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Négociations avec les mouvements rebelles : Eviter les erreurs du passé

Une délégation gouvernementale conduite par le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Tiéman Coulibaly, séjourne à Ouagadougou depuis le 3 décembre en vue d’entamer d’éventuelles « négociations«  avec le MNLA et Ançar Eddine, sous l’égide du médiateur de la Cédéao, le président du Faso Blaise Compaoré. Occasion d’attirer l’attention des négociateurs au nom du Mali sur les nombreux pièges qu’ils doivent éviter afin de ne pas répéter les erreurs du passé.

A l’entame de cette énième négociation avec des mouvements rebelles du Nord du Mali, il convient d’inviter les représentants de l’Etat malien à faire honneur à la patrie et à défendre dignement ses intérêts. A ce propos, il convient dès à présent de demander au ministre Tiéman Coulibaly d’être le vrai descendant de ses ancêtres, Mamary Biton Coulibaly et autres. Il y a lieu d’espérer qu’il est à Ouaga en toute connaissance de cause et préparé à cet effet.

Pour une mission si délicate et rendue extrêmement sensible, le peuple malien a de très mauvais souvenirs de tous les accords de paix signés jusque-là entre le gouvernement du Mali et les différentes rebellions que le pays a connues de 1964 à nos jours. L’actuelle situation n’est en réalité que le résultat calamiteux et désastreux de certains de ces accords signés par le Mali avec le couteau sous la gorge.

En la matière, les images de la poignée de main scellant les accords dits d’Alger intervenus le 4 juillet 2006 entre le gouvernement du Mali, représenté à l’occasion par le généralissime Kafougouna Koné, à l’époque puissant ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales, et l’Alliance démocratique du 23-Mai pour le changement (ADC) représentée par son porte-parole, Hamada Ag Bibi, marquent encore tous les esprits de ceux des Maliens pour lesquels les notions de dignité, d’honneur, de fierté nationale et de patriotisme avaient encore un sens.

En effet, qui ne se rappelle encore de cette image de Kafougouna « tête baissée » tendant la main « au porte-parole » de ceux qui n’avaient pas hésité à attaquer le 23 mai 2006 les garnisons militaires de l’armée régulière à Kidal et Ménaka ? La suite est connue. Immédiatement après les ripostes enclenchées par l’armée malienne, le « frère et ami » algérien a repris son bâton de « médiateur historique » pour ramener les « frères ennemis » à la table de négociation.

Ce qui aboutit aux fameux accords d’Alger à travers lesquels le gouvernement du général Amadou Toumani Touré, sous la houlette du général Kafougouna Koné, renonçait tacitement et de façon explicite « à l’exercice de la souveraineté du Mali » sur une partie du territoire national, notamment certaines régions de son septentrion.

Le lendemain, il n’y eut qu’une seule voix discordante au chapitre, celle du Rassemblement pour le Mali (RPM) d’El hadj Ibrahim Boubacar Kéita pour dénoncer ce qu’il qualifia de « capitulation de la République ». Mais cette dénonciation n’alla pas au-delà des mots. Car, le RPM continua à « manger » à la table du régime consommant goulûment ainsi sa part du « gâteau Mali » jusqu’à sa chute au coup d’Etat du 22 mars 2012.

En février 2009, une cérémonie de la paix fut organisée avec faste à Kidal au cours de laquelle des centaines de fusils ont été encore et une fois de plus brûlés après celle de la Flamme de la paix à Tombouctou le 27 mars 1996.

Lors de cette cérémonie, à laquelle n’ont pas participé les hommes du chef rebelle Ibrahim Ag Bahanga (rentré en dissidence entre temps contre les accords d’Alger), les représentants de l’ADC ayant pris la parole à cette occasion, n’ont pas manqué de réitérer « leurs exigences » de voir l’Etat malien opérer « d’autres aménagements » en faveur de l’intégration et la réinsertion socioéconomique des combattants touarègues dont certains « se plaignent de mauvais traitements de la part de troupes gouvernementales ».

Une fois de plus, l’Etat au plus haut sommet acquiesçât et « promît » de faire des efforts supplémentaires en vue de satisfaire « les exigences » de ceux qui, depuis l’indépendance, n’avaient de cesse d’ »actionner » sur ses points faibles pour lui soumettre à leurs desiderata. Ainsi, seulement 6 mois après la cérémonie de Kidal, le président Amadou Toumani Touré lançait en personne le fameux Programme spécial pour la paix, la sécurité et le développement du Nord-Mali (PSPDN).

D’une enveloppe globale d’environ 65 millions de dollars US, soit un peu plus de 37 milliards de F CFA, le PSPDN mettait l’accent sur des projets liés à la sécurité, au développement et des programmes en faveur des femmes et des jeunes avec le soutien de la Banque mondiale et de l’Union européenne. Il fut confié comme d’habitude à un homme originaire du Nord, Mohamed Ag Erlaf, dont nulle ne peut raisonnablement mettre en doute les compétences de gestionnaire.

Entre-temps, l’ONU a donné son aval à une intervention de l’Otan en Libye pour « protéger les civiles » contre les bombes de Kadhafi. A partir d’août 2011, le territoire malien est envahi d’ex-combattants venant de Libye. Ils sont accueillis en grande pompe au frais du contribuable malien par une cohorte gouvernementale forte de 6 membres avec à sa tête le même ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales, le général Kafougouna Koné.

Du 17 au 31 janvier 2012, des attaques sont perpétrées contre les forces armées et de sécurité à Ménaka, Aguelhok, Tessalit, Andéraboukane et autres.

Encore une fois, le « grand frère algérien » accoure à la rescousse du Mali. Le 2 février 2012, des discussions s’ouvrent à Alger entre le gouvernement malien et l’ADC. Elles se concluent deux jours plus tard par « un appel à la paix » qui n’est pas cautionné par le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) qui avait vu le jour un peu plus tôt en octobre 2011 avec la bénédiction des plus hautes autorités, puisque ATT lui-même avait solennellement déclaré « en avoir délivré l’autorisation ».

Voilà, brièvement retracée l’historique des négociations entre le gouvernement du Mali et les différentes rebellions du Nord du pays ces 20 dernières années. Elles se sont pratiquement toutes conclues par des accords flouant les intérêts supérieurs du Mali au profit de gens « inassouvis ». D’où, notre appel à la vigilance et au sens élevé de patriotisme de nos illustres représentants à Ouagadougou.

Quoi qu’il en soit, le contexte étant totalement différent, le peuple veille au grain et n’acceptera plus jamais aucun accord qui consacre les intérêts d’une minorité abonnée à la violence et aux crimes contre l’Etat, au détriment de toute une nation.

Bréhima Sidibé

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