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Moussa Mara au journal ‘’Le Pays’’ : ‘’Mon avenir politique sera réalisé par ce que les maliens voudront de moi’’

A peine nommé ministre de l’Urbanisme et de la Politique de la Ville dans le gouvernement,  M. Moussa Mara, Maire de la commune IV et président du parti Yèlèma n’a pas échappé à des critiques de tout genre. Qui vont même à signer son arrêt de mort politiquement. Nous lui avons tendu notre micro. Sur ce sujet et d’autres brulants de l’heure, il a accepté de partager ses impressions. C’était le vendredi, 13 septembre à son cabinet d’expertise comptable à l’ACI 2000.

moussa mara yelema maire commune quatre

Moussa Mara.
Source : moussamara.com

Le Pays : après l’atteinte, à hauteur de souhait, des deux missions assignées au gouvernement de transition, c’est-à-dire, la reconquête du nord du Mali et l’organisation des élections libres et transparentes, la destinée  d’un Mali nouveau est entre les mains d’IBK .  Les attentes des maliens sont très  énormes. Selon vous, quels doivent être les secteurs d’urgence d’investissement ?

Moussa Mara : Je pense comme vous l’avez si bien dit les attentes sont énormes, mais en même temps  le président de la République a une bonne conscience de ce qui est attendu de lui. Il a une bonne conscience, cela d’autant plus que vous avez vu  depuis qu’il est élu, loin de tout triomphalisme, il est vraiment dans la mesure de la gravité de la situation. C’est pourquoila priorité absolue de notre pays, c’est de faire en sorte que la sécurité règne sur l’ensemble du territoire. C’est que les maliens se réconcilient pour créer l’unité nationale indispensable à tout progrès social.C’est que l’état qui s’est totalement effondré soit restauré. Sur chacune de ces priorités, le président de la République a pris des mesures fermes.

 

-D’abord par rapport à la sécurité, vu que depuis quelque temps, on  a un regain de dynamisme au niveau de nos forces armées et de sécurités, nous allons dans le cadre de la collaboration avec la communauté internationale, la MINUSMA,  nous orienter pour que la sécurité puisse être une véritable réalité.

 

– Sur le sentier de la réconciliation nationale, vous avez un ministère de la Réconciliation Nationale,qui va très rapidement, avec la commission Dialogue et Réconciliation, entamer les assises du nord ; entamer des discussions avec l’ensemble des groupes armés du nord, mais aussi avec l’ensemble des composantes des sociétés civiles du nord et du sud,  pour que les maliens se donnent un nouveau départ en terme de réconciliation, en terme de dialogue, en terme de paix, en terme de sécurité, en terme d’organisation institutionnelle du territoire.

 

-Sur  le sentier de redressement de l’Etat, je pense que le Président  et le Premier ministre sont au front.  Jusqu’à tous les niveaux des départements  ministériels,  il nous a été demandé  de travailler dans le sens que les maliens voient qu’un ordre nouveau est arrivé ; tout le monde doit être traité  à la même enseigne, avec le même  droit, avec le même devoir. Un Etat équitable, un Etat juste, mais un Etat qui fait respecter les textes et les lois.

 

Moi en particulier dans mon domaine, on sait que beaucoup  de textes ne sont pas respectés : en terme d’urbanisation, en terme d’urbanisme, en terme d’occupation des espaces. Il va falloir qu’on mette un frein à ça ; qu’on siffle la fin de la récréation et que l’ensemble des acteurs socio-économiques de notre pays aille dans le sens de ce que l’Etat décide comme règle à respecter par les uns et les autres. Je pense que le président fixe le tempo : le premier ministre anime, coordonne et fait en sorte que chacun va dans le bon sens et nous, responsables de départements sectoriels, nous mettons en œuvre les grandes orientations présidentielles, qui sont aussi dictées par les nécessités du jour  et qui sont dictées par la conscience aiguë  du chef de l’Etat et du premier ministre de la situation difficile de notre pays et des attentes importantes des maliens. On va y arriver Inch Allah.

