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Hôtellerie : sécuriser pour survivre

« En avril-mai, c’était la panique dans le secteur. Les chambres étaient vides et les professionnels ne savaient plus à quel saint se vouer ». Celui qui s’exprime ainsi, hôtelier de son état, ne se risque pas à rêver de lendemains meilleurs.

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« En ce moment, ça va un peu. Mais, dès la fin des vacances, la période de vaches maigres va recommencer », prédit-il, amer. La situation du secteur de l’hôtellerie et de la restauration du Mali est en effet dans le creux de la vague, et cela depuis bientôt 8 ans. Et la recrudescence de l’insécurité depuis la crise de 2012 a fini par plomber les efforts de survie des acteurs. Aujourd’hui, « c’est la sinistrose », conclut notre interlocuteur, qui a préféré rester anonyme. Son sentiment est largement partagé, non seulement par les autres professionnels, mais aussi par les responsables politiques et techniques. Tous tentent de faire face et de sauver une industrie qui, malgré son énorme potentiel, doit se battre pour survivre. Avec comme enjeu principal de ce combat, la question de la sécurité.

« C’est dur » Ils semblent s’être tous passé le mot, qui semble d’ailleurs faible pour décrire l’ampleur des dégâts. Selon un rapport de la Direction nationale du tourisme et de l’hôtellerie (DNTH) sur les conséquences des problèmes sécuritaires sur le secteur, les acteurs traversent une crise sans précédent.

« Il y a près de 80% des établissements qui sont en crise. Sur Bamako, il y a déjà des hôtels en cessation de paiement. Certains ont mis leur personnel au chômage technique et il y a quatre établissements au moins que leurs promoteurs s’apprêtent à mettre sur le marché », explique Sidi Kéïta, le directeur national. Certains établissements reçoivent à peine 10 clients par jour pour un effectif de 190 lits. « Impossible de s’en sortir ! », déplore un responsable syndical, qui craint déjà pour les quelques 200 employés de son établissement. Au total, toujours selon le rapport de la DNTH, le nombre d’emplois directs dans le secteur du tourisme est passé de 8 555 en 2008 à 2 214 en 2015, soit une baisse de 86%.

Baisse drastique Alors que l’industrie touristique contribuait à faire tourner l’économie de régions entières (Mopti, Gao et Tombouctou) et fournissait de nombreux emplois à Bamako, l’arrêt de la fréquentation de notre pays par les touristes étrangers a eu des conséquences funestes sur le secteur. A l’intérieur, la fréquentation est réduite à néant, en tout cas pour ce qui concerne la clientèle étrangère. « Les nuitées hôtelières payées par la clientèle internationale sont passées de 448 091 en 2009 à 57 154 en 2015 », poursuit le document de la DNTH. Une baisse drastique qui a précipité la faillite des entreprises de l’intérieur et mis en grande difficulté celles de Bamako (plus de 70% du parc hôtelier de Mali). Les difficultés auxquelles font face les établissements d’hébergement (839 unités) et de restauration (316) depuis 2011 ont pour noms baisse des recettes, retard dans le paiement des factures et des salaires, voire situations de redressement fiscal.

La raison principale de cet état de fait est la situation sécuritaire que vit le pays, avec les menaces terroristes et leurs manifestations qu’ont été les attaques contre restaurants et hôtels de Bamako et de l’intérieur. La dernière en date, au Campement Kangaba, situé en périphérie de Bamako, le 18 juin 2017, a fait 4 morts.

Et même si, 41 jours plus tard, l’établissement a rouvert à l’occasion d’un évènement marquant les 100 jours de fonction du Premier ministre malien, Abdoulaye Idrissa Maïga, la prise de conscience a été douloureuse. « Les clients reviennent. L’avenir de l’établissement dépend maintenant de la sécurité » déclarait un responsable de la structure. « On a entrepris des travaux. On commence à mettre en œuvre la sécurité sur le parking, les murs. On a besoin que les gens nous fassent confiance » plaidait Marianne Montaut, co-promotrice du Campement, à cette occasion.

Les installations spécifiques, l’hôtel Massaley les a installées dès le lendemain de l’attaque du Radisson Blu de Bamako, en novembre 2015. Djibril Alhassane Traoré, le manager, s’en réjouit aujourd’hui. « Le dispositif qui a été mis en place a permis de récupérer une clientèle qui commençait à partir. Une clôture a été installée, des éléments de la garde nationale ont été mis en place et, enfin, un système de vidéo-surveillance fonctionne. De plus, nous sommes situés à côté du camp militaire de l’EUTM et cela est un argument de poids pour nous. Nous pouvons dire que nous sommes mieux sécurisés que plusieurs autres établissements de Bamako », ajoute-t-il.

