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Révision constitutionnelle: certains se trompent de combat

Au moment où des soldats maliens et des forces étrangères tombent victimes d’actes terroristes, on est en droit d’attendre de chacun et de tous les acteurs politiques et de la société civile qu’ils taisent leurs ambitions et récriminations, pour constituer un front uni face au péril. Une fois de plus, la déception est au rendez-vous.

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Le Mali s’est trouvé engagé en 2012 dans un combat pour sa survie en tant que peuple et nation, par la faute de politiciens dont l’incurie avait placé de paisibles populations face à des narco -trafiquants et des terroristes de la pire espèce. Grâce à l’intervention militaire française de janvier 2013, l’intégrité du territoire a pu être préservée, même si en dépit de la signature de l’accord pour la paix, des poches d’insécurité subsistent encore au nord comme dans le centre du pays. Dès lors, comment un projet de révision de la Constitution rendu indispensable par la mise en œuvre de l’accord, peut-il susciter autant de passion, sauf à admettre que des calculs politiciens retors liés à l’élection présidentielle de 2018 embrument déjà certains esprits? Non seulement la mise en œuvre de l’accord nécessite la révision de la Constitution, mais les nombreuses insuffisances qu’elle contient la justifient amplement. Pour preuve, le Mali avait perdu le nord bien avant le putsch de mars 2012, l’adoption du nouveau code de la famille a mis les politiciens et une bonne partie de la société civile au pilori, pendant que le problème créé par la vacance du pouvoir en 2012 a dû être « tranché au forceps » par la CEDEAO. Enfin, la déliquescence de l’Etat causée par une corruption généralisée reste jusqu’à présent un souci permanent. Lequel de ces problèmes a pu être réglé grâce à la Constitution de 1992 ?
L’argument tiré de la prétendue menace sur l’intégrité du territoire ou des pouvoirs excessifs, ne saurait justifier la levée de bouclier actuelle car c’est la Constitution de 1992 qui fait du président de la république la clé de voûte du système institutionnel. Le régime est en fait de type présidentiel, accordant effectivement de larges pouvoirs au président qui nomme le premier ministre et peut dissoudre l’Assemblée Nationale. Il en a été ainsi avec Alpha Oumar Konaré, Amadou Toumani Touré, avant Ibrahim Boubacar Kéita. Même Dioncounda Traoré qui a assuré un intérim de quelques mois en a profité. Si l’objectif visé est d’obtenir une réduction des pouvoirs du président de la république, il faut plutôt proposer l’avènement du régime parlementaire au Mali. Comment peut-on à ce point s’acharner sur l’ombre en épargnant la proie ? En réalité, le projet de révision corrige de nombreuses insuffisances qui vont de la vacance du pouvoir au nomadisme politique, en passant la représentation des Maliens de l’extérieur au Parlement. Au demeurant, la Cour Constitutionnelle, dans son Avis 2017-01/CCM/REF du 6 juin 2017 constate que la procédure de la révision de la Constitution est régulière en la forme (respect de l’article 118), que les nouvelles dispositions devaient subir certaines corrections (articles 37, 47, 48 et 119), que sur la tenue du référendum, une insécurité résiduelle à elle seule ne saurait remettre en cause la régularité d’un référendum. Place donc à la bonne information des populations, avant que des personnes mues par des desseins inavouables corrompent les esprits.
Celui qui aspire à diriger le Mali doit d’abord apprendre à en respecter les institutions et les décisions de justice, faute de quoi il se disqualifierait irrémédiablement. La bonne approche consiste autant par réalisme que par le souci du pays, à soutenir les réformes en cours et à continuer de se battre pour une gouvernance vertueuse, car du point de vue qualitatif, la nouvelle version de la Constitution est nettement mieux élaborée et plus conforme aux besoins actuels du pays.

Mahamadou CAMARA
Email : [email protected]

 

Source: info-matin

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