Le Mali éliminé en demi-finale de la 29e CAN par le Nigeria : Le salaire de l’impréparation

Les contre-performances des Aigles  du Mali à la 29e CAN d’Afrique du Sud sont le fruit de l’improvisation. Il urge de tirer froidement les leçons qui s’imposent en vue de se positionner pour la prochaine Coupe du monde.

Hammadoun Kola Cissé, Président  Femafoot

L’élimination de leur pays au stade des demi-finales de la 29e Coupe d’Afrique des Nations de football a eu l’effet d’un coup de massue sur la tête chez beaucoup de Maliens. Nombre de nos compatriotes pensaient, en effet, que c’était enfin l’occasion rêvée de remporter un trophée continental après des décennies d’attente. D’autant, estimaient-ils, que la grave crise sécuritaire et politico-institutionnelle que le pays vit depuis plus d’un an constitue une source de motivation,  à même de déclencher un sursaut patriotique amenant les joueurs à se surpasser.

Et que le Nigeria venait d’éliminer la Côte d’Ivoire de Didier Drogba, sa bête noire de toujours. La brutalité du réveil est à la dimension de l’espérance nourrie par les uns et les autres. Pour notre part, nous n’avons pas été surpris outre-mesure par cette élimination, car nous y étions psychologiquement préparés. Le fait que les Aigles aient même franchi le cap du premier tour pour se hisser en quart de finale était plutôt surprenant. Une victoire, comme une défaite, peut s’expliquer par toute une série de facteurs, mais nous  pensons, sans être un spécialiste de la chose footballistique, que dans le cas d’espèce la principale cause de la contre-performance des Aigles  réside dans l’impréparation.

L’on a assisté, en l’occurrence, à une préparation des plus approximatives: délai de regroupement court, n’offrant aux joueurs aucune possibilité de développer des automatismes entre eux, chose si nécessaire à l’émergence d’un  fond de jeu, aucun match de préparation avec un sparring-partner digne de ce nom. Cerise sur le gâteau: c’est in extremis que la liste définitive des joueurs sélectionnés a été dévoilée.

Un malheur ne venant jamais seul, certains des joueurs-clés n’avaient pas suffisamment joué avec leurs clubs. A l’image du Capitaine Seydou Keïta, parti pour son exil chinois préparer sa retraite à coups de salaires mirobolants. Il n’a pas eu l’opportunité de jouer avec son ancien team, le FC Barcelone. Sans vouloir faire bon marché du  fighting spirit de Seydoublen et de sa bande, leur engagement pour la cause de la patrie et leur générosité dans l’effort ne pouvaient nullement combler ces lacunes originelles.

L’on a beau jeu d’invoquer le manque de moyens lié à la crise dans laquelle nous vivons. Il est vrai qu’avec les narco-jihadistes occupant tout le Septentrion du pays et qui ne faisaient plus mystère de leur intention d’envahir le Sud, les Maliens avaient la tête ailleurs qu’à la CAN. Mais la crise n’explique pas tous les problèmes du football malien.

L’ancien coach des Aigles, d’origine nigériane, Stephen Keshi, qui se trouve être, ironie du sort, le sélectionneur des Super Eagles, les tombeurs des footballeurs maliens, était plein d’enthousiasme quand il prenait les rênes de l’équipe nationale du Mali. Il entendait bâtir une formation solide à partir du foisonnement de talents qui la composent. Nombre de ces stars ne font-elles pas les beaux jours des grandes équipes d’Europe ? Mais Keshi ne tardera pas à déchanter et à réaliser à ses dépens  qu’une constellation de vedettes  ne fait pas forcement une bonne équipe. Il fera face à des mesquineries, des problèmes de personnes et des querelles de clochers, au sein de la Fédération Malienne de Football, du ministère en charge des Sports, parmi les supporters et les joueurs eux-mêmes.

A tel point que, devant cette atmosphère délétère, il n’a pas hésité à déclarer sur les antennes de l’ORTM que certains Maliens étaient contents quand le Mali perdait. Ses succès fulgurants à la tête de Super Eagles accréditent aujourd’hui largement ses assertions. En vérité, le football malien souffre du fait que trop de passion et d’intérêts particuliers gravitent autour de lui.

Pour tout dire,  à quelques semaines seulement du début de la compétition, au Mali on ne sentait pas encore la CAN venir. Tout se passait comme si, pour notre pays, l’essentiel était de participer, ou comme si l’on avait tout simplement choisi d’aller accompagner les autres. En toute naïveté, les Maliens comptaient-ils sur un miracle? Ils devraient savoir qu’en sport, et dans la vie tout court, le miracle  n’existe pas. Les incantations n’ont pas non plus leur place.

Les poulains de Stephan Keshi, qui viennent de  sortir le Mali avec la manière, malgré leur jeune âge, ne sont pas le  fruit d’une génération spontanée. Loin s’en faut. Leurs performances découlent d’une politique bien pensée, sous-tendue par une stratégie servie par des moyens conséquents et une volonté ardente de gagner.

Certes, l’entraîneur français Patrice Carteron, a pu commettre quelques erreurs de coaching – n’a-t-il pas lui-même fait déjà son mea culpa? – mais de là à allumer un bûcher et à chercher un bouc émissaire, il n’y a qu’un pas, qu’il convient, cependant, de ne pas de franchir allègrement. L’instabilité du fauteuil de sélectionneur nous conduirait à un éternel recommencement.

Il sied en la matière de tirer, avec lucidité et sérénité, toutes les leçons, en vue de faire les indispensables réajustements et de positionner le Mali sur l’orbite de la Coupe du monde. C’est ainsi seulement qu’on pourra exorciser le signe indien qui poursuit notre football depuis des lustres. Ne pas le faire serait criminel. Les anciens ne disaient-ils pas: «errare humanum est, perseverare diabolicum», autrement dit «l’erreur est humaine, mais y persévérer est diabolique»?

Yaya Sidibé