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Sommet extraordinaire du G5 Sahel à Bamako : Aux éloges formulés par IBK, Macron répond par des piques

Le Sommet du G5 Sahel du dimanche 2 juillet 2017 a été une occasion pour le président Ibrahim Boubacar Kéita de féliciter le président Emmanuel Macron et de lui rendre hommage pour sa visite à Gao le 19 mai 2017, soit cinq jours après son entrée en fonction et surtout pour avoir confirmé la continuité de l’engagement de son pays et exprimer son souhait d’une intensification de la mobilisation pour trouver une réponse collective à la hauteur de la complexité et de la gravité de la menace terroriste. Mais à ces éloges, le président Macron a répondu par des piques, égratignant ainsi le président IBK.

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Dans son mot de bienvenue en tant que président en exercice du G5 Sahel, Ibrahim Boubacar Kéita, après avoir fait référence à la pluie qui a arrosé Bamako et qu’il a assimilée à un signe de bonheur, rappellera, comme il aime à le faire, l’histoire du Mali à travers Tombouctou, une ville de lumière et qui a inondé le monde de sa lumière. De Macron, il dira que sa présence à Bamako constitue un espoir, une solidarité du peuple français, une mutualisation par rapport à un défi commun qui est la protection de nos paisibles citoyens qui ne demandent qu’à vivre dans un espace qui a été un espace de civilisation pendant plusieurs siècles par des caravanes de sel et un commerce florissant, paisible, commerce culturel avec notre fierté, notre lumière, la lumière de Tombouctou, tant cette ville a inondé le monde musulman de ses lumières, ces lumières que certains, venus je ne sais d’où, ont voulu éteindre.

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“C’est bien Monsieur le président de la République française, cher Emmanuel, vos troupes qui ont arrêté net aux portes de Konna cette invasion.  Comment oublier ce mandat ? Jamais. […] Mais c’est bien parce que nous n’avons pas oublié ce mandat-là. Tirant les leçons de ça, nos frères et nous avons convenu de trouver le moyen de défense de notre propre sécurité parce que vos troupes ne peuvent porter le fardeau de cette guerre toutes seules. Vous voir à nos côtés, va directement à nos cœurs. Monsieur le Président, vous portez déjà tellement d’efforts, tellement de fardeau, merci beaucoup Emmanuel. […] Vous êtes venus signifier à notre peuple la solidarité de votre beau peuple. Vous continuez à incarner l’opération Serval. Cela est un signe de destin et de temps que vous venez avec Jean-Yves Drian”, a dit IBK, comme mot de bienvenue.

Macron : ” J’ai décidé de poursuivre l’engagement de Hollande et

de le conforter”

Dans son intervention, Emmanuel Macron qui était l’invité d’honneur du Sommet, dira qu’il est à Bamako pour la lutte contre le terrorisme et l’obscurantisme. “C’est au nom de cet engagement, de cette responsabilité, cette charge que je m’exprime aujourd’hui devant vous”, a-t-il introduit, avant d’indiquer que son prédécesseur, François Hollande, a fait le choix courageux de venir en défense de notre pays et de toute la région. “J’ai décidé de poursuivre cet engagement, de le confirmer et de le conforter. J’ai pris l’engagement de répondre à votre invitation pour participer au Sommet. Derrière cet acronyme de G5, il y a une dynamique, un mouvement profond que la France est fière aujourd’hui d’accompagner. Le G5 Sahel est davantage une initiative de coopération régionale, une communauté soudée, déterminée face à un même défi. Les 5 pays que vous représentez mais aussi la France vivent au quotidien le poids de la menace terroriste. Dimanche, le 18 juin 2017, c’est Bamako qui, à nouveau, a été visé. Et ce sont plusieurs de nos ressortissants qui ont été les victimes de cette attaque. Je voudrais exprimer ma compassion aux victimes, à leurs familles et rendre hommage aux forces de défense et de sécurité de la région qui luttent contre le fléau dont plus de 150 de leurs membres ont été tués. Rien que depuis février plus de 80 tués au Mali, 30 au Niger, 30 au Burkina. Mais je voudrais aussi dire que ces attaques renforcent profondément notre détermination à lutter ensemble de manière résolue contre le terrorisme “.

Le président français continue ainsi : “Je ne sais si on doit à proprement parler d’une guerre. Car, les terroristes n’attendent que cela. Pour avoir une guerre, il faudrait un ennemi digne de ce nom. Mais nous avons chaque jour à affronter des terroristes, des voyous, des assassins dont nous devons oublier le nom et le visage. Mais que nous devons avec constance, tous ensemble, éradiquer. […] Notre présence, à tous les 6, est le témoignage de ce que nos ennemis cherchent à faire. [….] La complémentarité de nos actions doit faire la différence. Face à une menace transnationale, vous avez créé la force conjointe pour lutter contre ce fléau. Nous allons faire en sorte que la France puisse vous accompagner.  Nous jouerons notre partition dans un esprit de partenariat et d’exigence réciproque. Concrètement, le soutien de la France consistera d’abord à un soutien opérationnel aux unités, c’est-à-dire un soutien accru à l’opération Barkhane, conseil, assistance mais surtout un accompagnement au combat. Nous allons multiplier les missions d’assistance opérationnelle. Je salue l’engagement de la force Barkhane au quotidien “.

