Ibrahima Abba Kantao, Président de Ganda-Izo: «Avant la chute de Gao, l’armée utilisait nos combattants»

Dans cet entretien, le président du Mouvement , Ibrahima Abba Kantao, revient sur la guerre au Nord du Mali et les évènements qui ont conduit à celle-ci. Il se dit surpris par l’attitude des autorités de notre pays vis-à-vis des mouvements d’autodéfense, car, bien avant la chute  de la ville de Gao entre les mains des terroristes, l’armée utilisait les combattants de  Ganda-Izo.

D’emblée, Kantao a invité les Maliens et leurs autorités à s’interroger sur les raisons de la création des mouvements d’autodéfense. Selon lui, ils sont nés dans un climat d’insécurité généralisé dans le Septentrion malien, avec l’abandon du Nord par l’Etat, du fait des accords signés avec les rebelles. «Cette fois-ci, les rebelles se sont fait accompagner par les islamistes du MUJAO, d’AQMI, de Boko Haram et autres narcotrafiquants. C’est dans cette situation que Ganda-Izo a été créé en 2008, par feu Amadou Diallo, pour faire face à l’insécurité des populations et de leurs biens», a-t-il déclaré. Avant d’ajouter qu’à l’époque les bandits armés venaient enlever le bétail des éleveurs.

Face à ce climat, les jeunes de ces localités ont décidé de s’organiser pour assurer la protection de leurs populations. Pour le Président de Ganda-Izo, cette façon de faire ne plaisait pas au régime d’ATT. C’est pour cette raison que le défunt Chef d’Etat Major, Amadou Diallo, a fait l’objet de beaucoup d’arrestations pour l’empêcher d’accomplir cette mission. Par la suite, poursuit le Président, l’armée malienne a fini par collaborer avec les mouvements d’autodéfense.

«Avant la chute de Gao, l’armée utilisait nos combattants. Le jour où Gao a été prise, les éléments de Ganda-Izo ont été les derniers à quitter la ville. Ce sont eux qui  se battaient, parce qu’ils avaient la connaissance du terrain. Je comprends qu’on ne veuille pas les mettre au devant, mais je pense que l’armée ne peut pas continuer sans eux, ne serait-ce que pour la réussite de la libération des régions occupées. Ils connaissent les hommes, les territoires, qui a fait quoi et qui n’a rien fait. Un chef de village ne peut pas dénoncer ses fils. Ces jeunes, pour la plupart, ne veulent pas entrer dans l’armée. Tout ce qu’ils veulent c’est libérer leurs terroirs. Pour eux, c’est une mission d’honneur», a-t-il martelé.

Le Président Kantao ne doute pas un instant de la volonté de ces jeunes d’aller se battre. Pour la simple raison que cela fait plus de 9 mois qu’ils sont cantonnés à Sévaré, dans les conditions difficiles. D’où son étonnement qu’on ne veuille pas les mettre en selle, alors que certains de ces combattants sont dans les villes et dans les villages repris. Avec la dispersion des islamistes tout au long du fleuve, suite aux frappes aériennes, les éléments de Ganda-Izo et des autres mouvements peuvent être mis à profit pour faciliter leur identification. «Nos troupes peuvent aller traquer ces gens là, c’est la seule alternative», a-t-il dit. Le Président de Ganda-Izo reconnaît aussi que l’après guerre va être compliquée, en raison de la crise qui a affecté toutes les couches sociales.

Pour préparer le retour de ses combattants dans leurs localités d’origine, Ibrahima Abba Kantao annonce une session de formation et de recyclage à l’intention des troupes pour les initier au respect des règles des droits de l’homme. Cette formation sera assurée avec l’appui de la Croix Rouge et des organisations de défense des droits de l’homme.

Youssouf Diallo