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Lettre ouverte d’Adam Ba Konaré au Président IBK: appel à la retenue du secrétaire politique de l’Adema

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Chère Première Dame, Chère Sœur et respectée camarade,

J’ai vu dans la presse une lettre ouverte adressée, par vos soins, au Président de la République : venant d’une 1ère Dame, doublée de l’universitaire, elle suscita chez moi un vif et immense intérêt. Je me suis donc empressé de la lire.

À la fin de ma lecture, j’avais pensé, très sincèrement, à un acte de manipulation visant à vous prêter une plume qui ne serait pas, en réalité, la vôtre.

En effet, grands étaient ma stupéfaction et mon étonnement d’apercevoir dans la presse et sur les réseaux sociaux une lettre aussi banale et qui viendrait de la grande intellectuelle pour laquelle j’ai toujours eu, sans démagogie, une admiration sincère, en ma qualité d’universitaire et d’homme politique, d’une dame qui, au-delà de ses multiples et captivant ouvrages, a su répondre avec brio aux égarements de l’ancien Chef d’État français Nicolas Sarkozy quand celui-ci affirmait à Dakar que « le drame de l’Afrique c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire….. »

Dès lors, vous comprendrez, Madame la 1ère Dame, la profondeur de ma surprise en me rendant à l’évidence de cette descente soudaine et inappropriée dans l’arène politique de la très haute personnalité scientifique et Politique et ancienne 1ère dame que vous êtes, à travers une lettre qui a étonné plus d’un aussi bien dans la forme que dans le fond.

Face à cette situation et devant mes obligations militantes, j’ai décidé de prendre ma plume pour m’inscrire dans l’histoire en appelant à la retenue, à la pondération et à la modération de celle qui fut pendant 10 ans conjointe du gardien de notre Constitution.

Je pense très sincèrement que le moment choisi pour votre initiative est inopportun, dès lors que, s’agissant de la constitution, vous auriez certainement dû savoir que la saisine de la cour constitutionnelle par l’opposition républicaine était en cours. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai décidé de n’écrire qu’après l’arrêt de cette cour, dans le strict respect du jeu démocratique et des règles républicaines.

Dans ces conditions, la retenue aurait dû être la posture de celle qui a été, pendant 10 ans, première dame et, donc, conjointe du gardien de la constitution.

Madame, vous dites dans votre lettre avoir côtoyé IBK durant de longues années, tout en rappelant les différentes fonctions qui l’ont rapproché de votre famille, la famille KONARE.

Alors Madame, ne trouvez-vous pas paradoxal qu’après tout ce rappel, vous ayez opté pour une lettre ouverte pour pouvoir l’atteindre, à moins que vous n’informiez le peuple malien des démarches qui ont été vaines pour approcher et échanger avec celui qui a été d’après vous-même, « l’un des plus proches collaborateurs du Président KONARE » ?

C’est aussi là Madame, l’autre vice de forme dans votre démarche et qui fonde beaucoup de maliens à penser, plutôt, à un règlement de compte qu’à un acte de bonne foi, voire une contribution constructive au débat public, car la lettre ouverte n’était pas, à coup sûr, la voie par laquelle vous devriez passer pour vous exprimer comme le citoyen Lambda. Vous devez dorénavant avoir à l’esprit que vous êtes et demeurez une femme d’État même en dehors de l’exercice du Pouvoir. Tout acte que vous poserez sera considéré comme tel !

De tout ce qui précède, vous conviendrez avec moi, chère aînée que, dans la forme, votre démarche est, à tous points de vue, plus passionnelle que rationnelle.

Madame la Première Dame, de mon point de vue, sans être un flagorneur ni un thuriféraire, votre lettre donne le sentiment d’une occasion trouvée pour attaquer la personne du Président de la République, l’une des Institutions de notre République. On aperçoit, de façon évidente, dans vos termes un sentiment de haine et de mépris, exprimé à travers des vocables de dénigrement du type : « Dégonflez vos muscles » ; « Mandé Mansa », termes dont vous auriez pu faire l’économie dans la posture qui est la vôtre en vous adressant à une Institution de la République.

S’agissant de la matière proprement dite, à savoir, le referendum constitutionnel, vous arguez de façon péremptoire qu’il est inopportun au regard de l’article 118 de la constitution, pendant que, comme je le disais tantôt, la cour constitutionnelle avait été saisie par l’opposition républicaine à propos du même article.

Madame l’ex Première Dame, maintenant que l’arrêt de la Cour est tombé et qui prend à contrepied votre avis, devons-nous voir dans votre précipitation une tentative de déni des règles de la République et de ses valeurs, qui pourrait pousser à l’incivisme dans un pays où la culture démocratique demeure encore fragile, dans un pays où les conditions sécuritaires restent tout aussi incertaines ?

