Suivez-nous sur Facebook et Youtube pour ne rien rater de l'actualité malienne

Une visite pratique et pathétique au camp de Kati

Ce vendredi 08 février 2013, des responsables militaires ont grandement ouvert les portes du camp Soundiata Keita de Kati aux journalistes de la presse malienne et internationale lors d’une visite guidée.Soldat_kati camp

Habituellement ce genre de visite s’effectue sur des lieux et des règles strictement prédéterminés par des organisateurs. Surtout quant il s’agit d’un camp militaire. Mais cette visite guidée que nous avons pratiquée n’était pas ordinaire. Non seulement toutes les questions étaient «posables » mais aussi tous les coins et recoins du célèbre camp étaient visitables. Bref, ces militaires maliens de Kati nous ont permis de parcourir leurs lieux de vie et de travail librement sans aucune interdiction de questionner, photographier ou filmer qui et où on veut. Très souvent à pieds et quelques fois en auto, nous avons fait le tour des quatre principaux départements militaires techniquement appelés régiments.Est-ce une nouvelle manière d’octroie de liberté d’expression à la Katoise? En tout cas, on peut dire que ce jour là, les chercheurs d’informations étaient dans leur « Gan Foro », une expression Bambara signifiant, champs de gombo, c’est-à-dire un champ propice à la cueillette d’informations.

C’est vers 10 h 25 qu’a commencé une brève rencontre d’information entre les proches collaborateurs du capitaine Amadou Haya Sanogo et des représentants de la presse écrite et parlée du Mali et d’ailleurs.

Assis autour d’une table avec une quinzaine d’officiers et de sous-officiers,le colonel Diallo, Secrétaire général du Comité de Suivis et de la Réforme des Forces de Défense et de Sécurité, a ouvert la séance : «…Aujourd’hui, nous sommes réunis pour vous entretenir sur le Comité, ses missions et les activités entreprises par ce Comité. Pour cela, le programme sera le suivant : Moi, je vais vous briefer sur le Comité, après nous nous rendrons sur le terrain en compagnie du Commandant de Zone qui est Colonel Diallo et commandant Soumaré         Commandant de la Place d’arme de Kati pour vous montrer les actions effectuées par le Comité. Après, une équipe vous accompagnera chez le Directeur du Matériel, des Hydrocarbure et du Transport des Armées et le Chef d’État Major Général des Armées », a-t-il ainsi présenté le déroulement des activités avant de préciser :« Ce Comité a été crée en juin 2012 par loi numéro 1226. Il est un service rattaché à la Présidence de la République. Nous avons la mission :

De participer à l’élaboration des documents de Réforme des forces de défense et de sécurité avec le ministère de la Défense et celui de la Sécurité intérieur ; d’assurer le suivi de la mise en œuvre de ses réformes et de participer à leur évaluation », a détaillé le Colonel Diallo pour ensuite citer les différents postes constituants le Comité « une Présidence, une Vice-présidence, un Secrétariat général et trois Commissions…les titulaires de ces postes sont nommés par le Président de la République »

Après ces explications, le Secrétaire général a fait une bonne énumération des réalisations du Comité, vérifiables sur le terrain, avant de passer la parole au Commandant Soumaré, Chef de la Cellule Opération qui nous parlera de la Cellule de Crise. «…C’est suite aux évènements de Konna que le Comité a décidé de la mise en place de cette Cellule de Crise dont les objectifs sont : être toujours imprégné des informations sur les réalités du terrain des opérations en cours; Analyser ces informations pour faire des propositions concrètes au Président du Comité qui prendra des mesures nécessaires…», nous a dit le Commandant Soumaré avant la période des questions.

Interrogé sur la supposée mise à côté du Comité par l’armée française de l’opération Serval, le Colonel Diallo a répondu « L’Armée française travail en parfaite harmonie avec les autorités militaires maliennes. Nous, nous sommes un Comité chargé de suivi…concernant les relations d’opérationnalité, nous n’avons pas l’impression qu’on est mis à côté. Nous nous attelons à nos tâches selon la mission assignée à nous par le Président de la République.

Notre journal a voulu savoir si le Comité est au courant des retentissements de coups de feu de ce matin au camp des 33e régiment des parachutistes de Djicoroni qui a imposé la fermeture de l’artère principale et quelle est l’évolution de la situation ? « nous suivons l’évolution de cette situation et tout le monde sera informé au fur et à mesure…le régiment des para commandos est une entité de l’Armée de terre. Ce qui se passe est inquiétant mais c’est au niveau du commandement militaire que la décision doit être prise », a-t-il commenté avant la nécessaire interruption des échanges due à la contrainte du temps.

« Lorsqu’on accule la chèvre en abusant trop d’elle, elle  finira par mordre »

Cette fermeture de la période de question nous a conduit à l’ouverture de la ballade aux foyers des mariés et celui des célibataires militaires. S’en est suivie, de longues promenades de santé dans les quatre régiments du vaste camp pour y constaté la santé des armements.