 

Le Pays : le gouvernement dit de réconciliation nationale, dont vous faites partie, n’a pas échappé à de vives critiques. Des maliens se disent déçus, notamment parmi  des politiques qui ont soutenu IBK au deuxième tour des présidentielles et le mouvement religieux SABATI, mais aussi dans le rang de l’opposition. Les raisons sont diverses : le retour d’anciennes tête des vingt dernières années dans le gouvernement, le nombre trop élevé de départements etc. Pensez-vous que ces critiques sont légitimes ?

Moussa Mara : Aujourd’hui je pense que le plus important ce n’est pas de juger ces critiques. Ces critiques ont été formulées par des gens qui sont sans doute de bonne foi. Qui veulent que le Mali change, que le Mali aille dans de bon sens, dans de bonne direction. Ça il faut le comprendre, ces gens sont dans leur plein droit. Mais ce que moi je leur demande, c’est de patienter un peu et de voir le gouvernement  à l’œuvre. Le plus important  c’est les résultats que le gouvernement  doit atteindre. Il faut savoir qu’il n’existe pas de gouvernement non critiquable dans sa composition. Que ce soit vous, moi ou ceux qui critiquent aujourd’hui, si on nous donne la possibilité de former un gouvernement, vous devez vous attendre toujours à des critiques, quel que soit alpha. Et comme j’ai dit des critiques qui peuvent être légitimes. Mais  en tant que membre de ce gouvernement, moi je pense que et je souhaiterais que les maliens nous jugent à l’œuvre. Jugent le gouvernement à l’œuvre, qu’ils jugent  les ministres individuellement à l’œuvre et qu’ils nous donnent le temps de nous engager sur ce grand sentier qui est important. Qu’ils nous accompagnent, qu’ils nous soutiennent par  leur prière, qu’ils nous soutiennent par tout ce qu’ils peuvent, et si le gouvernement gagne c’est le Mali qui gagne. C’est ça le plus important.

 

Le Pays : vous avez lutté pour l’alternance générationnelle, à défaut de sa matérialisation, vous avez soutenu IBK et au finish vous bénéficiez d’un poste ministériel. Un tout nouveau poste, celui de l’Urbanisme et de la Politique de la Ville. Quelle est votre mission essentielle ?

Moussa Mara : aujourd’hui, d’abord notre désignation au gouvernement, ce n’est pas comme on le dit un partage de gâteau ou un renvoi d’ascenseur. Nous avons soutenu le président, non pas pour obtenir quelque chose en retour, nous avons soutenu le président par rapport à ses idées et nous lui avons dit  que nous ayons quelque chose en retour ou pas, s’il est dans le sens du changement on va l’accompagner.  Et là, il nous a fait confiance en nous donnant des responsabilités importantes. Nous allons nous battre pour les accomplir. Ces responsabilités sont de deux ordres :

 

Le Mali n’a jamais eu de politique de ville, alors que les villes aujourd’hui occupent à peu près, je dirai, le tiers de  la population malienne. Les villes vont occuper de plus en plus de maliens. Puis queBamako, pour prendre exemple sur notre ville majeure, a un taux de croissance qui est le plus élevé d’Afrique et qui est le sixième le plus élevé au monde. Et je ne pense pas que ça va s’arrêter de suite. Les villes vont recevoir de plus en plus de maliens. Et bientôt, à moyens terme, nous allons avoir plus de maliens en ville qu’en campagne. Alors que les villes en tant qu’espace, en tant que territoire ne sont pas conçues comme un lieu où les gens doivent se sentir en l’aise, où les gens doivent bien vivre, où les gens doivent avoir accès à tous les services de base, où les gens doivent avoir des activités économiques qui doivent leur permettre de s’épanouir. C’est un peu le laisser aller dans notre politique d’urbanisation. Il faut qu’on sert les boulons, qu’on oriente et qu’on fasse en sorte que les gens qui vivent dans les villes s’épanouissent et respectent un certain nombre de règles à long terme. -Donc ma première mission, c’est de déterminer cette politique. Pour que la ville devienne conviviale.

