Interview de Mme Haïdara Aïssata Cissé dite chatto à l’Ortm

-Donc, quelque part, les populations nous disent carrément : Honorable, vous voyez que c’est du racisme,  parce qu’à Kidal, ils n’ont pas eu de tels problèmes.Haïdara Aïssata Cissé dite Chato

 Mesdames et Messieurs bonsoir ! Elle  a sans doute  été par ces temps de crise, des plus fervents défenseurs du Mali uni et indivisible. On l’a vu bien évidemment aux cotés d’autres personnalités plaider la cause du Mali  entre autre à l’Union Européenne, auprès d’Africabble Télévision, lors de grandes rencontres internationales ; Mme Haïdara Aïssata Cissé revient  d’ailleurs d’Addis Abbéba  en Ethiopie ou elle a assisté à la conférence des donateurs pour le Mali. Député élue à Bourem, elle est aujourd’hui l’invitée de l’Interview de la semaine. Ensemble nous  parlerons  entre autres de ce Nord dont elle est originaire et de son engagement pour le Mali.

Question : Merci Mme Haïdara de répondre à nos questions. On vous a donc vue comme je le disais tout à l’heure très active ces derniers mois sur  la crise  qui secoue notre pays. Vous estimez aujourd’hui  avoir rempli votre part de contrat ?

C’est grâce à la CEDEAO, malgré les erreurs,  qu’on peut citer au passage, qu’aujourd’hui l’Assemblée Nationale a été rétablie dans ses droits

Mme Haïdara : Tout à fait, je suis vraiment satisfaite de ce que j’ai fait. Ce que j’ai fait, je l’ai fait au nom du Mali, je l’ai fait au nom de  l’Assemblée Nationale, je l’ai fait au nom des élus du Mali dont je suis, et je l’ai fait en mon nom parce que j’estime que quand on est élu, on est élu pour avoir les macarons, les titres et les honneurs, on est élu aussi pour aller au charbon quand ça ne va pas. C’est notre responsabilité.

 Donc c’est plus l’élue qu’on voyait plutôt que la citoyenne malienne  ou la ressortissante du Nord?

Mme H : Les trois, tout ensemble ; je suis d’abord citoyenne malienne avant d’être élue, je suis ressortissante et enfin je suis élue,  donc les trois vont de pair.

Vous avez participé à  beaucoup de rencontres internationales comme je le disais tout à l’heure ; vous étiez à Addis-Abbeba ; alors à la conférence des donateurs du Mali, 455 millions de dollars de promesses de dons, c’est un élan de solidarité en deçà, au-delà  ou dans la juste proportion de vos attentes à vous ?

Mme H : Bon, en deçà, un peu, un tout petit peu, mais dans la juste proportion, parce que les 455 à 460 millions de dollars dont on a parlé, il y avait quand même des offres en nature et ça continue. J’ai voulu rectifier en disant que  j’étais au sommet des chefs  d’Etat à Addis-Abeba  effectivement, mais je n’ai pas assisté qu’à la conférence des donateurs, j’ai assisté à tout et j’étais là-bas à mon compte. On était invitées par l’Union africaine, mais du point de vue financier, je me suis pratiquement prise en charge. C’est bien de le dire parce que il y en qui pensent que tout  ce que je fais, c’est parce que quelque part il y a des organisations qui nous donnent  des millions, ce n’est pas  du tout le cas, c’est un engagement personnel. Donc j’ai fait les deux villes, j’ai discuté avec pas mal de chefs d’Etat, j’ai été reçue par le président de la CEDEAO, je le dis précisément, parce que c’est la CEDEAO quand même  qui a commencé à nous aider par rapport à la crise politique, je veux parler de la crise institutionnelle et c’est grâce à la CEDEAO, malgré les erreurs,  qu’on peut citer au passage, qu’aujourd’hui l’Assemblée Nationale a été rétablie dans ses droits, que toutes les institutions ont été rétablies. Donc ça je peux le reconnaître, j’ai  été reçue par le Président Ouattara.

