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Les guerres et les interventions impérialistes alimentent la crise des réfugiés en Afrique

L’UNICEF a rapporté la semaine dernière qu’un grand nombre de personnes fuyant la guerre et la famine en Afrique subsaharienne transitent par la Libye dans un effort désespéré pour atteindre l’Europe.

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Environ 80.000 réfugiés, dont 25.000 enfants, ont quitté les ports libyens pour franchir la Méditerranée et pénétrer dans le sud de l’Europe l’année dernière. Quatre mille d’entre eux ont péri au cours de la traversée.

Trois-cent-vingt autres réfugiés sont morts lors de la tentative de traversée au cours des deux premiers mois de 2017, soit une augmentation de 300% par rapport à la même période en 2016. Environ 16.000 réfugiés africains ont traversé la Méditerranée vers l’Italie depuis la Libye cette année, soit près du double qu’à la même période l’an dernier. Vingt-deux réfugiés d’Afrique subsaharienne ont été tués mardi et 100 blessés lors d’affrontements entre les passeurs le long du littoral méditerranéen de la Libye.

Le Centre de contrôle des déplacements internes (IDMC) a annoncé en janvier qu’il y a 5,5 millions d’Africains actuellement réfugiés dans d’autres pays, et que 11 millions d’Africains sont déplacés dans leur pays d’origine. Selon le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, 18 millions de personnes vivant en Afrique subsaharienne risquent de devenir des réfugiés au cours de la prochaine année.

La vague de réfugiés provient principalement de pays où les États-Unis et leurs alliés européens sont intervenus le plus agressivement. En Afrique, tout comme au Moyen-Orient, des décennies de guerre impérialiste ont détruit des sociétés entières et transformé de larges couches de la population en réfugiés. C’est le facteur le plus important qui sous-tend l’exode de personnes dépossédées qui luttent actuellement pour atteindre les rivages européens.

La Libye, qui a été détruite et plongée dans le chaos par la guerre des États-Unis et de l’OTAN de 2011, est devenue l’épicentre de la crise des réfugiés en Afrique. Les routes de trafic de réfugiés en provenance de l’Afrique subsaharienne convergent vers le pays, qui a un long littoral méditerranéen et pratiquement aucune autorité fonctionnelle. Un nombre croissant de réseaux criminels et de milices extrémistes se spécialisent dans le transport des réfugiés et leur soutirent de l’argent. Alors que la majorité de la société libyenne reste dans le chaos, un système de centres de détention, y compris des camps à but lucratif gérés par des milices, a réussi à s’imposer.

«Il y a des dizaines de prisons illégales sur lesquelles nous n’avons aucun contrôle. Il y en a au moins treize à Tripoli. Elles sont gérées par les puissantes milices armées», a déclaré un responsable de la police libyenne à l’UNICEF, cité dans le rapport de l’organisation, «La Méditerranéeun voyage mortel pour les enfants».

En Ouganda, 120.000 réfugiés sud-soudanais ont traversé la frontière en fuyant la guerre au cours des deux derniers mois seulement. L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés a rapporté cette semaine que des milliers de Sud-Soudanais fuient le pays chaque jour.

La guerre civile du Soudan du Sud, qui continue depuis 2013 entre factions d’un régime installé par Washington en 2011, cause un effondrement social sans précédent. La violence perturbe mortellement la vie économique, causant la famine et a forcé 1,5 million de personnes à fuir le pays.

La guerre du Soudan du Sud entraîne «la destruction de tout le tissu social dans toutes les régions du pays», selon un rapport secret du secrétaire général des Nations Unies divulgué au Washington Post lundi. Le gouvernement sud-soudanais à Juba interdit à l’aide humanitaire d’atteindre les régions qui en ont besoin, selon le secrétaire humanitaire de l’ONU, Stephen O’Brien.

En janvier, des préparatifs pour des frappes aériennes par les avions de chasse américains F-16 basés à Djibouti ont commencé. Certains avancent que ces frappes pourraient être dirigées contre des cibles au Soudan du Sud.

