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Situation des droits humains au Mali: l’expert de l’ONU déplore les lenteurs judiciaires

En fin de mission dans notre pays, l’expert indépendant de l’ONU sur la situation des droits de l’homme au Mali était face à la presse, hier mercredi, au siège de la MINUSMA, à Badalabougou. Au terme de cette mission qui a commencé le 26 février dernier, Suliman BALDO a constaté qu’il y a un effort de rattrapage du retard accusé dans la mise en œuvre de l’Accord de la part de toutes les parties maliennes. Malgré ces progrès, M. BALDO a déploré de graves menaces sécuritaires au nord et au centre du pays qui continuent à mettre les populations civiles en danger, entravant du coup leur accès aux services sociaux de base.

Suliman Baldo expert onu

Huitième du genre en terre malienne, au cours de son séjour, l’expert indépendant a eu, tour à tour, des entretiens avec les autorités du pays, les corps diplomatiques, les représentants de la MINUSMA, les Agences onusiennes, les organisations de défense des droits de l’homme, les organisations de la société civile, etc.
Ensuite, il s’est rendu à Gao pour constater le démarrage des premières patrouilles mixtes qui ont été lancées le 23 féviers 2017.

Le statuquo
Dans son exposé liminaire, M. BALDO a indiqué que dans le nord du pays comme dans les régions du centre, la situation ne s’est guère améliorée pour beaucoup de populations. Et cela à cause de l’entêtent de certains acteurs aux desseins sombres qui persistent encore à mener des attaques qui déstabilisent le pays. Ces attaques entravent, selon lui, le processus de paix pour lequel les acteurs maliens, à savoir ; le gouvernement et les groupes armés signataires se sont accordés en 2015.
Cet accord, à cause de certaines difficultés, a connu des retards dans sa mise en œuvre lesquels (retards) ont été exploités par les groupes extrémistes violents qui opèrent dans le nord du pays pour se manifester de plus en plus vers le sud.
Sur le terrain, a-t-il fait constater, ces groupes extrémistes ont multiplié les attaques contre les forces défense et de sécurité du Mali, contre la présence de l’État malien à travers ses représentants civils au plan local. De même, ils ont multiplié les mêmes types d’attaques contre les forces internationales présentes au Mali.
« Je suis choqué de constater que la MINUSMA est l’une des missions les plus meurtrières des Nations unies », déclare-t-il.
Parmi toutes les missions onusiennes dans le monde, a-t-il fait savoir, la MINUSMA est celle qui a subi le plus de pertes en vies humaines au même titre que les FAMas.
Au passage, il a rendu un hommage appuyé à tous ceux qui ont payé de leur vie pour que la paix revienne dans notre pays.
Cela doit, selon lui, interpeler les parties maliennes face à la nécessité d’accélérer le processus de mise en œuvre de l’Accord pour réaliser cette paix qui a coûté tellement cher à la population locale et aux forces qui sont venues aider le pays à recouvrer son intégrité territoriale.

L’expert préoccupé
De manière générale, Suliman BALDO a décrit une situation caractérisée par une insécurité générale, à cause de ces facteurs cités ci-dessus au nord et au centre. Elle est aussi marquée par une prolifération des groupes armés ainsi que les dissidents des groupes armés signataires.
Elles se manifestent par l’installation des ckecks points, des postes de péage, des postes de contrôle dans les localités du nord et du centre contrôlées par les groupes armés et extrémistes, etc.
Au demeurant, les populations sont soumises aux braquages, à l’intimidation, aux vols directs de leurs biens au quotidien. Il y a aussi des cas d’assassinats ciblés. Tous ces actes contribuent à terroriser la population, a indiqué le conférencier.
Selon l’expert onusien, tous facteurs extérieurs ont contribué à nourrit le feu des conflits locaux, avec des complications dans le centre du pays.
Une manifestation de ce manque de sécurité dans le pays, c’est le nombre d’écoles fermées dans ces régions en proie à cette insécurité généralisée. « Toute une génération de jeunes maliens risque de perdre l’opportunité de ne pas poursuivre leur scolarité, à cause de cette situation », s’est-il lamenté.
Selon le conférencier, ces populations du nord et du centre sont donc exposées à toutes sortes de privations de leurs droits.
Avec la montée des menaces sécuritaires, on constate, dit-il, qu’il y a un effort important de la part des acteurs nationaux du processus de paix pour accélérer la mise en œuvre de l’Accord de paix.
Pour preuve, il a cité en exemple, le démarrage des patrouilles mixtes dans le cadre du MOC et l’installation des autorités intérimaires dans certaines régions du nord.

Le DDR comme solution
Selon l’expert conférencier, les patrouilles mixtes vont contribuer à renforcer la confiance entre les forces armées maliennes et les éléments des groupes armés qui s’affrontaient pendant le conflit. Mais aussi, elles doivent accompagner le processus de DDR et de réforme des organes de sécurité de l’État.
Selon Suliman BALDO, le DDR va contribuer à améliorer largement la situation des conditions de sécurité des populations victimes de cette crise.
Toutes fois, a-t-il prévenu, la fusion de 5 groupes djihadistes opérant dans le Sahel en une seule entité témoigne de leur volonté de bloquer le processus de stabilité. Face à cette nouvelle donne, il a invité les acteurs nationaux du processus de paix à continuer d’œuvrer ensemble, seule condition pour barrer la route à ces ennemis de la paix.
De même, il faut nécessairement une collaboration et une concertation régionale entre les pays du champ (cibles des djihadistes), pour que la lutte contre cette nouvelle organisation soit efficace.

La justice en cause
Sur la question des droits de l’homme et de la lutte contre l’impunité, il a déploré lenteur de la justice de notre pays dans le traitement des dossiers. Notamment, le cas des 113 plaintes déposées par les femmes du nord, victimes de violences sexuelles avec le soutien des organisations de défense des droits de l’homme.
« Les dossiers des cas, qui ont été portés au niveau de la justice, sont traité avec une lenteur qui retarde toute action et qui montre qu’il n’y a pas sens d’urgence de la part des services concernés pour essayer de normaliser la situation de la lutte contre l’impunité », a-t-il martelé.
Selon lui, pour que le pays connaisse réellement un retour à la situation d’un État de droit, tel que défendu par les autorités nationales, il y a nécessité d’accélérer le traitement de tous les dossiers qui sont portés à la connaissance de la justice malienne.
« Si les dossiers ne sont pas traités avec l’urgence qu’il faut, cela renforce le sentiment d’abandon des victimes décourages celles qui ont l’intention de porter plainte », a-t-il dit.
Par ailleurs, il a dénoncé la désignation de certains responsables des groupes armés soupçonnés d’être impliqués dans les cas de violations des droits de l’homme pendant l’occupation au niveau des instances de l’État ou de mise en œuvre de l’accord. Pour cela, il a invité le gouvernement à la vigilance.
Malgré les déclarations officielles et les décisions prises par le gouvernement pour promouvoir le genre, les femmes sont toujours sujettes à des situations de subordination, à cause des facteurs culturels, légaux, des pratiques traditionnelles, a regretté M. BALDO.
Il faudra redoubler les efforts pour réformer le domaine du droit, du code de la famille, pour mettre fin à cette situation, a-t-il conseillé.
Sur le plan de la justice Transitionnelle, il a salué les efforts du gouvernement et surtout les progrès réalisés avec l’installation des antennes régionales de la CVJR.

Par Abdoulaye OUATTARA

 

Source: info-matin

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