Cet élan de solidarité manifesté par la communauté internationale, ça vous touche particulièrement ?

Mme H : Tout à fait, parce que c’est rare de voir la communauté internationale unie derrière une cause, et, comme l’a dit le président de la République, vraiment le Mali est un pays béni, parce qu’on a rarement vu autant de solidarité envers un pays frère. Tous les pays africains et  européens et même américains ont été  très solidaires par rapport à la situation.

 On parle  aujourd’hui de solidarité à l’endroit du  Mali : on ne peut pas ne pas évoquer cette intervention française dans la lutte contre le terrorisme ; alors quel est votre regard sur cette intervention de la France ?

Le faible de nos pays,  c’est que quelque part on a manqué de communication et le fort de nos adversaires c’est qu’ils étaient toujours sur des chaînes de télé… 

Mme H : De solidarité oui, au niveau de la France aussi on a fait beaucoup de lobbying. S’agisssant du collectif des élus dont M. Haïdara Lachouaba est le président, on a fait des rendez-vous, notre collectif a été reçu par le président de l’Assemblé Nationale de France, c’est  pas rien ; on a été reçus par le Sénat français, on a été reçus par tous les conseillers régionaux, parce qu’on s’est dit qu’il faut informer. Parce que le faible de nos pays, je veux dire de nous tous d’ailleurs, c’est que quelque part on a manqué de communication et le fort de nos adversaires c’est qu’ils étaient toujours sur des chaînes de télé…

 On leur a laissé le champ libre ?

 Mme H : On leur a laissé le champ libre, non seulement sur les chaînes mais en plus ils faisaient du lobbying en dessous et ils ont eu à embobiner des personnalités comme des députés européens qui étaient dans la logique de voter une résolution pour reconnaître le MNLA. Et si ça avait été fait, tout le monde sait qu’en Europe dès que les députés adoptent une position, la commission suit forcement, on n’allait jamais arriver à résultat comme ça. Donc, nous sommes très satisfaits. Je suis allé en mission à l’union Européenne en avec le président Assarid, 2e vice-président que je salue au passage, parce que c’est un Touareg, mais un Touareg qui s’est démarqué dès les premières heures de ceux qui ont pris les armes et puis M. Lachouaba Haïdara qui a été quand même le président de la commission que l’Assemblée Nationale avait formée à l’époque où le président Dioncouda était président de l’Assemblée. On avait élu une commission qui était allée jusqu’à Zakat pour demander au MNLA à l’époque de ne pas faire ça, parce que on ne cesse de le répéter la guerre on sait  où et quand elle  commence, on ne sait pas où elle finit.

L’image de la France était vraiment écorchée partout en Afrique et principalement au Mali parce que le Mali était surtout contre la guerre en Libye

Voilà la France qui intervient militairement aux côtés du Mali, les villes qui se libèrent petit à petit : on a vu  ces derniers jours des scènes de liesse à Gao et Tombouctou : comment est-ce que vous avez apprécié ?

