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Moussa Mara: Soumaïla Cissé et Tiébilé Dramé n’ont d’autres projet que de remplacer IBK

Pourquoi ne vous-êtes vous pas entendu avec Soumaïla Cissé et Tiébilé Dramé ?

Car ils ne représentent pas le changement auquel nous aspirons. J’estime que leur stratégie, qui consiste uniquement à avoir le président en ligne de mire, est électoralement risquée. Cela les fait passer pour des agités qui prônent les manifestations de rue.

Les Maliens aiment le consensus, le calme et la tranquillité. Ils refusent les extrêmes. Si l’opposition adopte cette stratégie extrémiste, le pouvoir aura un boulevard devant lui pour jouer la carte de la force tranquille et de l’unité nationale.

Bref, Soumaïla Cissé et Tiébilé Dramé ne sont pas en train de prendre la bonne direction. Leurs discours pourrait se résumer par « ôte toi de là que je m’y mette », mais ce qu’ils vont y faire, ils ne le disent à personne. Ils n’ont pas d’autre projet que de remplacer IBK. Le notre est de changer le système qui a enlisé le Mali depuis une trentaine d’années et dont ils sont tous membres, IBK comme eux.

VOULOIR RÉGLER CES PROBLÈMES AVEC DES HÉLICOPTÈRES ET DES VÉHICULES BLINDÉS EST UNE ERREUR

Si vous entrez à Koulouba le 4 septembre, quelles seront vos premières mesures ?

Les premières mesures à prendre portent sur le Nord et le Centre. De manière symbolique, je déménagerai dans ces régions en tant que président de la République. Je n’irai pas faire une visite de quelques heures avec des motards et des trompettes, mais j’irai traiter le dossier sur le terrain avec suffisamment de temps pour que tous les acteurs de ces zones comprennent que l’État malien est venu à eux.

Il faut lancer des initiatives pour accélérer le processus de paix au Nord et pour apaiser le Centre, en s’appuyant sur les représentants des communautés locales, les leaders traditionnels, les leaders religieux…

Dans le Centre, la situation est très variable d’une zone à l’autre. Les problèmes du Macina ne sont pas les mêmes que ceux du pays dogon. Vouloir régler ces problèmes avec des hélicoptères et des véhicules blindés est une erreur. Il s’agit d’une crise sociale profonde, il faut donc la régler de manière sociale.

L’autre priorité est de poser des actes symboliques pour lutter contre la corruption des élites. Par exemple, que les cent premiers responsables du pays déclarent leur patrimoine, qu’on le contrôle, et qu’on publie les résultats. Avec ce genre de mesures, les gens sentiront que le pays a changé d’ère.

Il y a cinq ans, vous aviez appelé à voter IBK au second tour. Que ferez-vous si le président sortant se retrouve au second tour contre un autre candidat que vous ?

Je pense que le président doit être remplacé. Si nous ne sommes pas au second tour et qu’IBK se retrouve face à un opposant, je pense qu’il faudra soutenir cet opposant.

Que reprochez-vous à IBK ?

Sa non-gouvernance. Il donne l’impression d’être étranger dans la gestion de l’État. Juste un exemple : la priorité absolue du Mali est la sécurité. Le président en est le premier responsable. Il a un outil privilégié pour cela : le conseil de défense.

Ce conseil se réunit deux ou trois fois par an depuis que le président est au pouvoir, généralement quand il y a une crise ou une attaque importante. Il se réunit, prend quelques mesures et c’est terminé. Il n’y a pas de gouvernance homogène de la sécurité.

En Côte d’Ivoire, le conseil de défense se réunit deux fois par mois. Et pourtant les enjeux sécuritaires n’y sont pas les mêmes qu’au Mali. Nous devrions avoir un tel conseil au moins une fois par semaine, comme les conseils des ministres.

Le président fonctionne comme s’il n’était pas intéressé par son pays. Sur tous les grands dossiers – le Nord, la lutte contre la corruption… -, nous ne sentons aucune prise en main. Je lui reproche donc sa gestion, qui ne changera pas. La situation se dégrade. L’avenir même de notre pays est en cause. Si le président est opposé à quelqu’un d’autre, il faudra choisir cette personne. C’est une question d’urgence nationale.

Vous avez pourtant été son ministre de l’Urbanisme puis son Premier ministre… Que répondez-vous à ceux qui vous accusent aujourd’hui de trahison ?

Je n’entre pas dans ce débat. Je raisonne très froidement. Si le président m’a pris comme ministre, ce n’est pas par charité, mais pour l’aider à réussir. J’ai fait ce que j’ai pu comme ministre puis comme Premier ministre. C’est comme un emploi : vous êtes recruté pour faire un job, vous finissez ce job et vous partez. Un employeur ne va pas reprocher à un salarié de travailler pour quelqu’un d’autre après avoir travaillé pour lui.

Enfin, je m’étais engagé à soutenir le président pour un mandat, pas deux. Ce mandat s’achève dans quelques semaines. Pour le prochain, je suis libre de choisir qui je veux. Si je pense que l’intérêt du pays est ailleurs, j’irai ailleurs.

 Jeune Afrique
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