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Soumaïla Cissé à propos de la CEN: « personne ne considère l’opposition »

Ployant sous le faix d’une salve de critiques, depuis son boycott planifié de la Conférence d’entente nationale, l’Opposition tente de se donner bonne conscience en magnifiant ses initiatives précédentes et en recourant à des arguments aussi lamentables les uns que les autres, question de porter l’estocade à un régime accusé de mépris pour elle et ‘’d’autisme’’.
Lisez la réaction du Chef de file de l’Opposition, Soumaïla CISSE, lors d’une rencontre, avant-hier, avec le Médiateur de la République.

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Je voudrais juste dire que, je vais vous convaincre d’une chose, nous aimons ce pays, nous sommes des patriotes et nous aussi, nous sommes dignes de passer à table.
Je crois qu’à l’entame de cette Conférence, les propos du chef de l’État ont été des propos choquants, n’ont pas été pour nous des propos de rassemblement. Ça nous confirme seulement un sentiment de mépris constant de la part de la Majorité.
Vous savez, la première chose avant d’arriver à cette Conférence d’entente nationale, c’est d’abord les négociations d’Alger. J’ai été moi-même voir le chef de l’État, je crois, c’était en 2014, les négociations ont commencé en juillet 2014, ç’a duré neuf mois. J’ai dit M. le Président, vous ne pouvez pas aller à ces négociations. Sur les plus de 200 Maliens, il n’y a personne de l’Opposition. J’ai dit, M. le Président, ce serait une erreur, ce serait une erreur parce que le jour où vous reviendrez, si on n’est pas d’accord, on ne pourra pas vous soutenir. Ce que je vous propose, c’est de peaufiner des rencontres avec nous. À la suite de ça, nous avons continué à demander des assises. Certains d’entre nous ont tenu des rencontres…
On a pris des initiatives pour rencontrer et la CMA et la Plateforme et la société civile et la Majorité présidentielle pour leur dire, écoutez, regardons ensemble ce qu’on va faire. Ce n’est pas une initiative de la Majorité, ce n’est pas une initiative de l’Opposition, ce n’est pas une initiative du Gouvernement. C’est une initiative de nous tous. Finalement, on a pu rencontrer la CMA, on devait rencontrer la Plateforme, il y a eu un problème d’agenda, on n’a pas pu la rencontrer. Ça veut dire que nous avons constamment été dans une initiative d’offre de dialogue.
Je vous dis, de 2013 à aujourd’hui, aucune de nos lettres n’a été répondue ni par le Gouvernement ni par aucun ministre, a fortiori la Majorité présidentielle.
Je crois que si l’Opposition était si importante, il y aurait eu le minimum de considération pour ses écrits. Nous avons entamé un dialogue avec la Majorité présidentielle, à quoi il a abouti ?
On nous a accusés de putschistes, des gens qui ne veulent pas… Mais cela ne nous a pas empêchés d’initier. Quand il y a eu les attentats de Gao, c’est l’Opposition qui a initié la marche commune, pour marquer sa solidarité avec les victimes. Mais chacun de nous a un village ; chacun de nous a des parents meurtris. Mais nous ne pouvons pas nous désintéresser de leur gouvernance, nous n’allons pas casser, nous n’allons pas brûler, nous avons juste fait des conférences, des communiqués et des meetings parce que nous aimons notre pays. Bien que certains croient qu’ils sont plus patriotes que nous. Si nous pensions tous de la même manière, il n’allait pas y avoir de mouvement, il n’allait pas y avoir ce scandale, il n’aurait pas eu cette conférence aujourd’hui.
Pour tout ce que nous avons fait pour que le dialogue s’installe dans ce pays, nous avons été traités de fous. Quand cette affaire est arrivée, Baba Hakhib nous a appelés, lorsqu’il nous a envoyé un premier coup de fil, nous avons été présents. Il nous a donné un Mémorandum, nous nous sommes réunis, nous avons fait des propositions d’amélioration des termes de référence. Mieux, quand nous avons appris que la Plateforme et la CMA ont dit qu’elles ne venaient pas, Iba N’DIAYE et moi (avons été) envoyés à Baba Hakib pour dire qu’entre les communiqués et la réalité, comment ça va se passer ? Quel est le format ?