Le camp militaire

Nous sommes allés rencontrer, en un seul groupe de militaires et civils, dans un convoi de 5 véhicules, leCommandant de zone 3 à l’entrée d’un foyer. Le colonel Soumaila Prosper Traoré nous a souligné : « Par ici, nous commencerons la visite guidée. Vous constaterez, vous-même, au point de vue, condition de vie et celui de la réalisation. Allons… », disait-il quand il a été interpellé par un représentant de la presse étrangère qui voulait comprendre pourquoi la Communauté internationale refuse de venir à Kati ? Le Commandant ne s’est pas fait prier pour dire « Je vais vous le dire, la Communauté internationale doit comprendre que, même dans un pays ou l’Armée n’existe pas, si la bonne gouvernance n’y est pas, c’est l’homme de la rue qui prendra les cailloux pour lapider le commandement. Ce n’est pas du gré des militaires de faire un coup d’état. Ce sont les mauvaises conditions de vie généralisées qui imposent un coup d’état. Il va falloir revoir ce problème. Il faudrait que cette Communauté internationale veille d’abord sur la bonne gouvernance. Cela est valable partout en Afrique. Comme le dit un adage Bambara «…Ba dégoun nen dé bè kinnin kè ». C’est-à-dire; contrairement au chien, la chèvre ne mord pas. Mais lorsqu’on accule la chèvre en abusant trop d’elle, elle finira par mordre », telle fut l’explication métaphorique et pathétique donnée par cet soldat sympathique avant d’entamer avec nous une longue tournée dans le foyer des militaires mariés, toutes grades confondues.

Dans ce foyer de Kati, la grande totalité des habitations sont en banco ou en tôles rouillées ou peinturées. Cela nous replonge dans les dures réalités des vieux et pauvres quartiers de Bamako dont les maisons sont souvent faites de briques en terre battue et couverte de pailles ou de tôles trouées. Ces lieux de Kati nous rappellent aussi les bidonvilles de Sowéto en pleine période de l’Apartheid en Afrique du Sud.

Entre ces maisons de militaires mariés, des eaux usées stagnantes ou coulantes (photos à l’appui) et aussi nauséabondes favorisent la prolifération des mouches et moustiques propagateurs de diverses maladies. Selon les renseignements de certains habitants de ce camp militaire, ce sont des hommes en uniforme qui, avec leurs maigres salaires, se débrouillent pour faire ces constructions de fortune. Dans de telles conditions de précarité, ces militaires pourront-ils avoir la force morale nécessaire pour la défense et la sécurité des civiles?

Au moins, dans l’environnement d’à côté où habitent des militaires célibataires, entre les quelques bâtiments construits en ciment, il n’y a presque pas d’eaux usées. « C’est le Comité militaire qui a clôturé ce célibaterium », nous a précisé, notre principal guide, colonel Soumaila P. Traoré qui a été nommé Commandant de zone de la 3eme région militaire en novembre 2011

Après la longue traversée de ces lieux d’habitation, nous nous sommes dirigés vers les stationnements des engins lourds et mi-lourds de combat en commençant par le Parc du régiment des engins blindés où on trouve : des BTR.60 et 70, des BRDM2, des Chars T54 et PT76. « C’est ici qu’on répare les engins blindés tombés en panne pour les renvoyer sur les champs de bataille. Pour des cas de pannes graves, nous avons fait appel à des spécialistes qui sont venus les remettre en fonction. Le Lieutenant-colonel Yacouba Sanogo, commandant du régiment des engins blindés explique « Nous avons réparé deux dizaines d’engins blindés qui ont été déployées sur le terrain…donc les réparations sont presque terminées ici »

En allant vers un autre régiment, nous avons vu sur notre côté gauche, le Centre d’instruction « qui a été complètement rénové par le Comité militaire». Il a aussi déploré « le mauvais état de la route que nous avons emprunté. Tout comme les autres mauvaises routes dans le camp, elle a été construite en 1974, Ces bâtiments aux alentours datent du temps colonial ». Mais, sur la bordure d’une route goudronnée nous avons dépassé une «Polyclinique» plus récente construite par l’ancien Guide libyen Kadhafi dont le nom figure sur le mur de l’entrée principale « C’est ici que sont soignés la plupart des blessés de guerre. Certains cas graves sont transférés vers d’autres hôpitaux », nous a souligné un autre militaire.

Sur le même côté de cette polyclinique à notre droite, nous avons vu au fronton d’une grande cour « Prytanée militaire Kati », une école de renommée internationale qui forme les adolescents aux métiers des armes. En Face de ce Prytanée se trouve, à la devanture d’une très longue et grande cour, cet écriteau : « 3eme Région-Militaire Kati. Centre de Regroupement d’Instruction Physique. Caporal Ambiance Dembélé », nous y sommes entrés.

