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Le ministre de la sécurité et de la protection civile le général Salif Traoré : “Des marchés sont en cours pour l’acquisition de matériels blindés et légers…”

“Nous avons intérêt à ce que nos forces de sécurité soient les meilleures de la sous-région, voire du monde”

  

A la veille de la Journée mondiale de la Protection civile célébrée le 1er mars de chaque année, le ministre de la Sécurité et de la protection civile a bien voulu nous accorder un entretien exclusif, au cours duquel il est question de sa vision et de l’état d’esprit de nos forces de sécurité, la mise en œuvre de la Loi de programmation de la Sécurité, le renforcement des effectifs et des équipements, la collaboration entre nos forces de sécurité et la Minusma, Barkhane, G5-Sahel, Eucap Sahel Mali, entre autres sujets qu’appelle la question lancinant de la sécurité dans le pays.

Aujourd’hui-Mali : Quel est l’état d’esprit de nos forces de sécurité à l’heure actuelle ?

Général Salif Traoré : Je vais vous rassurer que l’état d’esprit des forces de sécurité intérieure est bon. Je pense que les Forces réalisent aujourd’hui tous les efforts que le Gouvernement déploie pour elles. Et quand nous parlons de forces de sécurité intérieure, il s’agit d’abord de la Police nationale, de la Gendarmerie nationale, de la Garde nationale et la Protection civile, plus certains services spéciaux qui sont rattachés au Département, comme l’Office central de lutte contre les stupéfiants.

Monsieur le Ministre, la question sécuritaire est actuellement l’une des plus importantes préoccupations du pays. Quelles réponses le Ministère de la Sécurité et de la Protection civile compte-t-il y apporter ?

Vous savez, notre pays vient de très loin et il y a juste quelques quatre voire cinq ans, on réfléchissait même sur l’existence du pays. Aujourd’hui, nous avons des forces reconstituées, qui montent en puissance tous les jours. La vision capitale du Département, c’est de faire en sorte que les populations soient satisfaites de leurs forces de sécurité. Tout ce que nous faisons tend vers cela. Pour y arriver, il faut que nous ayons des forces professionnelles. Cela veut dire des forces bien formées, bien équipées et judicieusement déployées sur le territoire national. C’est ce que l’on appelle le maillage territorial. Voilà ce que nous essayons de mettre en œuvre et le Gouvernement a justement adopté une Loi de programmation de la sécurité intérieure sur cinq ans et qui nous permet d’avoir les moyens pour financer les recrutements, les formations, les équipements et les infrastructures. Nous pensons que tout cela mis bout à bout va produire des résultats que nous commençons d’ailleurs à voir dès maintenant.

A côté de cela aussi, vous avez constaté, depuis quelque temps, que régulièrement le Gouvernement adopte des textes qui permettent également d’améliorer les conditions de travail de nos forces de sécurité intérieure.

Justement, Monsieur le Ministre, où en est-on avec la mise en œuvre de cette Loi de programmation de la sécurité intérieure ? En d’autres termes quel est le résumé de tout ce qui a été fait entretemps ? 

On ne peut pas encore faire de résumé car c’est vers la fin de l’année dernière seulement que cette loi a été adoptée et nous sommes encore juste au deuxième mois de la nouvelle année. Mais déjà les deux voire trois mois que nous avons eu durant l’année 2017 ont permis des réalisations dont notamment l’acquisition de beaucoup de véhicules et des matériels techniques, également des effets d’habillement et de réhabiliter certains bâtiments. Ça déjà, c’est au compte de l’année 2017. Pour cette année 2018, des marchés sont en cours pour l’acquisition de matériels blindés et légers et en plus d’autres constructions sont envisagées.

Il y a un autre aspect qui concerne le personnel. Le Conseil des ministres de mercredi dernier a adopté un nouveau Statut pour le personnel de la Police nationale. Mais selon une conférence de presse de deux des syndicats du corps, tenue le lendemain, il y aurait un malentendu sur le contenu du texte. Qu’en est-il exactement ?

Il n’y a pas de malentendu et déjà je voudrais situer les choses. Les syndicats au niveau de la Police nationale relèvent de la Direction générale de la Police nationale et le Département n’est là que pour faire l’arbitre. Ces syndicats avaient écrit avant même l’adoption du Statut et d’ailleurs l’adoption de ce Statut faisait partie de leurs griefs. Mais en dehors de cela, ils ont évoqué d’autres sujets qui doivent être discutés entre eux et leur Direction et éventuellement avec la Direction des ressources humaines, sans que cela ne soit divulgué outre mesure, puisqu’il n’y a jamais de bras de fer ici, chez nous.

Je vous l’ai dit tantôt, nous cherchons à ce que nos hommes soient dans les meilleures conditions de vie et de travail. C’est le souci du Gouvernement déjà et les syndicats aussi cherchent à améliorer les conditions de vie et de travail de leurs adhérents. C’est pourquoi, je leur ai toujours dit qu’il ne peut y avoir de bras de fer entre nous puisque nous sommes là pour ce qu’ils veulent. Il s’agit donc juste de créer les conditions pour qu’on discute, de façon responsable, entre nous. Ils avaient effectivement émis le souhait de manifester avant même l’adoption du nouveau Statut par le Conseil des ministres. Mais après, la Direction Générale de la Police a continué à discuter avec eux. Finalement, ils ont compris et sont revenus dans le cadre du dialogue qui est mis en place.

Monsieur le Ministre, sur un autre plan aussi, il était question de renforcer les effectifs de la Police nationale et de la Protection civile. Où en est-on exactement ?

