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Militarisation de l’administration : des gouverneurs et préfets civils bientôt relevés

Moussa Sinko Coulibaly, ministre de l’Administration territoriale et des collectivités locales

Après la controverse des nominations au sein de la police, qui a fait des vagues, voilà désormais la polémique sur la militarisation de l’administration d’État, née de la volonté du ministre de l’administration territoriale de relever les gouverneurs et préfets pour les remplacer par des militaires.

Une dangereuse incursion du militaire dans les fonctions civiles qui risque de mettre le feu aux poudres dans un pays, confronté à la difficile et douloureuse équation de la libération d’une grande partie de son territoire. La dernière affaire en date, qui a failli embraser le pays, déjà soumis à de rudes épreuves dans sa partie septentrionale, occupée par des groupes armés extrémistes, est celle des nominations controversées au sein de la police nationale.
A peine ce front d’agitation (le syndicat des commissaires est monté au créneau pour exiger le retrait de cette décision), calmé avec l’annulation de ces nominations controversées, une nouvelle tension pointe déjà à l’horizon.
Cette nouvelle source de tension politico-sociale s’appelle «la valse de nominations des militaires dans les fonctions civiles au niveau des gouverneurs de régions et des préfets».
Un chamboulement anormal dans le dispositif de fonctionnement de l’administration d’État, en tout cas, jugé comme tel dans les milieux syndicaux qui entendent, si la mesure se concrétisait, réserver la plus foudroyante des actions de protestation pour la neutraliser.
En fait, de plus en plus, dans l’entourage immédiat du ministre de l’administration territoriale, le Colonel Moussa Sinko Coulibaly, qui n’est pas bien connu pour être facile à vivre avec les civils (il a déjà renforcé la présence militaire au sein de son cabinet), est soupçonné de vouloir, très prochainement, relever les gouverneurs de région et les préfets existants à qui il a préféré des militaires, lesquels seront propulsés au premier plan de la hiérarchie administrative, traditionnellement dédiée aux agents civils de l’État.
Voilà la décision controversée du ministre Coulibaly qui fait aujourd’hui grincer les dents au sein des différentes corporations syndicales de l’administration publique et affiliés qui n’entendent plus que le moment opportun pour monter au créneau.
D’ailleurs, dans ce bel esprit de retrouvailles syndicales, par lequel l’UNTM, la centrale centrale la plus représentative du pays, a noué des alliances avec le syndicat des magistrats et celui de l’administration civile, certains syndicalistes, peu enclins à supporter un tel bouleversement dans la nomenclature administrative, estiment que le moment est venu de porter l’estocade à toute manœuvre visant à saper les fondements de l’administration publique.
A l’évidence, à en croire les sources syndicales, la gestion des postes administratifs, en ce qui concerne les fonctions de gouverneurs et de préfets, est strictement réglementée.
En fait, dit-on, la réglementation en la matière interdit formellement de nommer les militaires au poste de préfet.
Pour ce qui concerne les gouverneurs, certes les militaires, selon des spécificités sécuritaires liées à la position géographique de la région concernée, sont nommés au poste de gouverneur; mais, nous a-t-on confié, tout cela doit se faire suivant un dosage bien subtile qui ne doit pas être la règle.
C’est pour ces raisons d’ordre sécuritaire, liées à la surveillance militaire des frontières, que le plus souvent, dans notre pays, comme c’est d’ailleurs toujours le cas, des gouverneurs militaires, ou même des préfets militaires, sont nommés dans certaines localités dites sensibles.
Ce qui du reste ne doit doit pas déroger à la règle qui fait potentiellement de ces postes administratifs de commandement un giron tout à fait civil.
L’atmosphère au sein de l’administration d’État se dégrade avec ce lourd soupçon qui pèse sur le ministre Coulibaly, lequel serait dans la logique de chambouler l’actuel dispositif du commandement de l’administration civile en le substituant totalement par le personnel militaire.
Certains dans son propre entourage, étant dans le secret de Dieu, jurent déjà la main sur le cœur que le ministre-colonel aurait déjà établi, dans le secret de son cabinet, la liste des officiers de l’armée qui devront être bientôt nommés aux différents postes de commandement civil.
Si le ministre Coulibaly, selon toujours les mêmes sources, ne s’est pas encore exécuté, c’est seulement parce qu’il entend encore donner la dernière main à la chose.
En tout état de cause, même encore au stade de rumeurs, cette volonté de militarisation de l’administration, pour laquelle on soupçonne M. le ministre de l’administration territoriale, est prise très au sérieux dans les milieux syndicaux, lesquels envisagent, eux-aussi, de donner la riposte appropriée à cette démarche ministérielle, si elle venait à se concrétiser.
Dans la logique des choses, au sein des différentes corporations syndicales, au-delà des milieux des travailleurs, on estime qu’il n’est pas opportun pour le ministre de l’administration de l’administration territoriale, de surcroît officier supérieur de l’armée, de songer à faire main-basse sur les fonctions civiles de l’administration publique, en y envoyant des officiers, au moment où ces derniers doivent être logiquement acheminés au nord du pays pour engager la bataille de la libération nationale.
Ce sentiment dominant, qui anime aujourd’hui bon nombre de travailleurs, suite à une telle mesure de militarisation de l’administration publique, supposée ou réelle, envisagée par le ministre de l’administration territoriale, a fait monter d’un cran la température sociale qui risque d’exploser, si l’on y prend garde.
Comme le sort réservé aux récentes nominations controversées, au sein de la police, les corporations syndicales, au cas où la mesure se concrétisait, auraient déjà envisagé de tout mettre en œuvre pour faire échec à toute envie de militarisation des fonctions civiles de l’administration d’État.
A bon entendeur…
Sékouba Samaké

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