Toujours dans son élan, Emmnuel Macron déclare : “La force conjointe du G5 ne se substitue, ne se confond pas ni à Barkhane ni à la Minusma. Elle vient en plus à Barkhane. La France, c’est aussi une aide matérielle (des véhicules tactiques, des matériels de communications, du matériel de protection pour les hommes. C’est cela que la France apportera. C’est un soutien à la mise en place  du centre de préparation à l’engagement opérationnel. Enfin, la France, c’est un renforcement de notre coopération structurelle. Le Sahel, c’est désormais 50 % du budget de notre coopération de sécurité, de défense dans le nord. La sécurité du continent africain fait partie de la sécurité de notre planète. Au total, c’est un volet militaire équivalent à 8 millions d’Euro qui sera déboursé d’ici la fin d’année 2018. Mais la France n’est pas seule. 50 millions d’Euro sont annoncés par l’Union Européenne. Cela est un effort significatif dont je me réjouis. Il doit être l’annonce d’un engagement dans la durée de l’Union européenne. Vous connaissez l’engagement de la France pour mobiliser ses partenaires”, a dit Macron, avant d’asséner ses vérités.

Les vérités de Macron : “En tant que président Ami du Mali, je ne peux pas me cacher derrière les mots”

 “Nous devons poursuivre la mobilisation ensemble. Pour garantir un soutien dans l’intérêt, ce sera à vous de comprendre que la force conjointe du G5 est efficace dans le respect des conventions humanitaires. Les résultats doivent être au rendez-vous pour entraîner nos partenaires. C’est l’exigence réciproque que nous devons tenir. Au-delà de ces questions centrales de sécurité, je veux aussi appeler à une mobilisation collective autour de deux défis qui sont inséparables de la recherche d’une stabilité durable et réelle. Le processus de paix au Mali d’abord. Le retour durable de la paix au nord du Mali passe par la pleine mise en œuvre de l’accord de paix et de réconciliation. Cela relève bien entendu de la responsabilité des Maliens et de votre responsabilité, Monsieur le Président. Chers présidents, nous sommes là pour vous aider pour que le progrès accompli récemment puisse être approfondi pour que la feuille de route du G5 puisse être une réussite. Je pense en particulier aux chantiers prioritaires que sont le désarmement, le cantonnement des ex-rebelles, le redéploiement de l’Etat sur l’ensemble du territoire et la décentralisation. Parce que les efforts de sécurité sans processus politique sont illusoires. Parce que les exigences c’est aussi ce que nous devons à nos soldats qui se battent tous les jours pour cette force conjointe. Parce que les deux doivent aller de pair pour être durable et gagner non seulement la guerre, mais aussi la paix.”

Selon toujours le président français : “Le deuxième défi est celui du développement. Je l’ai dit à Gao, je le redis ici, tous nos efforts en matière de sécurité seront inutiles si nous n’insistons pas sur le développement. Le lien entre sécurité et développement ne doit pas seulement être martelé seulement dans les discours. Il doit se matérialiser en action concrète. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, pour beaucoup de jeunes dans le Nord du pays, les seules opportunités sont devenues les trafics. Nous devons agir sur le terrain et être plus près des populations. En tant que président d’un pays ami, partenaire historique du développement de la région, du Sahel, je ne peux pas me cacher derrière les mots. Je veux des actes. C’est pourquoi, il nous faut faire plus”, a-t-il craché comme vérités, avant d’annoncer qu’il a demandé à l’Agence française de développement (Afd) d’accompagner le G5-sahel, de renforcer encore l’engagement de la France. “Et ce sont 200 millions d’Euro qui vont être engagés spécifiquement pour les pays du G5 Sahel dans les 5 prochaines années. L’Afd nommera dès cet été un directeur régional compétent pour le Sahel basé à Ouagadougou. Il nous faut faire mieux. C’est au nom de l’alliance pour le Sahel que je m’engage à vos côtés. […] Le G5 Sahel est une alliance volontaire des partenaires pour faire la différence sur le terrain”,a-t-il annoncé.

