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Les camps sahraouis de Tindouf : la menace terroriste pèse toujours

Depuis le kidnapping des trois humanitaires européens des camps des réfugiés sahraouis de Tindouf dans la nuit du 22 et 23 octobre 2011, l’alerte sécuritaire est devenue au maximum dans les camps. Pourtant, la menace terroriste pèse toujours, d’autant plus avec la montée du terrorisme dans la région et la prochaine intervention militaire du Nord Mali.
La menace terroriste ou d’enlèvement est présente dans les camps sahraouis
“Qui aurait imaginé que des étrangers pourraient être kidnappés chez nous ? Nous sommes arrivés à un état de confiance dans nos citoyens qu’il était impossible de croire que nous pourrions être frappés par le péril terroriste !”, s’exclame un haut responsable de sécurité sahraoui. Le Front Polisario n’en renvient pas, une année après l’opération de Tindouf, que le Mujao(Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest) a pu pénétrer dans les camps de réfugiés, faussant ainsi la cause des Sahraouis, accusés désormais de complicité avec des terroristes. En voilà, un bon argument pour le régime marocain pour les décrédibiliser aux yeux du monde.

L’implication des services de renseignements marocains

Le Front Polisario ne cache pas ses doutes que c’est le Maroc qui est derrière cette opération, en encourageant la naissance de groupes terroristes et en les finançant afin de perpétrer des attaques dans les camps et convaincre l’opinion internationale qu’il existe une jonction entre le Front et le terrorisme rampant dans la région. Le Premier ministre sahraoui, Taleb Omar, affirme que “le Mujao est une création des services de renseignements marocains et que le rapt des humanitaires des camps à une distance de 2400 km de Gao (Nord Mali) avait pour objectif de faire croire qu’il y a une instabilité sur place et que les sahraouis ont des relations avec les groupes djihadistes. C’est la stratégie actuelle du régime marocain vis-à-vis de nous”. Pour lui, ce n’est pas par hasard, si ce mouvement terroriste a vu le jour, un mois après l’opération de Tindouf et qu’il n’a perpétré que des opérations contre l’Algérie et les camps sahraouis, alors qu’il prétend faire du Djihad en Afrique de l’Ouest.

Du côté marocain, on ne cesse de répéter que les jeunes sahraouis désoccupés à Tindouf sont devenus les cibles préférés des groupes terroristes. Lors de son discours à la 4ème Commission de l’ONU (tenue du 8 au 15 octobre 2012), l’ambassadeur du Maroc à l’ONU, Mohamed Loulichki a déclaré que “cette impatience (de trouver une solution, ndlr) incite ou oblige une partie des populations des camps et notamment une jeunesse désœuvrée et sans perspective d’avenir, à se laisser tenter ou entrainer dans des activités illégales et terroristes qui menaceraient l’ensemble de la région”. Il a ajouté que “ces mêmes camps deviennent perméables à des actes de kidnapping menaçant l’intégrité physique de cette population au point où des pays ont décidé de retirer les quelques nationaux qui y étaient actifs dans le domaine humanitaire (en référence à l’Espagne ndlr)”.

Reste à savoir s’il s’agit uniquement de propagande marocaine ou d’un vrai péril terroriste qui menace les camps, à l’image de ce qui se passe dans toute la région du sahel et du Maghreb?

Une complicité interne

Une chose est sure : l’opération du rapt des trois humanitaires à Tindouf (deux Espagnols et une Italienne) n’aurait jamais pu avoir lieu sans une complicité intérieure. Car les terroristes sont venus par le Mali, ont traversé la frontière mauritanienne avec l’Algérie pour aller la nuit au Raboni dans les camps.

Les autorités sahraouies ne nient pas qu’il y a eu une collaboration avec des éléments de l’intérieur des camps. “Les narcotrafiquants qui existent sur place ont été utilisés par les groupes terroristes en dehors des camps pour faciliter la pénétration dans les lieux et le kidnapping des Européens”, affirme un haut responsable sécuritaire du Front Polisario.

Ce qui a déstabilisé le plus les autorités sahraouies, c’est qu’elles ne s’attendaient pas à ce genre d’opérations. Ce même responsable sécuritaire explique : “Toutes nos forces étaient concentrées du côté du mur de défense marocain, d’où passent normalement les trafiquants de drogue. Nous étions loin d’imaginer que le danger pourraient venir des camps”. La surprise était d’autant plus forte que l’accès aux campements a toujours été ouvert jusque là. En outre, les Sahraouis ont des relations commerciales fortes avec les Mauritaniens et les Maliens, avec des déplacements réguliers. Difficile donc de contrôler ces aller-venus fréquents.

Peut-on donc parler de l’existence de groupes terroristes dans les camps qui commencent à prendre forme et qui auraient peut-être des rapports avec l’AQMI (Al Qaida dans le Maghreb Islamique), opérationnel surtout au Nord Mali ?

