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Hommages de la nation à un ancien président : À ATT la gloire, à IBK les regrets !

Les obsèques nationales de feu l’Ancien président ATT, que le peuple malien a célébrées avec solennité et sincérité, ont été une occasion d’hommages à un homme qui a tout donné à son pays. A entendre les uns et les autres débiter des témoignages sur  ATT, notamment sur l’homme et le chef d’Etat, on se demande alors pourquoi cet acharnement sur lui il y a si peu de temps, surtout de la part d’un IBK qui doit certainement se demander si lui a aussi bien travaillé pour mériter un tel élan de sympathie nationale ?

Jamais les Maliens n’oublieront le coup d’Etat débile de 2012, à seulement deux mois de la fin du second mandat de feu le président ATT à qui la Nation entière vient de rendre un vibrant hommage. C’est comme si le Mali entier, debout comme un seul homme, demandait pardon d’avoir été auteur, complice actif ou passif de l’humiliation qu’on a tenté de faire subir – à tort – à l’Homme du 26 mars.

Pourtant, en son temps, le Général ATT pouvait faire de la résistance et contrer le coup d’état. Il en avait les moyens et l’opportunité, puisque dès le matin de ce jour noir pour le Mali, tout le monde savait ce qui se tramait. Mais jusqu’aux derniers instants de l’attaque du palais de Koulouba où on a essayé d’attenter à sa vie, ATT refusait de lever le plus petit doigt, se gardant de faire du mal à un Malien, fût-il un soldat mutin et putschiste.

Ce jour-là, le Général ATT avait d’ailleurs repoussé l’aide proposée par des chefs d’Etat africains décidés à lui donner un coup de main pour maîtriser la situation. Mais le Général déclinait, en martelant : “C’est une affaire entre Maliens et jamais je ne tirerai sur un soldat malien pour garder le pouvoir donc je n’accepterai, qu’à mon nom, on fasse quoi que ce soit contre le Mali”. Il faut avoir une immense grandeur d’âme pour réagir ainsi dans pareilles circonstances car on a vu agir d’autres, avant et après lui. En effet, pour moins que cela, c’est la panique mue par la hantise de la perte de leur pouvoir et ils usent et abusent de la répression, massacrant même s’il le faut des populations civiles pour défendre leur pouvoir.

Dans cet ordre d’idées, comment ne pas citer le cas récent de l’Ancien Président IBK, d’ailleurs connu pour son penchant répressif depuis qu’il était Premier ministre de l’Ancien Président Alpha Oumar Konaré. IBK Premier ministre, tout le monde était passé à tabac : élèves et étudiants, chefs religieux, responsables de l’opposition, et tutti quanti.

L’on se rappelle bien que, tout récemment, sous IBK, la marche de l’opposition a été réprimée et les chefs de partis traqués jusque dans le siège de l’Adp-Maliba où certains d’entre eux s’étaient retranchés. Ce local, ce jour-là, fut inondé par une pluie de gaz lacrymogènes et il se dit même que des balles réelles avaient été utilisées, attestées par les douilles ramassées sur place et exhibées en public.

Plus récemment encore, sous le magistère du même Président IBK, une marche du M5-Rfp s’est terminée par un bain de sang, après une attaque barbare de forces armées et cagoulées, jusqu’au domicile de l’Imam Mahmoud Dicko à Badalabougou. Le bilan très lourd de cette intervention, plus de dix morts, nécessite des enquêtes et poursuites judiciaires contre leurs auteurs et commanditaires. La justice est toujours attendue sur ce dossier.

C’est dire que le Mali tout entier a bien raison de rendre un hommage national grandiose au Général ATT dont le nom reste gravé à jamais dans les annales de l’histoire du Mali, accompagné de qualificatifs infinis : le Bâtisseur, le Grand Rassembleur, le Grand Patriote, le Soldat du développement, l’Homme du Consensus, le Soldat de la Paix…L’échec du président IBK a fait regretter le départ d’ATT et puisque la comparaison n’est possible que lorsqu’on peut au moins compter jusqu’à deux…

IBK aura-t-il autant marqué les Maliens ?

Comme il serait donc intéressant d’avoir les images de l’Ancien Président IBK en train de suivre à la télévision tout ce qui se fait et se dit au nom de l’hommage national à ATT. On ne tarit pas d’éloges envers le défunt Général qui est désormais au Panthéon du Mali. Mais, en réalité, cette question est en filigrane : IBK aura-t-il autant marqué les Maliens pour avoir été Premier ministre, Président de l’Assemblée nationale et président de la République ? Ce parcours, aucun de ceux qui ont eu à présider aux destinées du Mali ne peut s’en prévaloir, mais c’est dommage de remarquer que l’intéressé est celui, parmi tous les chefs d’Etat que le Mali a connus, qui a le moins marqué l’histoire du Mali par ses œuvres. Par contre, l’on se souviendra de lui comme le chef de l’Etat du Mali le plus budgétivore et dont la famille s’est le plus impliquée, pas toujours positivement, dans la gestion du pays.