Mme H : On a beaucoup apprécié parce que ce que j’ai oublié de dire tout à l’heure, c’est que quand on avait  été reçues par le président de l’Assemblée Nationale française, il nous a demandé de rencontrer la commission des Affaires étrangères et cette commission avait mis sur pied une commission sur le Sahel qui est venue jusqu’au Mali et qui a discuté avec toutes les forces  vives, et qui a fait un rapport qu’ils ont remis à l’exécutif en demandant d’aller plus loin que la logistique parce le problème est plus complexe qu’ils ne le pensent . Donc je profite de l’occasion pour remercier le président François Hollande qui a joué un rôle historique mais il ne faut pas perdre de vue que la France a aidé le Mali. C’est vrai, mais la France s’est aidée elle-même. Parce que le Mali est en train de vivre les effets collatéraux de la Libye  et tout le monde sait que la Libye, c’est  quand même la France en avant-garde, même si les gouvernements ont  changé quelque part, heureusement pour nous ; parce que peut-être que si c’était  encore la droite qui était au pouvoir, on n’allait pas être là. Donc vraiment c’est un sentiment personnel que j’ai tenu à exprimer. Donc l’image de la France était vraiment écorchée partout en Afrique et principalement au Mali parce que le Mali était surtout contre la guerre en Libye, parce que chaque fois qu’on avait des rebellions, la Libye nous aidait quand même et on savait très bien que les effets collatéraux  de la Libye allaient être un problème pour tout le Sahel et pour le Mali en particulier. Donc je remercie la France, mais je dis  que la France a travaillé pour elle. Maintenant pour les liesses, ou la liesse comme vous dites, les gens sont contents parce qu’il y a eu la  libération. Moi, comme vous, comme tout les Maliens au début, vraiment,  on ne s’attendait  même pas à cette intervention, qui est heureusement arrivée à point nommé, mais depuis deux trois jours, je crois qu’il y a  des Maliens sont sceptiques, y compris moi d’ailleurs, par rapport à la prise de Kidal. Parce que le MNLA, moi je ne me fatigue pas de le répéter, le MNLA, c’était  quand même    des gens qui sont partis à Aguelhoc et qui ont fait toutes les exactions qui ont été commises à Aguelhoc. Et pour le faire, ils ont été dans les grottes pour aller chercher les islamistes qui n ont jamais  rêvé de venir dans les villes du Nord.

Si vous le permettez, le  MNLA on  y revendra après ; je souhaite qu’on continue de parler un peu de ce vent de liberté qui souffle un peu sur Gao, Tombouctou ; alors les moments d’occupation, ils ont été difficiles ?          

Il y a des gens qui sont devenus fous à cause de l’occupation

Mme H : Et oui, ils ont été très, très difficiles, les moments d’occupation on ne peut même pas décrire ce que les gens ont subi. Nous, on n’avait des informations parce que tous les jours, moi j’avais mis en place une petite commission qui appelait de temps en temps parce que je suis au niveau de l’Assemblée nationale et présidente du réseau parlementaire qui s’occupe des femmes et des enfants donc j’ai profité de l’occasion pour connaître des gens qui appellent tous les jours pour savoir ce qui se passé.  Donc il y a eu des viols, il y avait eu des choses qu’on ne peut même pas imaginer, tout le monde le sait d’ailleurs, mais maintenant qu’il y a la libération, c’est maintenant qu’on touche du doigt ce que les gens ont subi ; c’est beaucoup plus que tout ce qu’on imagine : les gens ont été meurtris dans leur chair, il y a eu beaucoup de faist collatéraux,  il y a des morts, par exemple à Bourem, j’ai perdu une vielle qui, par peur a été obligée de laisser sa petite fille de moins de quinze ans mariée par des islamistes, ( et en général c’est  des gens qui épousent des petites filles , mais après elles se retrouvent dans le lit avec plusieurs maris), cette veille-là elle n’a pas eu une longue vie, une semaine après elle est décédée. Il y a beaucoup de cas comme ça, il y a des gens qui sont devenus fous. Tout ça c’est des trucs qu’on est en train de toucher maintenant du doigt, qu’on ne savait pas avant. Vous savez qu’il y avait des problèmes, mais pas jusqu’à quel point, non. Maintenant on sait jusqu’à quel point les gens étaient meurtris ; comme quelqu’un me le disait hier, il n’ y a pas pratiquement une femme dans ma région là- bas à Gao qui n’est pas tombée enceinte par ces islamistes-là.

Je suis une cible, je suis menacée souvent par des messages graves où on me dit que ma tête est à prix

Quand est-ce que vous avez été à Bourem  la dernière la fois ?

