La guerre vue de Montreuil et de Kayes

Soutenir la guerre au Mali, et donc risquer d’accepter que notre armée parte tuer des civils, ou se dire contre et accepter l’instauration de la charia et de systèmes mafieux, dans des territoires maliens toujours plus étendus ? Cruel dilemme… même si, de ce côté-ci de la Méditerranée il n’est qu’intellectuel (et donc confortable). Témoignages d’amis Maliens, ici et là-bas pour tenter d’éclairer le débat.

Que penser de l’entrée en guerre de la France au Mali ? Entrer en guerre n’est jamais anodin. La guerre n’est jamais “propre” ni “rapide” et ceux que l’on nomme désormais les “dégâts collatéraux” ne sont ni plus ni moins que des civils qui meurent – hommes, femmes et enfants sans distinction. La guerre est toujours l’aveu d’un échec, celui de la politique et de la recherche de solutions négociées.

Amie de longue date de camarades maliens, vice-présidente d’une ONG, l’Ader, développant des programmes de coopératives d’habitants au Mali et au Sénégal, j’ai recueilli les témoignages d’amis maliens qui vivent ici (à Montreuil) ou là-bas (région de Kayes). Il n’est pas question ici de revendiquer une quelconque vérité universelle, mais de livrer les réactions à chaud de vrais démocrates Maliens, engagés de part et d’autre du Sahara et de la Méditerranée, depuis plusieurs décennies, dans des projets où le sens de l’intérêt collectif prime sur tout le reste.

 

L’urgence d’agir

Moussa*, à Montreuil : « L’engagement de la France aux côtés de l’État malien était nécessaire ! L’armée malienne ne parvenait pas à empêcher seule la progression d’Aqmi, du Mujao et d’Ansar Eddine vers le sud. La chute de Konna ouvrait la voie à l’entrée dans Mopti et juste après c’était une autoroute vers Bamako. Si la communauté internationale avait encore attendu longtemps, nous avions la Charia chez nous ! L’islam, ce n’est pas çà ! Lapider les femmes, couper les mains des voleurs, enrôler de forces de jeunes garçons dans la guerre et violer les jeunes filles, ce n’est pas çà la religion de nos pères. »

 

Deux pays amis qui se retrouvent

Demba, à Montreuil : « Depuis un an, nous avons vécu l’incapacité de notre gouvernement à répondre aux appels au secours des militaires d’Aguelhok, finalement massacrés en janvier 2012, puis le coup d’État de Sanogo, l’incapacité de l’État malien à empêcher les prises de Kidal, de Gao, de Tombouctou, les horreurs des lapidations et des amputations dans le Nord, puis l’éviction du premier ministre Cheick Modibo Diarra en décembre… : nous étions meurtris dans nos cœurs de Maliens et très très inquiets. Les appels de notre Président Dioncounda Traoré avaient été écoutés par la communauté internationale, mais tout çà était très lent.

Le discours du Président François Hollande a été vécu ici comme un véritable soulagement. D’abord parce que grâce à la France, nous allons stopper l’avancée d’Aqmi et du Mujao. Ensuite, parce qu’en disant “Il en va aujourd’hui de l’existence même d’un État ami, le Mali”, François Hollande nous reconnaît et reconnaît la force de nos liens. Ce n’est pas la France qui se bat au Mali, c’est la France et le Mali qui combattent ensemble un ennemi commun. »

 

Reconstruire ensemble

Karounga, à Kayes : « Il faut dire que ce n’est pas une guerre tribale, ce n’est pas une guerre de Blancs contre Noirs, ou même une guerre de religion. Ce n’est pas, non plus, une guerre civile : les indépendantistes Touaregs du MNLA ont été décimés par les terroristes islamistes et beaucoup nous rejoignent maintenant. C’est la guerre contre un nouvel expansionnisme terroriste, qui cherche à se construire un camp de base pour poursuivre sa conquête.

L’engagement militaire de la France, qui rappelle l’amitié entre nos deux peuples, doit être pour nous tous une opportunité. Si nous nous battons ensemble, alors ensuite, il faudra que nous puissions reconstruire, ensemble. Nous aurons besoin de remettre en marche un État démocratique et des institutions qui fonctionnent bien. Et nous aurons besoin de travailler ensemble pour un nouveau développement de notre pays : équitable, durable et solide. J’espère que juste après la guerre, une nouvelle période va s’ouvrir entre nos deux pays. »

* Les prénoms ont été changés.