” Face aux terroristes, nous devons changer de méthode “, dixit Macron

Il a poursuivi que les pays du G5 Sahel doivent faire mieux. Parce que, à ses dires, il faut changer de méthode face aux terroristes. “Nous voulons avec vous trouver les moyens pour mettre en place une aide rapide avec un résultat tangible pour les populations concernées. Nous voulons miser sur le développement local, pour les acteurs locaux, tout en étant intransigeants face à l’ennemi. Nous voulons aussi concentrer nos actions sur les priorités qui vont désenclaver le Sahel. D’abord l’éducation et la formation. J’ai la conviction profonde que nous devons y consacrer nos forces davantage. Parce que c’est le meilleur moyen de lutter contre le fondamentalisme guerrier, contre le détournement des esprits, contre pratiquement ceux qui viennent détruire vos pays, qui profitent de la misère de vos peuples pour les conduire vers le terrorisme, l’obscurantisme du 21e siècle, la guerre au nom de la religion. Le combat, il faut le mener par l’éducation, par la formation. C’est à ce prix que nous créerons des perspectives pour les jeunes. La deuxième priorité sera le développement de l’agriculture et le pastoralisme qui seront pourvoyeurs d’emplois pour lutter contre la migration qui déstabilise toute la région et les groupes terroristes qui viennent déstabiliser. […] La troisième priorité sera la lutte contre les effets du changement climatique. D’aucuns n’ont pas encore compris le sérieux de ce problème qui déstabilise et qui mène des groupes vers le terrorisme. […]. La vulnérabilité du Sahel en la matière nous oblige à faire des actions résolues en matière de promotion d’énergies vertes renouvelables. Cela relève de nos responsabilités. […] Enfin, la dernière priorité sera la bonne gouvernance et la justice. Cette responsabilité est la vôtre. Ce n’est pas moi qui fais la justice. [… ] “, a-t-il affirmé, avant d’ajouter que “l’enjeu aujourd’hui revient de basculer vers une nouvelle dynamique, une dynamique positive de développement qui se substituera à l’insécurité “.

Par rapport au survol de l’histoire du Mali par IBK, il se demandera s’il faudra continuer à évoquer le passé glorieux de son peuple et resté là.  “Faudrait-il continuer à mentir au peuple ? Non. Nous ne pouvons pas continuer longtemps en cela. Car nos ennemis se nourrissent de nos faiblesses, de nos hypocrisies. Nous devons agir. […]”, a-t-il affirmé.

IBK encore IBK

C’est piqué sur le vif qu’IBK prononcera son discours d’ouverture. Malgré les pics de Macron, il continua ses éloges. “Vous nous avez fait l’honneur de vous rendre à Gao, dans notre espace commun à tous le 19 mai dernier, cinq jours seulement après votre entrée en fonction, pour saluer et rendre hommage à vos soldats, mais aussi et surtout pour confirmer la continuité de l’engagement de votre pays et exprimer votre souhait d’une intensification de notre mobilisation pour qu’ensemble nous trouvions une réponse collective à la hauteur de la complexité et de la gravité de la menace. Gao, première grande ville libérée par les forces spéciales tchadiennes, l’Opération Serval et les forces de défense et de sécurité maliennes sera toujours pour nous le symbole de la bravoure et de la solidarité africaine et internationale “.

IBK de poursuivre ainsi: “C’est pourquoi, chers pairs du G5 Sahel, je voudrais, en votre nom à tous, saluer la présence de notre hôte de marque dont le pays, la France, partage une histoire et un destin commun, un pacte de sang avec nos pays et nos peuples respectifs. Monsieur le Président Macron, je voudrais, à travers vous, témoigner notre gratitude à l’ensemble de la classe politique française et au peuple ami de France. C’est le lieu pour moi de m’incliner, de nouveau, très respectueusement devant la mémoire des nombreuses victimes, civiles et militaires, de la crise malienne […] C’est grâce à votre confiance et à votre solidarité que l’événement d’aujourd’hui a été rendu possible. Aussi, voudrais-je vous renouveler mes sincères remerciements pour l’honneur fait à mon pays d’assurer la présidence en exercice du G5 Sahel pour la période 2017-2018”.

C’est ainsi qu’IBK démarra son discours d’ouverture. Après avoir survolé la situation sécuritaire au Sahel, il a exprimé la satisfaction des chefs d’Etat pour l’adoption à l’unanimité de la résolution 2359 (2017) par laquelle le Conseil de sécurité des Nations unies salue le déploiement de la Force conjointe du G5 Sahel, ainsi c’est la preuve de la détermination de la communauté internationale à accompagner les efforts face aux graves défis sécuritaires.  “Je voudrais saluer ici le rôle déterminant de la France, sous la direction et avec l’engagement personnel du président Emmanuel Macron, dans le processus de négociations et d’adoption de cette résolution. […] Je sais que nous pouvons continuer de compter sur l’appui de nos partenaires bilatéraux et multilatéraux pour l’opérationnalisation rapide et le fonctionnement efficient de cette Force conjointe. A cet égard, nous avons hâte de travailler sans tarder à l’organisation de la conférence de planification des contributions des partenaires prévue par la résolution 2359 du 21 juin 2017. […]. Je vous sais attentif à notre évolution intérieure. Je puis vous assurer que le train de la paix avance, avec assurance et confiance. La paix est pour toutes les Maliennes et pour tous les Maliens”, a-t-il ajouté.             

                              Siaka Doumbia

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