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Paix et réconciliation nationale : Paris interdit à Bamako de négocier avec Iyad

Du 5 au 7 avril 2017, le ministre des Affaires étrangère de la République fédérale d’Allemagne et ministre français des Affaires étrangères et du Développement international ont séjourné dans trois pays du G5 Sahel (Niger, Mauritanie et Mali). Pour Jean-Marc Ayrault et Sigma Gabriel, ce déplacement visait à apporter leur soutien aux efforts de sécurité et de défense du G5 Sahel. Et à Bamako, la dernière étape, Jean-Marc Ayrault ne s’est pas embarrassé de langage diplomatique pour interdire à Koulouba d’aller dans le sens des recommandations de la Conférence d’entente nationale, notamment négocier avec Iyad Ag Ghali.

Iyad Ag Ghali émir chef groupes rebelles  Ansar Dine.

Négocier avec le prêcheur radical Hamadoun Kouffa et avec son mentor Iyad Ag Ghali sans concession sur le caractère républicain et laïc du pays ! Voilà une recommandation forte de la Conférence d’entente nationale organisée à Bamako du 27 mars au 2 avril 2017.

Dans un premier temps, le gouvernement s’est dit favorable à d’éventuelles négociations avec ces extrémistes religieux. “Le Mali est prêt à négocier avec tous ses enfants. Tout enfant de ce pays qui veut déposer les armes ou qui veut quitter cette engeance extrémiste, jihadiste, est la bienvenue chez lui”, avait estimé Mohamed el-Moctar, le ministre de la Réconciliation nationale. “Je suis convaincu que le Mali ne refusera pas le dialogue avec Iyad Ag Ghali et Hamadoun Kouffa dans le cadre d’un Etat républicain et laïc”, avait-il ajouté sur les ondes de RFI, la radio de la propagande française.

Une déclaration qui a provoqué la colère de l’Elysée et du Quai d’Orsay. C’est ce qu’a fait savoir le ministre français des Affaires étrangères et du Développement international, Jean-Marc Ayrault, à Ibrahim Boubacar Kéita lors d’une audience à la Villa des hôtes vendredi dernier (7 avril 2017)

“Nous sommes engagés dans un combat sans ambigüité et contre le terrorisme, contre ceux qui se revendiquent du terrorisme. Et donc il n’y a qu’un moyen, il n’y en a pas deux”, a répondu Jean-Marc Ayrault à une question de la presse sur la recommandation de la Conférence d’entente nationale de renouer le dialogue avec Iyad Ag Ghali.

Et d’ajouter, “comment négocier avec les terroristes ? C’est un combat sans ambiguïté… Il ne faut pas qu’il y ait le moindre doute”. Et le ministre français a déclaré à la presse avoir eu l’assurance du président Kéita qu’il n’y aurait “aucune négociation avec les terroristes”.

“Le Mali n’entend pas négocier avec les terroristes qui revendiquent les attentats”, a en effet déclaré le ministre des Maliens de l’extérieur, Abdrahamane Sylla, lors du point de presse co-animé avec les chefs de la diplomatie française et allemande.

“Iyad Ag Ghali s’est réjoui de la mort du soldat français Julien Barbé”, a évoqué Jean-Marc Ayrault pour justifier l’opposition de la France à tout dialogue avec ce dernier. On ne doit pas se réjouir de la mort d’un être humain, son pire ennemi fut-il.

Mais, on peut aussi rappeler à nos amis français que Nicolas Sarkozy et ses alliés se sont félicités de l’assassinat de Mouammar Kadhafi par leurs troupes. Que l’Elysée et le Quai d’Orsay chouchoutent aujourd’hui, au mépris de la souveraineté d’un peuple, ceux qui ont égorgé des militaires maliens en 2012 à Aguelhok et des administrateurs civils en mai 2014 à Kidal.