Mme H : La dernière fois que j’ai quitté Bourem, c’était le mois de janvier et les premiers coups de feu m’ont  trouvé à Bourem. J’étais allé pour ma restitution, parce que tous les trois mois j’allais à Bourem pour restituer des lois votées à l’Assemblée nationale et faire des dons aux populations et c’est pendant ce temps qu’il y a eu  les premiers coups de feu. Mais quand même je suis restée à Bourem les trois jours j’ai fait ma restitution, j’ai fait mon programme il y avait des festivals tamasonghoï, il y avait la restitution, il y avait la remise de dons ; j’ai fait les trois avant de quitter. Les premiers coups de feu m’ont trouvée là-bas. Malheureusement après, je n’ai pas pu y aller, peut-être que j’aurais pu… Les voitures partaient et revenaient, mais  vu le rôle que j’ai décidé de jouer : aller à l’international, parler sur les média, rencontrer les personnalités, les chefs d’Etat et toutes les connaissances pour aider,  je ne pouvais pas prendre la responsabilité d’aller à Bourem, parce que je sais que je suis une cible, je suis menacée souvent par des messages graves où on me dit que ma tête est à prix. Donc c’est n’est pas par peur que je ne suis pas retournée à Bourem, c’est simplement parce que je me dis que j’ai un rôle à jouer et si je pars à Bourem et qu’on m’arrêtait ou me tuait, ce rôle- là, je ne pourrais plus le jouer .

 Et quand est-ce que vous comptez y retourner ?

Mme H : Très rapidement ! Depuis Addis, déjà j’ai commencé à chercher un moyen de transport pour yaller, et pas plus tard qu’hier, j’ai rencontré les responsables français pour leur demander de trouver les moyens de nous laisser aller voir ces populations qui ont beaucoup souffert et surtout aller leurs dire de ne pas faire l’amalgame entre les rebelles et les populations paisibles, qu’elles soient de peau blanche ou noire. Je pense que notre parole compte, en tant qu’élue. C’est vrai qu’on a pas été beaucoup impliqués par l’Etat malien, c’est dommage ! En tant qu’élus, tous ce qu’on a eu à faire, c’est vraiment des actions personnelles ; mais je pense qu’en tant qu’élus, on a un rôle plus important à jouer parce que celui qui t’a élu, il te fait forcément confiance et si nous on les voit, en leur disant : Attention, ne faites pas l’amalgame ! Si vous estimez qu’il y a telle ou telle personne qui était djihadiste ou bien qui a collaboré, comme la justice malienne n’est pas encore sur place, il prévenir les militaires maliens qui sont là.

Donc, quelque part, les populations nous disent carrément : Honorable, vous voyez que c’est du racisme,   parce qu’à Kidal, ils n’ont pas eu de tels problèmes.

 Mais au-delà de l’amalgame qu’on peut très bien faire, on sait que tant d’exactions ont peut-être fini par affecter un peu le tissu social et même au Mali : et comment est-ce que ça va se passer, la réconciliation ?

Mme H : C’est sûr que le tissu social s’est beaucoup dégradé, parce qu’à la prise des villes, vous l’avez remarqué, pendant les neuf mois d’occupation, il y a eu des exactions à Gao et à Tombouctou ; tous ces édifices nationaux ont été saccagés  et tous ce qui est infrastructure a été saccagé mais au niveau de Kidal rien de tout ça!  Donc, quelque part, les populations nous disent carrément : Honorable, vous voyez que c’est du racisme,   parce qu’à Kidal, ils n’ont pas eu de tels problèmes. Bon ça, c’est ce que la population pense, même si je ne le pense pas. Je ne peux pas aller dans ce sens pour la simple raison qu’en tant qu’élue, moi je dois quand même aider ; nous, les élus, nous devons aider à nous réconcilier nous devons aider à la réconciliation, et on a un travail de titans à faire à ce niveau. A partir de ce moment, je pense qu’on doit pouvoir pardonner mais pardonner à qui ? On doit pouvoir dialoguer mais dialoguer avec qui ? Pas avec ceux qui ont commis des crimes ! Ceux qui ont commis des crimes doivent être remis à la justice malienne, à la justice internationale pour crimes de guerre. Maintenant, ceux qui ont fait peut-être commis des fautes pas aussi graves que tous ce qu’on connaît, on peut toujours discuter avec eux, parce que le Mali est un pays de paix : on est obligé, de toutes les façons, on est tous des Maliens, nous devons nous entendre, mais pas à n’importe quel prix, comme je l’ai dit tantôt.