« Ce Centre n’avait aucune clôture. N’importe qui entrait comme il voulait. Vous voyez ces installations, on les appelle le Parcours du Combattant. C’est ici que les militaires sont physiquement formés pour surmonter les obstacles dans la nature…Avant, les soldats qui partaient sur le terrain n’avaient qu’une prime de 6.000 fca, Maintenant, c’est le Comité militaire qui a fait augmenter cette prime au combat à 50.000 francs cfa pour chaque soldat quelque soit son grade. Avant l’avènement du Comité on utilisait la démocratie pour faire ce qu’on veut. Ce n’est plus le cas. J’ai servi à Nioro, Gao et Kidal. J’ai été le premier commandant de région à Kidal. Étant un officier de l’Artillerie, j’ai préparé des tirs sur toutes les positions du Tigaregar que j’ai laissé à Tessalit. J’ai écrit des rapports…j’ai dit, en 2010, qu’il faut qu’on prenne des précautions maintenant si non ce serait trop tard. Je n’ai pas été répondu parce qu’on m’a pris pour un fou…»

« Êtes-vous choqué que l’armée française intervienne à Kidal sans les militaires maliens?», lui a-t-on posé comme dernière question dans ce Centre, Sans hésiter, le colonel Soumaila Prosper Traoré a répondu : « Personnellement, je ne suis pas choqué car, l’Armée française qui nous a tirer d’affaires. Elle veut  soutirer les otages français de cette zone…».

Après les régiments des blindés et d’Infanterie, nous sommes entrés dans celui de l’Artillerie où le colonel Traoré a laissé un spécialiste, le lieutenant-colonel, Baba Diakité, nous donner des explications : « Vous êtes dans le régiment qui déploie les armes lourdes à grandes portées et à grandes puissances de feu.

On a ici les «BM21», il y avait une dizaine stockée au garage depuis 1991. Après les évènements du 22 mars 2012, on les a tous réparé. Les 5 sont maintenant déployés sur le terrain. La «BM21» sert à bombarder. C’est une arme à réaction qui peut tirer 40 roquettes en 20 secondes sur une portée de 40 km. Une roquette pèse 66 kgs…les agresseurs ont récupéré dans le nord certains de nos «BM21», mais ils ne peuvent pas les utiliser parce que ces engins sont commandés par des clés spéciales que nos hommes ont retirés », a-t-il souligné. Nous nous sommes approchés d’un autre engin qui s’appelle le «Chilca» qui permet d’abattre les avions en vol. Selon le spécialiste : « Cet engin qui possède des radars, peut abattre un avion qui se trouve à une altitude de 2000 mètres. Il tire 2000 obus en quelques secondes. Ce genre d’engin n’a pas fonctionné depuis la fin de la guerre entre le Mali et le Burkina en 1985. Nous les avons remis en fonction, il y a seulement 3 mois »

Un «Petourse» qui porte une rame de lancement des missiles

Un dernier engin lourd très performant nous a été présenté. Il s’agit du«Petourse» qui porte une rame de lancement des missiles «filovidape». C’est-à-dire des missiles sur lesquelles il y a des files et avec levier à l’intérieur qui le guide jusqu’à l’objectif. Il est très efficace contre les engins blindés. Dès que ses obus à charges creuses tombent sur le blindage, ils le percent et explosent à l’intérieur.», ont-ils détaillé.

Nous nous sommes lancés sur le chemin du quatrième régiment : les Transports. Il faut noter que « chacun des quatre régiments possède en son sein près de 2000 hommes en uniforme. C’est le Directeur du Matériel, des Hydrocarbures et du Transport des Armées, le colonel Moustapha T.V.N. Drabo qui nous a reçu. En compagnie de son adjoint, le colonel Seydou Koné, le patron de ce lieu, le colonel Drabo a expliqué la situation de son régiment : «…l’attaque de Konna s’est produite en plein milieu de rééquipement de nos forces. Nous continuons le même travail en accélérant l’envoi des matériels. Nous préférons approvisionner en vivres nos hommes sur le terrain à partir du sud, Bamako, que de compter sur les marchés du nord qui sont incertains pour le moment. L’Armée malienne est maintenant en possession de tous les armements et munitions nécessaires pour accomplir sont travail », a rassuré le colonel Drabo.

Nous avons alors pris la direction de notre dernier lieu de visite : Le bureau du Chef d’État Major Général des Armées à Bamako. Nous étions assis dans la salle d’attente quand nous avons appris du Capitaine Ouédraogo, que ce grand coordinateur des États Majors du Mali est allé chez le Premier ministre pour une réunion urgente concernant le conflit entre bérets rouges et verts. Ainsi, cette dernière rencontre de clôture a été reportée à une date indéterminée.

Cette visite guidée dans le camps Soundiata Keita de Kati, nous a permis de bien comprendre les difficiles conditions dans lesquelles vivent, d’une manière générale, les militaires maliens dans leurscases-reines ou plutôt casernes.

 

Lacine Diawara, Option, 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Suivez-nous sur Facebook pour ne rien rater de l'actualité malienne
Ecoutez les radios du Mali sur vos mobiles et tablettes
ORTM en direct Toutes les chaînes africaines en direct