Malgré vos tentatives équilibristes, vous vous situez, Madame, dans un camp. Ceci se déteint sur la suite de votre raisonnement. La preuve, c’est votre prise de position anticipée quant à l’inconstitutionnalité de la loi portant révision constitutionnelle ; la preuve c’est que tout le long de votre raisonnement, les questions de fond sont intelligemment ignorées : aucune allusion faite à l’accord pour la Paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger qui engage, pourtant, tout notre peuple face à la communauté internationale. (je n’oublie pas, par ailleurs, que les capacités s’affaissent avec l’âge).

Madame l’ex Première Dame, je dois avouer, très sincèrement, que depuis ma lecture de votre lettre ouverte, certaines questions ne cessent de me tarauder l’esprit. Je voudrais, en effet, savoir Madame :

– Pourquoi n’avez-vous pas pris votre belle plume pour alerter la junte et alliés en vous faisant entendre et prendre, ainsi, date avec l’histoire quand la République, en pleine crise socio-politique et sécuritaire, était menacée dans son fondement : un pays aux 2/3 occupés pendant que la dictature et la terreur de ceux-là même censés assurer la défense de la nation, régnaient au sud ?

– Pourquoi ce réveil et ce désir soudains de prendre la parole dans le contexte actuel d’une vie constitutionnelle normale avec un Président élu à plus de 77 % de suffrages, et qui a hérité d’une situation si difficile ?

Madame la Première Dame, c’est conscient du poids de cet héritage que l’Adema, Parti Africain pour la Solidarité et la Justice (ADEMA-PASJ), que nous avons fondé ensemble a décidé d’accompagner, pour le Mali et rien que pour le Mali, le camarade IBK, en dépit des vicissitudes de la vie politique.

C’est aussi conscient de la profondeur de la crise que traverse notre pays que les cadets, responsables du Parti que nous sommes, vous avaient, dans un discours historique à l’occasion du meeting commémoratif du 25e anniversaire du Parti que vous aviez honoré de votre présence, lancé un appel aux retrouvailles de la grande famille Adema pour le Mali.

Le Président du Parti, le Pr Tiémoko SANGARE, dans ce discours écrit avec la plume de la sincérité et dont je fus un des rédacteurs, en ma qualité de secrétaire politique, disait ceci : « J’ai rêvé qu’un jour, dans un avenir très proche, les camarades Alpha Oumar Konaré, Ibrahim Boubacar Keïta et Dioncounda Traoré, main dans la main, s’engageront résolument dans la reconstitution de la grande famille ADEMA, unie à nouveau par la même idéologie, le même projet de société et le même programme pour le Mali….. »

Voilà, Mme la première dame, la mission que nous attendons de vous, une mission qui ne s’accommode guère de lettres ouvertes adressées à des camarades, avec lesquels nous sommes obligés de construire, pour le Mali, l’avenir sur les valeurs qui, jadis, nous avaient unis comme un seul homme.

De nos jours, déstabiliser et fragiliser l’institution présidentielle, en voulant créer les conditions d’une insurrection ou révolte populaire, ne fera que fragiliser le Mali et, aucun parti politique, aucune personnalité politique nostalgique de mars 91 n’y trouvera son compte, le contexte ayant changé et les acteurs avec.

L’heure doit, au contraire, être au sursaut national et à l’engagement de toutes les forces vives de la nation à se ressouder autour des valeurs républicaines, à un moment ou le Pays en a fortement besoin. Tels sont les conseils de coulisses et les efforts de rassemblement qu’un peuple à un moment difficile de son parcours est en droit d’attendre des anciens tenant du pouvoir. Je vous y invite très sincèrement, en décidant définitivement de mettre aux oubliettes les heurts, les incompréhensions et les contradictions inhérents à toute relation humaine.

Madame l’ancienne Première Dame, je n’apprends rien à l’historienne que vous êtes, en vous disant que les hommes passent, les nations demeurent. Ce qui est en jeu, aujourd’hui et vous le savez mieux que quiconque de par la position qui fut et qui est la vôtre, c’est le Mali. Pour lui et pour lui seul, nous devons nous surpasser, taire nos égos et nos inimitiés, accepter les compromis. Nous devons sauver le Mali, notre pays, le seul que nous avons, et qui nous a été prêté par les générations futures.

Très respectueusement.
Dr Adama Tiémoko DIARRA
Secrétaire Politique de l’ADEMA-PASJ

 

Source: info-matin.

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