 

-Notre seconde attribution, c’est de faire respecter scrupuleusement les règles d’urbanisation. Nous avons des bons textes au Mali, mais qui ne sont pas respectés. Vous savez, on ne peut pas construire n’importe où l’habitat, on ne peut pas construire n’importe où des centres de santé, des écoles, on ne peut pas construire n’importe où des terrains de sport. Tout doit être organisé dans une ville et ces règles, nous allons veiller à ce qu’elles soient respectées. Donc ce sont ces deux responsabilités majeures. Et dans notre action, nous devons faire sentir la rupture, c’est-à-dire l’Etat nouveau qui arrive, qui est exemplaire, qui est au service des usagers  et qui fera en sorte que chaque usager soit traité de la même façon, qu’il soit rouge, noir ou bleu. Qu’il soit beau ou vilain, qu’il soit grand ou petit, qu’il soit homme ou femme, qu’il soit chrétien ou musulman. C’est un citoyen, il a des droits et des devoirs. Cet Etat nouveau, nous devons le traduire tous les jours dans nos  actions. Inch Allah.

 

Le Pays : le fait que vous ayez accepté d’entrer dans le gouvernement divise l’opinion publique. Certains diront que c’est un manque de vision politique, d’autres pensent que  vous valez mieux et que votre place est dans l’Assemblée Nationale ; ou encore d’autres diront même que M. Mara se tue politiquement.  Que pensez-vous de toutes ces opinions ?

Moussa Mara : Moi, je sers mon pays depuis 18, 19 ans. J’ai commencé à le servir en tant que simple citoyen en travaillant pour conscientiser les jeunes, pour aider les jeunes, aider les femmes dans mon quartier. J’ai commencé à le servir et je continue à le servir en tant qu’expert-comptable. Aider les entreprises, les aider à s’imposer à l’extérieur, aider l’Etat à bien fonctionner, aider les collectivités à bien fonctionner, j’ai continué à le servir en tant qu’Elu, conseiller municipal, maire. En veillant en sorte que les citoyens  de la commune IV vivent mieux ;que les règles soient respectées, que ce qui ont droit à des parcelles spoliées puissent rentrer dans leur droit ; j’ai voulu le servir en tant président de la République, puis que j’étais candidat à l’élection présidentielle ; aujourd’hui je le sers simplement  en tant ministre. C’est la seule question qui vaille. C’est une mission importante pour le pays. Pour l’avenir du pays, pour nos enfants. Nous ne voulons pas que les villes soient des enfers  comme on l’a vu ailleurs avec une criminalité extra- ordinaire, avec l’environnement pollué, avec des citoyens qui se bagarrent tous les jours pour le moindre point d’eau. Nous ne voulons pas que cela se passe dans notre pays. Nous voulons que nos villes soient harmonieuses. Nous voulons que les gens soient en l’aise dans les villes. Moi je pense que c’est une bonne ambition. Moi je ne me pose pas de question sur mon avenir politique. Mon avenir politique sera réalisé par ce que les maliens voudront de moi.Si les maliens veulent que moi je sois X ou Y demain,  ce n’est pas les prévisions alarmistes des uns et des autres qui vont l’empêcher et ça sera fonction de ce que je ferai tous les jours pour les maliens et maliennes. C’est ce qui m’importe. Demain est un autre jour.

 

Le Pays : Quel est votre dernier mot à l’endroit du peuple malien impatient de voir le résultat de votre nouvelle tâche, mais aussi à l’endroit de vos militants pour lesquels l’avenir du parti compte ?

Moussa Mara : c’est que les maliens nous accompagnent par leur bénédiction. Nous accompagnent par leur action de tous les jours. Soient patients pour voir les premiers résultats. Le gouvernement existe depuis six jours. Qu’on nous donne quelques semaines et quelques mois, et Inch Allah   on verra les résultats. Que les hommes de presse aussi nous aident. Nous sommes à une période charnière de notre histoire. Le pays a failli ne plus exister. Aujourd’hui, il est en train de se remettre débout. Nous avons l’immense honneur de le remettre totalement débout, sous les rails et en allant devant vers le développement. Chacun a sa part et il faut que chacun soit au rendez-vous de l’histoire.

 

Boubacar Yalkoué

SOURCE: Le Pays

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