La guerre dans le nord du Nigeria produit une autre catastrophe humanitaire qui est parmi les pires en Afrique. Des responsables de l’ONU ont rapporté lundi que cinq millions de Nigérians du nord ont besoin de nourriture dans les provinces de Borno, Yobe et Adamawa, et deux millions de Nigérians pourraient mourir de faim durant la prochaine année.

Les États-Unis ont un rôle de plus en plus important dans la guerre nigériane. L’administration Obama a progressivement élargi la présence des troupes américaines dans les pays voisins. En mai 2014, l’administration Obama a envoyé 80 soldats de l’armée de l’air américaine au Tchad, sous prétexte de chercher des écolières nigérianes enlevées par Boko Haram. En mars 2015, une armée tchadienne soutenue par les États-Unis a envahi le nord du Nigeria et s’est emparée de plusieurs villes.

En mai 2015, la Maison-Blanche a autorisé des opérations militaires américaines directes au Nigeria. En octobre 2015, le département américain de la Défense a envoyé 300 soldats au Cameroun, le long de la frontière orientale du Nigeria.

En novembre dernier, le général américain d’AFRICOM, Donald Bolduc, a déclaré au New York Times que le bassin du lac Tchad, là où les frontières du Nigeria, du Niger, du Tchad et du Cameroun se rejoignent, est en train de devenir «l’épicentre de la lutte contre l’Islam militant en Afrique». Selon l’Organisation internationale pour les migrations, 2,6 millions des 30 millions d’habitants du bassin du lac Tchad sont déjà déplacés à cause de la violence militaire.

Bien que présentée comme la faute de «l’islam radical», la crise des réfugiés en Afrique s’est, en réalité, développée à partir de la crise du capitalisme mondial et de l’éruption mondiale du militarisme américain. La transformation de millions d’Africains en réfugiés sans-abri, fuyant pour sauver leur vie, est avant tout la responsabilité de la classe dirigeante américaine et des agressions stratégiques criminelles qu’elle a poursuivies au cours des deux dernières décennies et demie.

Avant les années 1990, l’existence de l’Union soviétique imposait des contraintes aux efforts de l’impérialisme américain pour dominer l’Afrique. La fin de l’URSS supprima un obstacle politique qui empêchait les puissances impérialistes de poursuivre la reconquête militaire de leurs anciennes colonies. Elle a marqué le début d’une nouvelle tentative de rediviser et d’asservir les pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine.

Depuis 25 ans, Washington cherche à réorganiser violemment la société et la politique africaines conformément aux intérêts du capitalisme américain. Les élites nationales africaines se sont avidement adaptées à la nouvelle situation et se sont enrichies au milieu de la propagation de la guerre et de la famine. Elles accueillent de plus en plus de soldats des États-Unis et de l’OTAN en Afrique et ont ouvert leur économie à une exploitation illimitée par le capital étranger.

Aujourd’hui, des décennies après l’«indépendance» et la décolonisation de l’Afrique, des milliers de troupes américaines sont stationnées en permanence sur le continent. Les États-Unis maintiennent une infrastructure militaire élaborée dans de vastes régions de l’Afrique, y compris des «bases avancées» et des «positions de sécurité» au Burkina Faso, au Cameroun, en République centrafricaine, au Djibouti, en Éthiopie, au Gabon, au Ghana, au Kenya, au Mali, au Niger, au Sénégal, aux Seychelles, en Somalie, au Soudan du Sud et en Ouganda.

Richard Reeve, le directeur de sécurité d’Oxford Research Group a dit: «AFRICOM, en tant que nouveau commandement, est fondamentalement un laboratoire pour un genre différent de guerre et une manière différente de positionner les forces… Il y a une myriade de «lilly pads» [nénuphars] ou de petites bases d’opérations avancées… vous pouvez donc étaler un petit nombre de forces sur une très grande surface et concentrer ces forces assez rapidement quand c’est nécessaire.»

Cette semaine, des exercices de guerre conjoints américano-africains se déroulent le long de la frontière nigériane, impliquant des milliers de soldats américains et africains, dont des forces du Burkina Faso, de la Tunisie, du Cameroun, de la Mauritanie, du Maroc et du Tchad.

Thomas Gaist

 

Source: mondialisation

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