Vous avez suivi que l’année dernière nous avons recruté 2 200 au niveau de la Police et ils sont sortis. Dans la foulée, nous avons entamé le processus pour recruter 750 et ce processus va être conclu d’ici la fin de ce mois.

On va conclure ce processus pour recruter 750 en plus, et nous allons lancer un nouveau processus pour recruter encore 2 200. Tout cela, c’est au compte de la Loi de Programmation. Pour la Protection civile, l’année dernière, nous avons recruté 500 qui sont formés et sortis. Nous venons juste de finaliser un autre processus de recrutement et vous avez suivi que la semaine dernière il y a eu la publication de la liste définitive de 350. C’est au compte de 2017. Dans la foulée nous avons publié un arrêté portant ouverture de concours pour 500 qui vont être pris au compte de 2018. Vous voyez donc que des efforts exceptionnels sont en train d’être faits pour relever les effectifs au niveau de la Police, de la Gendarmerie et de la Protection civile.

Monsieur le Ministre, pour rester avec la Protection civile, disons qu’elle a aussi un besoin d’accroissement de ses moyens d’intervention. Qu’envisagez-vous pour renforcer ses équipements ?

Cela est déjà en cours. Si vous voyez bien, cela fait deux ans que le Gouvernement n’achète pratiquement plus d’ambulance simple. Nous sommes maintenant dans des ambulances semi-médicalisées et médicalisées, puisque nous sommes également dans l’amélioration des secours. Cela veut dire que nous allons médicaliser les secours. Il ne s’agit donc plus simplement de ramasser des blessés et de les amener à l’hôpital, mais de faire en sorte que, dès le ramassage, il puisse y avoir un médecin dans un véhicule approprié avec des équipements appropriés pour le prendre en charge avant d’arriver aux structures spécialisées. Cela est en cours. Ensuite, les matériels anti-incendie, nous en avons également réalisé certains. Ça coûte extrêmement cher. C’est pourquoi nous allons partir progressivement pour équiper les unités qu’il faut. Les moyens de déplacement jusqu’aux motos plus les moyens spécialisés propres aux sapeurs-pompiers sont également programmés et beaucoup ont été acquis. D’autres sont en cours d’acquisition. Là aussi, nous avons adopté beaucoup de textes pour leur permettre d’organiser au mieux les secours et les interventions.

Nous sommes le 28 février (ndlr : jour de l’interview) donc ce soir je m’adresserai à la Nation parce que demain, 1er mars, c’est la Journée mondiale de la Protection civile et cette année l’événement sera marqué par la présence du chef de l’Etat et l’ensemble du Gouvernement aux côtés de la Protection civile du Mali.

Monsieur le Ministre, comment se passe la collaboration entre vos éléments et ceux des autres forces présentes au Mali, notamment la Minusma, Barkhane et le G-5 Sahel, pour ne citer que celles-là ?

Ça se passe très bien. En ce qui concerne la Minusma, il y a une composante police. En réalité, c’est une affaire entre policiers et vous avez vu vous-mêmes qu’à Bamako il y a souvent des patrouilles dans la nuit où vous voyez des éléments de la Minusma et nos policiers qui patrouillent ensemble. A l’intérieur du pays il se passe exactement la même chose. Du côté des militaires aussi c’est la même chose.  Maintenant du côté de l’Union européenne, il y a une mission ici qui s’appelle Eucap-Sahel Mali avec laquelle nous travaillons beaucoup en termes de formation et de conseils. Pour ce qui concerne Barkhane, il est bon de préciser que les forces de sécurité intérieure n’ont pas directement de rapport avec Barkhane qui est une force purement militaire donc elle travaille beaucoup plus avec l’Armée. En ce qui concerne le G-5 Sahel nous avons élaboré le concept d’opération de la force civile, de la police civile qui est intégrée dans le concept d’opération de la force conjointe du G5-Sahel. Là aussi, il n’y a pas de problème.

Monsieur le Ministre, si vous aviez un message pour la population. Lequel ?

Nous sommes là pour la population. Nous venons d’elle et nous allons retourner à elle. Cela veut dire que les forces de sécurité ne sont pas des éléments extra. Je le dis et je le répète, nous sommes là pour la population. Nous avons un temps de service et le souhait de tout le monde, c’est de pouvoir travailler, d’avoir une vie active pleine et d’aller à la retraite. Et une fois qu’on est à la retraite, on devient civil et on retourne à la population.

Nous demandons toujours sa compréhension, sa générosité, son accompagnement. Une fois de plus, je dis que nous sommes là pour elle et je le dis à chaque fois, on ne peut raser la tête de quelqu’un à son absence.

Notre vision, c’est que la population soit satisfaite de nous. Il y a certaines habitudes qu’on peut reprocher aux forces de sécurité mais la population doit s’interroger d’abord. C’est pourquoi j’ai bien fait de dire que nous venons d’elle. Je sais que certaines sources de mécontentement peuvent être des tracasseries, peuvent même être des actes de corruption qu’on peut dénoncer, mais je le dis chaque fois, c’est ensemble que nous pouvons les combattre. Ne donnons pas et si on veut obliger quelqu’un à donner alors qu’on est dans ses droits, qu’on accepte de perdre son temps et de refuser quand même. Si on n’arrive pas à faire ça, c’est dire qu’on est complice, qu’on est acteur d’une situation qu’on va dénoncer après. N’oublions jamais que ce sont nos forces de sécurité nationales. Nous avons intérêt à ce qu’elles soient les meilleures forces de sécurité de la sous-région, voire du monde.

Réalisé par Amadou Bamba NIANG

Source: aujourdui mali

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