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Présentielle invalidée au Kenya : la faillite des observateurs internationaux

Vendredi, la Cour suprême kényane a invalidé, à la surprise générale, les résultats de la présidentielle. Une décision qui remet en question le rôle des observateurs internationaux, qui avaient unanimement salué des élections libres et équitables.

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Le Kenya est encore sous le choc ce week-end de la décision prononcée vendredi 1er septembre par la Cour suprême, qui a invalidé le scrutin présidentiel du 8 août dernier et exigé la tenue de nouvelles élections dans les 60 jours.

Une annonce inédite qui a surpris le pays, mais aussi le continent tout entier et même la communauté internationale, qui avait unanimement loué un scrutin libre et équitable.

Uhuru Kenyatta, 55 ans, élu pour la première fois en 2013, avait été proclamé vainqueur par la commission électorale (IEBC) le 11 août, avec 54,27 % des voix contre 44,74 % pour Raila Odinga. Et même si dès le lendemain du scrutin, l’opposition avait dénoncé des fraudes et déposé un recours devant la Cour suprême, peu nombreux étaient ceux qui auraient parié sur une annulation de l’élection.

“Un remarquable exemple de démocratie” remis en cause

Même l’ancien secrétaire d’État américain John Kerry, à la tête de la mission d’observation de la Fondation Carter, avait salué “le remarquable exemple de démocratie donné par le Kenya à l’Afrique et au monde”. “Ne laissez personne piétiner cela”, s’était-il enthousiasmé à l’égard de la plus puissante économie d’Afrique de l’Est. Même tonalité chez l’ancien président ghanéen John Mahama, en charge de la mission d’observation du Commonwealth, qui qualifiait le scrutin de “crédible et transparent”. Le Kenya a “le potentiel de devenir la démocratie la plus inspirante d’Afrique”, s’était même réjoui l’ancien président.

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Mais voilà. L’élection “n’a pas été conduite en accord avec la Constitution” et “les illégalités et irrégularités ont affecté l’intégrité” du scrutin, a tranché vendredi la Cour suprême, plongeant ces observateurs dans l’embarras et remettant en cause leur rôle. Face aux nombreuses critiques, John Kerry a rapidement tenu à faire savoir qu’il avait alerté sur le manque de fiabilité dans la transmission électronique des résultats. Pas de quoi faire retomber la polémique.

Hantés par les violences post-électorales de 2007

“Cela montre qu’il y a un problème avec les missions d’observations des élections. Elles se concentrent trop sur le processus pré-électoral et le processus de vote, alors que les problèmes émanent toujours du décompte des voix. Mais ces missions n’ont pas les ressources pour examiner cela”, analyse Muthoni Wanyeki, directrice régionale d’Amnesty International en Afrique de l’Est pendant les élections.

Par ailleurs, hantés par les violences qui ont suivi les élections contestées de 2007 – durant lesquelles plus de 1 200 personnes ont trouvé la mort –, les observateurs paraissaient plus soucieux du maintien de l’ordre que de la bonne tenue du scrutin. Cette fois, après l’appel du candidat de l’opposition à une grève nationale, qui a déclenché une réponse brutale de la police – 28 personnes ont été tuées dont un bébé et une fillette de neuf ans –, ces derniers se sont montrés plus enclins à réprimander Raila Odinga, jugé mauvais perdant, qu’à tenter de faire la lumière sur les allégations d’irrégularités. John Kerry avait même évoqué sa défaite aux élections présidentielles américaines de 2004 contre George W. Bush pour tenter de faire accepter le résultat. “Je sais ce que c’est de perdre une élection”, avait-il déclaré lors d’une conférence de presse dans la capitale, Nairobi, avant d’ajouter “mais il faut oublier et passer à autre chose”.

Des observateurs au nom prestigieux mais à la compétence douteuse

Mais pas question pour l’opposition de “passer à autre chose”. “Si certains observateurs ont des noms prestigieux, ils n’ont rien à offrir en matière d’observation des élections”, avait tranché à l’annonce des résultats James Orengo, sénateur et avocat du NASA, parti d’opposition de Raila Odinga, au quotidien de référence kenyan, The Nation.

“Des diplomates m’ont dit en face qu’à la lumière de l’histoire, cette élection était un progrès [vis à vis des élections passées]. Je suis désolée, nous ne vivons pas dans l’histoire, nous vivons dans l’ici et maintenant et nous avons le droit à des élections libres et justes”, renchérit Muthoni Wanyeki. “Leur attitude est condescendante, néocoloniale et en disant que la situation s’est améliorée, ils nous traitent comme des enfants”.

Selon Roland Marchal, du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), interrogé par France 24, il s’agit bien de nuancer le rôle de ces observateurs : “Nous devons comprendre que leur mandat et de vérifier, non de surveiller. Ils se sont assurés avant les élections que les règles étaient respectées et le jour des élections ils se sont assurés que les gens pouvaient voter librement. Au-delà de ça, ils n’étaient pas vraiment impliqués, ou ils étaient trop peu nombreux pour avoir une image précise de ce qui s’est bien ou mal passé, surtout dans le traitement des résultats des stations de vote locales jusqu’au siège de la commission électorale”.

Traduit de l’anglais par Florence Richard.

 

Source: france24

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