Comme le disait récemment le Pr. Harouna Niang, des “séparatistes, racistes et féodaux qui utilisent une prétendue cause touareg pour prendre le pouvoir ou s’enrichir… La seule chose qui compte pour ces gens là c’est leurs intérêts égoïstes”.

La France entraîne IBK sur une pente glissante au mépris de la paix au Mali

Ainsi, Abdrahamane Sylla et Jean-Marc Ayrault rejettent officiellement la recommandation d’ouverture de négociations de la Conférence d’entente nationale Iyad Ag Ghali et Hamadoun Kouffa.

Si la France sait ce qu’elle gagne dans l’exclusion d’Iyad du processus de paix (indépendance de l’Azawad et prolongation de la crise sécuritaire au Sahel afin de continuer à nous imposer sa présence militaire sur notre sol), le pouvoir semble ignorer ce que le pays risque en suivant aveuglement la France qui veut neutraliser le leader extrémiste le plus influent du Sahel parce que ce dernier est opposé à la partition du Mali.

En effet, le “Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans” veut épargner le Mali dans ses prochaines actions armées. Notre pays est absent de la liste rendue publique (le mercredi 5 avril 2017) des onze Etats auxquels Iyad entend déclarer une guerre ouverte.

Pour de nombreux observateurs, “cette orientation fait presque écho à la main tendue des Maliens ayant souhaité négocier avec les islamistes maliens à l’issue de la Conférence d’entente nationale”.

Le Niger,  la Guinée, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Tchad et le Burkina Faso sont les pays africains dans le viseur des terroristes. Au Burkina Faso, une opération d’envergure est en cours contre les jihadistes. C’est dans celle-ci que le caporal-chef français a trouvé la mort le mercredi 5 avril, selon le gouvernement français.

Par ailleurs, les intérêts de la France, les Etats-Unis, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Suède sont les pays non africains cités parmi les 11 Etats ennemis du groupe terroriste.

Même si tous les pays évoqués ont en commun leur engagement dans la lutte contre le terrorisme au Mali, le choix d’épargner notre pays doit être analysé comme un appel à la Cédéao et à la communauté internationale à soutenir la recommandation de la Conférence d’entente nationale.

Comme le disait Mme Sy Kadiatou Sow, président de l’Adéma-Association dans une interview qu’elle nous accordée en mars dernier, il est temps que nous envisageons nos propres approches de la paix et de la réconciliation pour sortir de cette impasse. A la solde de la France qui défend ses propres intérêts au Sahel, la communauté internationale a pris fait et cause pour les bandits armés de Kidal qui, comme leurs parrains français, ne semblent pas presser de parvenir à la paix et à la stabilité dans le septentrion malien.

Comme nous l’avouait récemment un diplomate malien, il est temps que Bamako exige “maintenant un engagement clair et franc de la France pour la paix au Mali, notamment sur la situation de Kidal. Il est clair qu’il n’y aura pas de paix dans notre pays tant que le Mali n’exerce pas sa souveraineté sur l’ensemble du territoire en y redéployant l’administration publique ainsi que les Forces armées et de sécurité”.

Et d’ajouter, “le CMA continue à souffler le chaud et le froid et surtout continue de célébrer l’indépendance de sa prétendue Azawad. Et pourtant la Conférence d’entente nationale, une disposition de l’accord, a été sans équivoque : l’Azawad ne peut avoir aucune connotation politique ou administrative… Bref, il ne dépend que de la France que toute farce dramatique prenne fin aujourd’hui”.

Et, “il est indispensable que l’autorité du pouvoir s’exerce sur l’ensemble du territoire malien. Mais, cela se fera pas étape”, a répondu Jean-Marc Ayrault à un confrère malien qui lui demandait la position de la France sur la situation de Kidal. Par rapport à cette situation, la diplomatie française peut se permettre d’entretenir l’ambigüité sans crainte d’être rappelée à l’ordre.

On est plus proche de voir Iyad diriger le Mali que de voir IBK demander des comptes à la France. Même pas à son copain Hollande…

Moussa Bolly

Source:  Le Reflet

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