammar Kadhafi, car financée par ses soins (plus de 120 millions de dollars selon La Libre belgique).

Ce gigantesque complexe arborait avant sa chute d’immenses portraits du «guide de la Jamahiriya». Inaugurée le 22 septembre 2010 dans le cadre des festivités du cinquantenaire de l’indépendance du Mali par l’ancien guide de la révolution libyenne et Amadou Toumani Touré, cette nouvelle structure était censée abriter l’essentiel des départements ministériels ainsi que les directions de certaines structures administratives du pays.

Kadhafi le roi des rois…

Reçu comme un prince dans la plupart des pays où il se rendait, Mouammar Kadhafi avait bénéficié d’un accueil extraordinaire lors des célébrations du cinquantenaire de l’indépendance malienne en 2010, notamment lorsque parachutistes maliens et libyens avaient atterri devant une foule admirative aux couleurs des deux pays. Le « roi des rois d’Afrique » était alors plus qu’un surnom : c’était une réalité.

Imprévisible et mégalomane, l’ex leader libyen se devait de posséder les plus grands et les plus beaux hôtels du Mali: l’Hôtel Laico de l’Amitié à Bamako (rénové pour 24 millions d’euros selon le site d’informations les Afriques) et l’hôtel El Farouk situé en bordure du fleuve Niger faisaient partie de sa collection et de celle de ses hommes, ainsi que le Marietou Palace et l’hôtel Azalai de Tombouctou.

Construisant sa stratégie économico-politique autour de l’Islam, Kadhafi n’avait pas manqué non plus de financer mosquées et madrassas (écoles coraniques) à travers le pays. « C’est la Libye par exemple qui paye le salaire de cinq cents enseignants d’écoles coraniques, via le Secours islamique » déclarait RFI en 2011.

La construction de la grande mosquée de Ségou fut de la sorte présentée comme un exemple ultime de générosité par les fidèles, afin de «contribuer d’avantage au rayonnement de l’Islam dans la cité». Érigée sur une superficie de 2300 mètres carrés, l’immense bâtiment fut doté d’une salle de prière, d’une salle de conférence, d’une salle informatique, d’une bibliothèque et d’une école pour un coût avoisinant les 2 millions et demi d’euros. Aujourd’hui, la mosquée n’est que partiellement utilisée.  L’objectif affirmé alors de «contribuer d’avantage au rayonnement de l’Islam dans la cité» grâce à cet édifice n’a donc jamais été atteint.

«Grands consommateurs de matchs de football et de telenovelas, les Maliens aiment (aussi) rappeler que la télévision publique malienne vit le jour le 22 septembre 1983 grâce à une subvention de la Libye» rappelait aussi SlateAfrique il y a un an.

A niveau culturel aussi, les Maliens ont également eu droit à leur «festival dans le désert», dont les premières éditions furent financées par le « frère guide».

 

… Qui a plongé le Mali dans l’embarras

Aussi vrai que les dirigeants successifs maliens avaient soutenu et accueilli Kadhafi comme un prince à chacun de ses déplacements, les bouleversements géopolitiques entraînés par la révolution libyenne de 2011 les ont mis dans un embarras des plus paralysants.

Etant très liés au pouvoir libyen, les Touaregs appelés en renfort par Kadhafi ont dû fuir le désert de Libye pour rejoindre celui du Mali après la défaite du « guide », emmenant avec eux les armes qui leurs avaient servi à défendre l’auteur du Livre vert contre les forces révolutionnaires. Bien qu’elle n’en soit pas l’unique cause, la chute du dictateur aura vraisemblablement favorisé la crise du Nord-Mali.

Dans un rapport intitulé « Libye : un avenir incertain« , le Centre International de Recherches et d’Etudes sur le Terrorisme (CRET)  expliquait déjà en mai 2011 les conséquences de la crise libyenne sur le Nord-Mali : « c’est pourquoi, fin avril, le ministre malien des Affaires étrangères, Mr Soumeylou Boubeye Maïga, jugeait la situation «grave et préoccupante» dans la région » . Un avertissement qui annonçait déjà les évènements du mois d’avril 2012.

Par Ambroise Védrines et Kaourou Magassa

 

 

SourceSlate Afrique

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