Le Front Polisario avoue l’existence d’éléments sahraouis qui auraient pu être corrompus par l’argent et séduits par des mouvements terroristes venant essentiellement de l’extérieur, vu la situation générale de pauvreté qui règne dans les camps, mais nie catégoriquement qu’il y ait des groupes organisés. Ces éléments arriveraient surtout par les territoires occupés par le Maroc, ou ils pourraient être des personnes ayant suivis des études religieuses rigoureuses (l’idéologie salafiste) en Mauritanie, en Algérie et endoctrinés, revenant ensuite aux camps pour diffuser un islam radical et violent. Il est difficile d’évaluer leur impact ou leur nombre. Certains ont déjà une expérience dans le narcotrafic, en facilitant l’arrivée de la drogue par le mur de défense marocain, son stockage dans les camps et son transport ensuite vers la Mauritanie et le Nord Mali.

Abou Katada, 43 ans, rencontré aux camps, dit appartenir au courant salafiste djihadiste et ne cache pas se volonté que l’Etat saharaoui soit un Etat islamiste où est appliqué la chariâ. Par son activité dans le domaine du commerce, il prend part au transport de vivres et de médicaments aux groupes terroristes au Nord Mali et avoue qu’il y a “des collaborations entre tous les djihadistes dans la région”.

Selon certaines informations, on parle même de départs de sahraouis vers le Nord Mali pour combattre à côté des groupes terroristes qui s’apprêtent à faire face à l’intervention militaire étrangère dans ce pays. “Mais on est loin de parler de centaines de personnes, comme l’a affirmé une dépêche de l’AFP en date du 21 octobre 2012”, d’après les responsables sécuritaires à Raboni. Il est clair que la sahara occidental et les camps de Tindouf ne peuvent pas être à l’abri du terrorisme qui sévit actuellement dans la région. Il est évident aussi que la jeunesse frappée à plus de 80% par le chômage et frustrée par la situation précaire dans les campements, dans l’attente d’une solution au conflit qui tarde à arriver depuis 21 ans, pourrait devenir sensible à l’offre des narcotrafiquants ou des terroristes. Mais, il ne s’agit pas pour le moment d’un mouvement massif.

Le narcotrafic n’est jamais loin !

Néanmoins, la frustration ne peut pas être la seule explication à cette nouvelle situation. Vivre côte à côte avec un des principaux producteurs du cannabis au monde (un espace cultivable estimé à environ 47 500 ha), comme l’a précisé le rapport de l’Office des Nations Unies de lutte contre la drogue et le crime (ONUDC), publié l’année dernière, n’est pas une mince affaire. Car ce producteur, qui gagne autour de 31 milliards de dollars de ce commerce, chercherait par tous les moyens à le faire prospérer. Selon ce même rapport de l’ONUDC, la production marocaine est destinée essentiellement aux marchés d’Afrique et de l’Europe occidentale. Plusieurs itinéraires sont pratiqués pour la distribution, dont les brèches au niveau du mur de défense marocain qui sépare le Sahara occidental. “Les narcotrafiquants avec la complicité des gardes militaires marocains, bénéficient d’ouvertures leur permettant de sortir la drogue par des véhicules et de la livrer à d’autres groupes venant des territoires mauritaniens pour l’acheminer ensuite vers le Mali”, explique Abdelhay Emmay, le chef de la première légion de la deuxième région militaire aux Territoires libérés au Sahara occidental. Il s’agit là de centaines de brèches ouvertes momentanément puis fermées sur les 2400km du Mur. Créées initialement pour le trafic de cigarettes puis de drogue, puis d’immigration clandestine d’africains vers l’Europe, elles sont utilisées actuellement pour faire passer aussi des éléments terroristes.

Face à ce nouveau péril qui vient s’ajouter à une situation déjà compliquée de conflit, laquelle dure depuis 40 ans, Le Front Polisario a pris des dispositions sécuritaires importantes. Il a renforcé d’abord sa présence autour de chacun des cinq campements à Tindouf, en plus de la formation de forces spéciales de commandos pour la lutte contre le terrorisme qui se chargent, entre autre, de la protection des personnes, notamment les étrangers, lequels viennent en grand nombre travailler dans le domaine humanitaire.

La surveillance des frontières avec la Mauritanie et le Maroc a été aussi consolidée, notamment en multipliant les patrouilles et le contrôle des personnes et des véhicules qui les traversent. Mais le Polisario dit souffrir de manque de moyens sophistiqués (radars, satellites, avions…). Il doit compter avec les instruments qu’il a et avec une bonne connaissance de terrain et un bon service de renseignement ancré dans la population.

Pourtant, la menace terroriste qui pèse sur les camps ne semble pas s’estomper, notamment avec la prochaine attaque militaire du Nord Mali, laquelle risque de pousser les terroristes à s’enfuir vers les territoires environnants, dont les camps de Tindouf et le Sahara Occidental. C’est pour cela que l’alerte sécuritaire reste au maximum, afin de les empêcher de pénétrer dans la zone.

“Désormais, nos ennemis sont devenus nombreux : le Maroc, le narcotrafic et le terrorisme” conclut un responsable de la sécurité.

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