Au jour d’aujourd’hui, nous n’avons pas eu de réponse.
Mais Mesdames et Messieurs, à l’heure d’aujourd’hui, on n’a pas reçu d’invitation. C’est bien de dire d’aller à la conférence, mais à l’heure d’aujourd’hui, l’Opposition n’a pas reçu d’invitation. Par qui que ce soit, par qui que ce soit ! Moi j’ai vérifié ici. Au niveau de l’URD, j’ai demandé à mes collègues, j’ai demandé aux députés si notre groupe a été invité à prendre part à la Conférence. On n’a pas été invité ! J’ai envie de dire qu’on n’aime pas le pays, qu’on n’aime pas le machin… On n’a pas été invité ! Il y a eu des conférences régionales, mais aucun parti de l’Opposition n’a été invité. Comment voulez-vous qu’on arrive à la finale, si tu n’as jamais participé aux éliminatoires. Comment expliquez-vous cette situation ? C’est du mépris ! En réalité, on ne voulait pas venir, on ne voulait pas venir !… On n’a même pas été invité et vous voulez qu’on se lève pour aller à la fête. Non du mépris, c’est une réalité. Et tout ce qu’on dit, société civile, vous êtes au courant. Tout ce qu’on fait, on vous écrit, nous écrivons à la Communauté internationale et personne ne nous répond. Personne ne nous répond ! Personne ne considère l’Opposition ! « C’est inutile, ils perdent leur temps, c’est des « Hasidi », c’est des gens qui n’aiment pas leur pays… » Aujourd’hui, vous voulez nous dire, vous êtes indispensables ? J’ai eu à écrire au président de la République deux fois… Ils ont eu un nouveau format. Ce format, la CMA et la Plateforme ont accepté. Vous avez accepté. Vous avez dit maintenant, il faut six mois pour y arriver. Bon Dieu ! Ils seront jugés, ils seront jugés !
Qu’est-ce qu’on a changé ? On ne fera pas la Charte. Vous vous associez à ce nouveau format ? Mais la paix ne va pas s’obtenir parce qu’on a tenu cette rencontre, la paix ne va pas s’obtenir parce qu’on a signé un accord ? Le gouvernement ne peut pas aller à Kidal ! On a signé l’Accord, il y a bientôt deux ans, il n’y a pas la paix. Il ne faut pas qu’on se voile la face dans ce pays, il faut qu’on se dise la vérité. Ce qui peut se faire, on se le dit, on le fait. Comment voulez-vous qu’on se réconcilie, le Gouvernement ne peut pas aller à Kidal ? Comment voulez-vous qu’on se réconcilie alors que personne ne peut aller à Tombouctou et Goundam ? Comment voulez-vous qu’on se réconcilie alors qu’à cause d’AQMI, on ne peut pas rentrer au nord parce qu’il n’y a pas de policiers, il n’y a pas de postes de gendarmerie, il n’y a pas de chef de quartier, il n’y a rien et on se réunit à Bamako pour se taper la poitrine que nous sommes des descendants de Soundjata… Simplement, on se met d’accord. Non, on ne peut se rencontrer et régler les problèmes que si les populations à la base ne sont associées, les populations n’arrivent pas à dormir parce qu’on n’arrive pas à faire le cantonnement, on n’arrive pas à désarmer.
Hier encore, on a tué des gens à Boulikéssi, l’autre jour, c’était à Ouéléssébougou à côté. Nous allons tous nous voiler la face ? Parce qu’on va faire une rencontre, on va faire, un grand communiqué. Vraiment tous les Maliens sont d’accord et puis la vie est belle, il y a la paix. Mais on se leurre ! C’est non ! Pourquoi le Gouvernement n’est pas avec vous ? Le Gouvernement, c’est la forme, c’est comme ça que ça a été conçu. On ne vous en veut pas. Ce que vous avez cherché, vous l’avez obtenu.
Il n’y a pas de format, il n’y aura pas la Charte, vous voulez qu’on vous donne le temps, vous allez transformer ça en une petite cérémonie. Franchement, vous me demandez d’aller applaudir ça ?

La Rédaction
Transcription libre

 

Source: info-matin

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