 Dans ce cas particulier aujourd’hui de Kidal, la France qui appelle à dialoguer, l’armée malienne qui n’est pas encore à Kidal, qu’est ce que vous en pensez?

Mme H : Oui je pense que la France a fait une erreur, parce que comme aime dire chez nous « il ne faudrait pas que ce que tu as fait de bien, que tu fasses quelque chose qui puisse le faire oublier aux gens !» Parce que tous les Maliens sont contents de ce que la France a fait, y compris nous les élus d’abord, en avant-garde, mais depuis la prise de Kidal par l’armée française sans l’armée malienne, comme ils l’ont fait partout ailleurs, et tous les Maliens en tout cas ceux avec qui on a causé, sommes sceptiques ! Ca nous amène vraiment, nous les élus, ça nous amène à nous poser des questions : si la France ne voulait pas faire plaisir au MNLA, qui a demandé que la France vienne à Kidal, qu’ils vont aider la France à libérer Kidal, mais qu’ils ne veulent ni de l’armée malienne, ni de la CEDEAO, ni de l’Union Africaine ni d’aucune autre force africaine ; donc s’ils font un appel de ce genre et que la France prenne aussi la responsabilité d’aller à Kidal sans aller avec l’armée malienne, quelque part il y a fausse note ? Donc la France doit faire attention. Moi je profite de l’occasion pour lancer un appel. Quand il y a eu la prise de Kidal, depuis avant-hier moi j’ai discuté avec des responsables français jusqu’à un haut degré et on m’a expliqué qu’au fait c’est n’est pas ce que les gens pensent, c’est parce que le MNLA, sachant communiquer, a dit qu’ils ont déjà pris Kidal. Donc, c’était pour éviter qu’ils (le MNLA, ndlr) prennent l’aéroport, qu’ils ont pris l’aéroport et qu’ils attendent le Tchad et le Nigeria pour entrer dans la ville ; mais depuis ce matin, on apprend qu’ils sont quand même rentrés dans la ville  sans ces armées-là: donc, la-dessus, je vais demander à la France vigilance et je vais demander aux Maliens aussi que nous sommes un plus de tolérance pour comprendre ce qui se passe.

Q : L’appel au dialogue, les Maliens pour la plupart étaient pour, au départ ; mais finalement tout le monde a fini pratiquement par s’y opposer ; on a vu une dissidence de ANSARDINE, (le « Mouvement Islamique de l’Azawad », ndlr) vous êtes pour le fait qu’on discute avec ces gens-là ou contre?

Et quand tu regardes bien, c’est toujours MNLA –ANSARDINE –ANSARDINE-MNLA : c’est comme la Mafia !

