Nord du Mali: Alger torpille l’intervention de la CEDEAO

 

Abdul Aziz Bouteflika, président de l’Algérie

Alors que les autorités maliennes et la Cedeao s’activent pour l’adoption d’une résolution du Conseil de sécurité autorisant une intervention militaire au nord du Mali, l’Algérie multiplie les manœuvres pour empêcher cette intervention.

La semaine derrière, le ministre nigérien de la Défense, Mahamadou Karidiou, effectuait une visite à Alger. M. Karidiou a été reçu par le président algérien, Abdelaziz Boutéflika. Au menu de la rencontre, il y avait outre les questions relatives à la coopération entre Alger et Niamey, la situation au Mali. A l’issue des échanges, le ministre nigérien déclarait à propos de l’occupation des régions nord du Mali, une « convergence de vues » entre leurs deux pays. A savoir « un règlement de la question du nord Mali par le dialogue ». Cette déclaration du ministre nigérien de la Défense a surpris les observateurs notamment ceux

qui ont toujours suivi la position jusqu’ici affichée par Niamey, concernant le dossier du nord du Mali.

En effet, le Niger a toujours défendu l’idée d’une intervention militaire pour chasser les groupes armés présents dans la zone. Et ce pays, lors des différentes concertations au niveau de la Cedeao, s’était montré à la fois très ferme et disponible. Aussi, le Niger se proposait même d’envoyer des troupes au sol, dans le cadre de la Micema. Et ce pays voisin a offert son hospitalité à de nombreux militaires repliés sur son sol.

Le contingent dirigé par le colonel Gamou (constitué de près de 500 éléments), est toujours à Niamey. Par ailleurs, le Niger qui entretient d’excellentes relations sécuritaires avec le Mali, a constamment prôné la politique du bâton lors de ses différentes rebellions touarègues…

Ce sont là autant de faits et d’actes qui faisaient du Niger, un pays

incontournable dans d’éventuelles opérations militaires pour la reconquête des régions nord du Mali.

Pressions algériennes

Qu’est-ce qui peut expliquer ce revirement des autorités nigériennes ? Il n’est guère utile d’aller chercher loin. Niamey a finalement cédé sous les pressions de l’Algérie, au sujet de l’intervention militaire au Mali.

En effet, depuis des mois, l’Algérie affiche sa réticence à toute intervention de la Cedeao au nord du Mali. Les Algériens ne cessent alors d’entreprendre des manœuvres pour faire échec à toutes initiatives entreprises par cette organisation.

Avant le Niger, c’est la Mauritanie qui avait rallié cette position algérienne, en annonçant qu’elle ne participera pas aux opérations militaires dans le septentrion malien.

Ce n’est pas tout. Les Algériens s’activent actuellement au sein de l’UA et de l’ONU pour empêcher l’adoption d’une résolution du Conseil de sécurité autorisant une intervention au nord du Mali. C’est pourquoi malgré les appels pressants de la Cedeao et même de la France,

le dossier du nord du Mali ne fait toujours pas l’unanimité au plan international.

En fait, l’Algérie sabote toutes les initiatives allant dans le sens d’impliquer

les autres pays à intervenir dans le nord. Cette attitude des Algériens n’est pas nouvelle. Ceux-ci ont toujours considéré le nord du Mali comme une « Wilaya » (province). Donc, aucune force étrangère, fusse-t-elle celle de la Cedeao ne doit y intervenir. Aussi, l’on a encore en mémoire l’hostilité des Algériens, lorsqu’en 2006, la Libye avait tenté d’ouvrir un consulat à Kidal.

Aussi l’on se demande jusqu’où les Algériens iront-ils pour empêcher les pays de la Cedeao à venir aider le Mali à recouvrer son intégrité territoriale ? En attendant, ils s’attèlent à créer une certaine zizanie au sein de l’organisation et pousser (contrainte ?) des pays membres de la Cedeao

à renoncer à participer aux opérations militaires au nord du Mali.

Une multitude d’accords…

Au-delà, l’Algérie a toujours joué au pompier- pyromane dans le nord du Mali et dans la sous-région.

Voici un pays qui se fait passer comme étant le centre de la lutte contre le terrorisme et l’islamisme radical au sahel. Or, l’Algérie apparait comme étant la source de tous les maux qui minent actuellement le sahel et la partie nord du Mali. C’est en Algérie qu’est né AQMI, c’est là que se sont implantés de puissants réseaux de trafic de drogue et d’armes avant d’atteindre le reste du sahel. C’est encore par l’Algérie que des milliers de soldats touaregs (Libyens), lourdement armés, ont transité pour venir s’installer au nord du Mali en octobre 2011. Et c’est ce même pays qui (paradoxalement) a toujours été médiateur dans les crises touarègues au nord du Mali, sans jamais parvenir à résoudre (par le dialogue) la question. A ce sujet, de 1990 à 2009, une multitude d’accords ont été signés entre l’Etat malien et les insurgés touaregs sur le sol algérien… Pour quel résultat ?

Où est passé le Cemoc ?

En réalité, l’Algérie a tout mis en œuvre, ces dernières années, pour avoir une influence sur le Mali, le Niger etla Mauritanie, dans le domaine sécuritaire. En effet, depuis avril 2010, un comité d’Etat-major opérationnel conjoint (CEMOC) a été créé entre les 4 Etats. Cette structure militaire, basée à Tamanrasset, avait pour mission de combattre le terrorisme au sahel. Et les effectifs du CEMOC devraient avoisiner les 75.000 hommes. Cette initiative algérienne était surtout destinée à contrer la France dans la région. A ce sujet, un expert sécuritaire avait fait cette réflexion au sujet du CEMOC « le problème est que l’initiative est algérienne et anti-française.

Celle-ci veut sortir les pays du sahel de l’influence dela France… ».

Et l’expert d’ajouter « Il ya un autre problème. AQMI est présenté comme l’adversaire du CEMOC. Or AQMI est né du GSPC, lui-même le successeur des GIA (Groupes islamiques algériens). Cela amène à se poser des questions quand on sait que les services algériens sont très compromis dans la manipulation de ces organisations… ».

L’on est tenté de se demander alors où était le CEMOC lors de l’invasion du nord du Mali par des groupes armés ? Qu’a fait cette organisation pour défendre le Mali ? A quoi sert en réalité ce comité ? Pour certains observateurs, l’Algérie cache mal son jeu dans le nord du Mali et à travers la bande sahélo saharienne. Et derrière le discours, aucun acte concret n’est là pour sécuriser la zone sahélienne et/ou lutter contre le terrorisme. Au contraire, tout est mis en œuvre par l’Algérie pour empêcher d’autres pays d’intervenir…dans la région.

Quand ce même pays s’oppose aujourd’hui à une éventuelle intervention militaire pour faire libérer cette partie du Mali, la communauté internationale doit simplement s’interroger sur les vraies motivations de cette opposition algérienne.

C. H. Sylla