« La question de la sécurité est un argument commercial majeur aujourd’hui », confirme Souana Nodjitan, directeur de l’Hôtel Onomo de Bamako. Inauguré en mai 2015, l’un des derniers nés des établissements de la capitale a intégré dès sa construction les paramètres sécuritaires. « L’architecture du bâtiment a été pensée en conséquence. Il y a eu des aménagements spécifiques dès le départ », explique-t-il. « Depuis, la situation a évolué, surtout après l’attaque du Radisson. Les hôteliers se sont retrouvés dans une situation d’impréparation, parce qu’on ne s’attendait pas à ce que les djihadistes nous frappent en plein cœur de la ville. On a géré comme on pouvait, pour parer au plus urgent. Et après des choses ont été mises en place pour pouvoir sécuriser ».

Gros budget « On a beaucoup dépensé pour mettre en place le scanner, le sas, et mettre en œuvre le dispositif conseillé par la société française Anticipe, qui conseille les hôtels du groupe Onomo sur cet aspect. Bamako semble être un vrai enjeu pour le groupe, c’est pourquoi nous avons déployé d’énormes moyens pour assurer la sécurité », poursuit Monsieur Nodjitan. Un autre poste de dépense : les frais d’« abonnement », pour bénéficier de la protection des éléments de la Garde nationale, déployés par le ministère de la Sécurité intérieure. « Nous payons 60 000 francs CFA par élément et par mois, sans compter un autre montant pour un responsable qui est censé faire le suivi et que nous n’avons jamais vu jusqu’ici », confie un autre responsable d’hôtel, qui déplore en outre que les agents ne soient « pas formés, pas équipés. Chez nous, c’est deux personnes, un fusil. Un fusil qui est d’ailleurs généralement posé à côté, tandis que l’élément s’occupe d’autre chose, quand il ne dort pas, tout simplement. Ils ne sont pas du tout formés. Et ils ne respectent pas les consignes qui leur sont données. Ils ne comprennent pas que l’activité hôtelière est spécifique ».

« On met plus d’argent aujourd’hui dans la sécurité que dans les salaires. Ce n’est pas tenable pour les structures, dont la plupart se débattent pour survivre », ajoute notre directeur d’hôtel. A l’hôtel Onomo, ce montant se chiffre en effet à plusieurs millions de francs CFA par mois, sans compter les agents des sociétés de sécurité privée qui, eux, officient à l’intérieur pour le contrôle. « Intenable ! »

Au ministère de l’Artisanat et du Tourisme, on est bien conscient que la situation actuelle est difficile à tenir. « Pour l’instant, il n’y a pas de dispositif prévu pour un déploiement sans coût. Mais nous étudions toutes ces questions, parce qu’il y a des préalables. Par exemple, il y a des aménagements à faire pour recevoir correctement les équipes et certains établissements n’en sont pas dotés.

Nous n’avons pas non plus l’effectif pour répondre aux demandes des hôteliers sur toute l’étendue du territoire. Ce sont des questions récurrentes, alors nous avons engagé des discussions avec la Direction générale de la police nationale et il y a des pistes pour que le travail se fasse à la satisfaction de tous, car tout le monde est conscient qu’il faut sécuriser ces infrastructures », explique Sidi Kéïta.

L’arrivée à Bamako ce 4 août du secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) nourrit l’espoir du directeur national. Taleb Rifai vient manifester la solidarité de l’OMT aux acteurs touristiques maliens. « Il sera notre porte-voix auprès des partenaires pour faire le plaidoyer pour notre secteur auprès des plus hautes autorités. C’est une bonne perspective pour nous ». D’autant que malgré un contexte difficile, l’espoir reste de mise : l’hôtel Sheraton et le Laïco Afriqiyah, deux structures cinq étoiles, devraient ouvrir leurs portes avant la fin de l’année pendant que l’hôtel Salam, fleuron du groupe Azalaï, après avoir augmenté sa capacité d’accueil avec la construction d’une nouvelle aile début 2017, fait peau neuve avec une nouvelle piscine, des salles de conférence supplémentaires, un restaurant gastronomique et un accueil rénové.

 

Source: journaldumali

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