Mme H : Vous savez que je ne suis pas magicienne et tout qui est en train de se passer, je remarque que vous  m’avez suivi sur les chaînes internationales, tout ce qui en train de se passer j’ai dit ceci, j’ai dit exactement la même chose : j’ai dit que la communauté internationale a beaucoup tergiversé et qu’il fallait qu’elle arrête de tergiverser et qu’elle prenne la décision d’agir dès  que tout est sur place, qu’il n’y aurait  pas de guerre et que les gens vont partir et c’est  ce qui est en train de se passer. Or Ansardine et la dissidence d’Ansardine c’est la même chose ; la dissidence d’Ansardine est dirigée par Algabass. Algabass était député et encore malheureusement il est député à l’Assemblée nationale ; donc on se connaît, on est ensemble. Ils ont créé un réseau pour la paix et ce réseau était financé par les Suisses (j’espère qu’ils m’entendent) ; nous, dans un premier temps, nous avons réuni tous les élus du Nord. Quand on s’est informés, on s’est rendus compte que c’était un réseau qui avait d’autres objectifs. Heureusement, en ce qui concerne Bourem, le maire de Bourem a été très vigilant, parce qu’il a refusé catégoriquement que la conférence que le réseau voulait faire à Bourem ait lieu à Bourem. Parce qu’il a dit : ici, nous, on n’a pas de problème de paix ; ici, c’est toutes les communautés : les Arabes, les Sonrhaï, les Touareg, tous ensemble, on a accepté la réunion, mais faire une réunion avec une partie sans les autres, pas question ! Donc c’est ce réseau-là, pour que les gens comprennent, quand tu regardes bien, qui s’est divisé : il y a une partie qui est partie à ANSARDINE, il y a une autre partie qui allée  au MNLA ; et quand tu regardes bien, c’est toujours MNLA –ANSARDINE –ANSARDINE-MNLA.C’est comme la Mafia ! Aujourd’hui ils se disent : nous, on se retire de AQMI, c’est faux !  On ne peut pas aller à AQMI et partir. C’est comme la Mafia, tu ne peux pas aller à la Mafia et sortir de la Mafia ; c’est comme le trafic de drogue, tu ne peux pas rentrer dans le trafic de drogue et en sortir, parce que si tu sors  on te tue, ou on tue tes enfants ! Donc, ils sont les mêmes.

Pas de dialogue possible… ?

Mme H : Nous, on estime que le dialogue est très compliqué, pas de dialogue possible avec des djihadistes ; et ceux qui se disent aujourd’hui MNLA, ce sont les mêmes. Le MNLA, c’est aussi ANSARDINE à un moment donné de l’histoire ; vous avez bien vu qu’ils ont signé des accords pour que le Mali soit un pays islamique. Il n y a pas plus tard qu’au mois de janvier, ils se sont rencontrés ; quand  il s’agit des intérêts des autres, ils sont ensemble, donc nous on est sceptiques. Mais le dialogue, je l’ai toujours dit, le dialogue est obligatoire, même pendant la guerre, on est obligé de négocier, on est obligé de discuter ; mais qu’on sache raison garder et qu’on analyse bien ! Pour l’instant la plaie, elle est béante et elle saigne ; donc si on n’y prend  pas garde, on risque de se retrouver dans une situation où ce sont les autres communautés qui risquent de se rebeller; je sors d’une réunion tout à l’heure au niveau de la présidence et ce sont eux qui risquent de se rebeller et on n’a pas fini de régler le problème. Donc, il faudrait d’abord nettoyer, il faudrait  d’abord libérer toutes les villes ; après on se met autour d’une table et on discute, et à ce moment on saura de quoi on discuter.

Il faudrait que les Américains soient  aussi avec les Français sur le terrain

Vous avez dit : libérer les villes ; est-ce que, après la libération des villes, vous estimez que l’essentiel est fait, ou est-ce qu’on doit continuer quand même … ?

Mme H : Bonil faut être prudent, après avoir libéré les grandes villes, il faut libérer d’abord les cercles ; vous savez, le Nord Mali est vaste, donc moi je demanderai comme je l’ai dit  en aparté  à certains responsables avec qui j’ ai discuté dans le cadre de ce que j ai fait, j’ai demandé à ce qu’ils soient prudents, et qu’ils restent quand même sur les lieux, parce que j’ai peur que nos gens qui sont dans la nature me prennent en otage  à un moment donné pour faire les razzia, parce que c’est aussi leur spécialité. Donc je demande surtout aux Américains de s’investir encore plus et comme je l’ai dit et le répéterai  sur ce plateau, je suis élue, donc il n y a aucune raison que je fasse l’anonymat, je ne comprends pas la position de l’Amérique, même si tous les jours ils en font un peu plus. Moi je pense que tout le monde sait que le dead line des Américains c’est le terrorisme :  là où il y a un terroriste, là où il y a ALQAÏDA, on va les poursuivre. Je ne peux pas comprendre qu’ ALQAÏDA soit au Nord Mali, que les Américains le sachent très bien, que la France prenne le devant,  c’est normal ; mais la France ne doit pas être seule dans ce combat, même au sol. Parce que la France est là, les hommes français sont là, et les autres, ils se limitent à dire :  bon, nous on va donner de l’argent, on va donner du matériel, on va donner des avions… Il faudrait que les Américains soient  aussi avec les Français sur le terrain, parce que l’intérêt y est y collégial. Et il faut qu’ils soient cohérents parce quand ils disent que le terrorisme, on doit le combattre, il faut combattre le terrorisme. Le terrorisme ce n’est pas seulement en Afghanistan, aujourd’hui au Mali, on parle afghan, on parle pakistanais : ils sont tous là…

 Le temps que l’armée, l’armée française, est  là, ils sont rassurés. Mais si ces forces-là partent, ils ont bien peur qu’il y ait des représailles.

Q : Vous avez parlez de faire peur, la population aujourd’hui au Nord vit avec cette peur que les gens ne sont pas loin : ils peuvent revenir ?

 Mme H : Tout à fait ! Pas plus tard que ce matin, nous discutions avec gens ; après l’euphorie  des premiers jours, la peur s’installe aussi ; la peur n’est pas complètement partie, parce que les gens se sont volatilisés, bien sûr, ils peuvent être à coté, d’un moment à l’autre. Le temps que l’armée, l’armée française, est  là ils sont rassurés. Mais si ces forces-là partent, ils ont bien peur qu’il y ait des représailles.

Voilà, merci ! Il y a des forces africaines qui viennent progressivement au Mali, pour aider à sécuriser le déploiement ; il a sans doute été très long, mais qu’est ce que vous attendez aujourd’hui  de la mission ?

Mme H : Moi ce que j’attends de la MISMA, c’est ce qu’elle est en train de faire déjà, que la mission soit sur le terrain ; et je pense que les Tchadiens sont déjà sur le terrain, vraiment chapeau, parce que il semblerait que tout ce qu’ils ont fait, c’est pas par avion, c’est par la route et le Niger est là, et les autres, tous ceux qui sont là, ils ont commencé à travailler. Ce que j’attends d’eux, c’est d’aller plus loin ; s’ils ont prévu de rester un an, qu’ils restent un peu plus. Parce qu’on est dans une situation très complexe  et d’un moment à l’autre ça peut virer autrement. Donc je  souhaite aussi que la MISMA prenne en compte le problème humanitaire, je demande même à  l’opinion internationale, à la communauté internationale, d’en faire autant. Parce que on a souvent vu l’Angleterre donner des avions pour transporter des armes, c’est très bien parce qu’il faut des armes pour libérer le pays. Mais il faut aussi que les Américains, les Allemands, tout ce monde-là, qui donnent aussi des avions remplis de nourriture, d’eau potable, ils  donnent à manger aux populations parce  que avec la destruction de tout ce qui est  symbole pratiquement de l’Etat, aujourd’hui il n’y a pas de carburant pour avoir de l’électricité, il n’y a pas d’eau potable, il n’y a pas  à manger parce que la frontière algérienne est fermée. Pour qui connaît nos zones, tout vient de l’Algérie pratiquement. Donc les gens sont dans une situation très précaire. Et je ne peux pas finir ce débat sans lancer un appel à la MISMA et à la communauté internationale pour de ce coté là faire quelque chose de toute urgence.

Le dialogue, nous, on va essayer de déjà commencer à l’amorcer mais pas à n’importe quel prix

Il va falloir donc libérer, réconcilier, reconstruire : comment est-ce vous voyez notamment la reconstruction ?

 Mme H : Ben, la reconstruction ne va pas être facile ; pour l’instant je vois  déjà, à court terme, qu’il faut libérer complètement le pays ; une fois qu’on est libérés, il faut reconstruire. Donc il y a quand même des fonds, j’ai discuté avec pas mal de gens à Addis Abbeba, il y a des fonds disponibles : ce qui a été annoncé, ça c’est ce qu’il faut pour la MISMA. Mais il y a des fonds sur le plan humanitaire, parce j’ai participé à des réunions avec par exemple  Michèle Bachelet et il y a des ONG qui étaient sur place, mais ces ONG-là ne peuvent pas agir en apportant de l’argent directement ; mais elles sont prêts à  agir sur le plan humanitaire et sur le plan reconstruction. Et je sais aussi qu’on peut compter sur l’Union Européenne et sur toute la communauté internationale pour renforcer notre développement. Donc je pense que de ce coté la solidarité qui s’est dégagée ne peut pas laisser de doute par rapport à la volonté de la communauté internationale à aider à la reconstruction. Le plus compliqué, c’est d’abord le dialogue et ce dialogue là, nous on va essayer de déjà commencer à l’amorcer mais pas à n’importe quel prix comme je l’ai dit tantôt.

Rien ne peut faire avancer les choses si ce n’est pas la politique.

On va parler un instant de vous-même, on vous a vu d’abord syndicaliste, femme politique, aujourd’hui députée : comment est-ce que vous êtes passé du syndicalisme à la politique ?

Mme H : Ça c’est une très bonne question, à laquelle j’aimerais répondre vraiment de façon très claire. C’est vrai qu’au niveau de l’inter – syndicale des travailleurs d’Air Afrique, moi j’étais la secrétaire générale de la première zone, secrétaire adjointe de l’ensemble des 11 Etats membres d’Air Afrique, plus la France. Donc c’est là que j’ai commencé. Je n’ai pas commencé mes premiers pas là, j’étais déjà dans les trucs estudiantins, ça ne se décrète pas de toutes façons, l’engagement. Pour être engagé, il faut commencer dès le départ ; ma maman était  politique, elle était présidente des femmes, donc j’étais souvent avec elle, depuis toute petite, je sais un peu comment ça se passe. Donc j’ai vu que c’est  par décision politique que la défunte compagnie Air Arique a disparu. Et si tu vois l’effort qu’à l’époque on a eu à faire et moi particulièrement derrière les chefs d’Etat, dans tous les sommets ! J’ai vu que rien ne peut faire avancer les choses si ce n’est pas la politique. Parce que c’est une décision politique qui a fait disparaitre ce bijou-là après  40 ans d’existence et vous avez vu que depuis que Air Afrique a disparu, tout de suite la France s’est mise avec d’autres pour faire des coalitions ; donc ils ont imité ce à quoi nous les Africains  on a pensé il y a 40 ans ; après on s’est dit non, nous on n’est pas bons, on n’a pas  bien réfléchi ; maintenant les Américains…

 Vous êtes nostalgique ?

Mme H : Très nostalgique et c’est ce qui nous m’a poussé à faire de la politique ! En me disant que puisque c’est les politiques qui décident des stratégies et décisions, moi aussi je vais aller là-bas pour que mon mot compte, parce que en tant que syndicaliste, j’ai fait un combat de titan, je ne dormais pas, vous m’avez vue dans les marches, je recevais des gaz lacrymogènes, je continuais malgré tout. AIR-AFRIQUE a disparu parce que je n’étais que syndicaliste, je n’étais pas politique. Peut-être que si j’étais politique, j’aurais influencé les politiques pour qu’ils ne fassent pas disparaitre ce bijou là, qui appartenait à l’Afrique.

 Aujourd’hui, députée, vous comptez allez jusqu’où ?

Mme H : Pour l’instant, je suis députée, c’est tout. J’ai pu faire beaucoup de choses en tant que députée ; le reste, on verra.  On parle d’abord du Mali qui est dans un état de déconfiture, comme vous le voyez ; et puis, après, on verra ! Pour l’instant en tout cas, je suis députée et je compte rester députée pour combattre un certain nombre de choses.

 : Merci Mme Haidara !