On ne peut d’ailleurs comparer IBK à ATT. Mais si l’on parle du Châtelain de Sébénikoro au moment où l’on pleure ATT, c’est bien parce que les témoignages éloquents sur ATT – sans aucune démagogie car ce sont les cœurs qui parlent – divorcent d’avec l’image qu’IBK a voulu donner du président ATT, sur lequel il s’est acharné, allant jusqu’à mettre sur pied la Haute cour de justice, afin qu’elle puisse juger ATT pour “Haute trahison”. Ceci, après avoir arraché à ATT la maison où il avait prévu de loger en tant qu’Ancien Président.

Après le rapport de la commission d’enquête parlementaire qui n’a pu asseoir l’accusation portée contre ATT et l’a donc blanchi, IBK pouvait gagner en grandeur, en profitant de l’occasion pour se racheter et réhabiliter le président ATT ! Quelle énorme marque IBK allait laisser dans l’histoire du Mali en prenant le soin, lui-même, de faire rentrer ATT de son exil du Sénégal pour lui dérouler le tapis rouge, au nom de la réconciliation des Maliens ! Mais que nenni ! IBK se contentait de dire, à chaque fois qu’il était sollicité pour le retour du Général ATT au Mali, qu’il ne pouvait garantir sa sécurité. Le devoir d’un chef d’Etat étant d’assurer la sécurité de tous les citoyens, n’était-ce pas d’ailleurs une grosse erreur que de répondre ainsi ?

L’histoire est le meilleur juge

Plus grave ! Associer le terme ” Haute trahison ” au nom de l’Ancien président ATT est ce qu’il y a de plus impardonnable de la part de beaucoup de Maliens. C’est pourquoi, au moment de lui rendre un hommage posthume, beaucoup ruminent leur colère pour ceux qui ont osé agir ainsi. Heureusement que l’histoire, qui est le meilleur juge, est en train de dévoiler sa sentence car si ATT est aujourd’hui au Panthéon, IBK se cherche, en attendant une éventuelle comparution devant la Haute cour de justice qu’il l’a lui-même activée. En effet, des griefs pour chercher à le faire juger, comme il l’a tenté de le faire à ATT, cela ne manque pas.

N’ayons pas peur des mots. C’est une comme si l’Ancien Président IBK vouait une haine viscérale au Général ATT. Ce qui, d’ailleurs, l’a conduit à dire non à des homologues de la sous-région qui lui proposaient de désigner ATT comme Médiateur au centre du Mali, quelques semaines après son retour d’exil de Dakar, préférant détourner l’idée de ses pairs de la sous-région pour agir autrement. En effet, en lieu et place du Général ATT, IBK a préféré nommer son ami de toujours, Pr Dioncounda Traoré, comme Médiateur en chef au centre du Mali.

Il faut aussi noter que plusieurs personnalités du landerneau politique ou de la société civile et de hauts dignitaires religieux ont fâché IBK parce que, tout simplement, ils ont rendu visite à ATT à Dakar. C’est le cas d’un grand imam très populaire au Mali, parti célébrer le mariage de son ami opérateur économique qui a pris femme au Sénégal. Le guide religieux en avait profité pour rendre une visite de courtoisie à ATT à Dakar. Colère noire du président IBK qui ne lui a pas pardonné ce geste pourtant très humain. Depuis ce jour-là, c’est la guerre entre les deux personnalités et au finish, IBK est loin d’en sortir vainqueur.

Rappelons qu’en Afrique, la mort d’une personne tait les rancœurs et rapproche les gens pour compatir ensemble à la douleur. IBK, malheureusement, a perdu une bonne occasion de le faire en se distinguant par son absence et son silence assourdissant lors des obsèques grandioses ponctuées d’un hommage national en la mémoire de son bienfaiteur, ATT, dont les bonnes œuvres resteront gravées à jamais dans la mémoire collective.

Pendant tout le temps qu’il était le chef de l’Etat, IBK pouvait se souvenir, au moins, que lorsqu’il traversait le désert, après avoir quitté le poste de président de l’Assemblée nationale, ATT ne l’avait pas laissé tomber et pensait à le soutenir car les intermédiaires et envoyés d’ATT sont toujours vivants et d’autres dans l’entourage de feu l’Ancien président de la République en savent beaucoup, mais par discrétion et respect aux principes de feu leur mentor, ils préfèrent garder le silence et laisser le temps faire le reste.

Complètement isolé du peuple IBK n’en connaissait ni les souffrances ni les besoins réels encore moins les aspirations

Dommage ! IBK est venu au pouvoir avec un grand soutien populaire car considéré comme l’homme de la situation, seul en mesure de répondre aux aspirations des Maliens. Mais très vite, ces atouts ont été gâchés par une gestion clanique, disons familiale du pouvoir. Complètement isolé du peuple dont il ne connaissait ni les souffrances ni les besoins réels encore moins les aspirations, IBK était tout simplement déconnecté, laissant le pays à un groupuscule qui se croyaient fils de Dieu sur terre.

Après tout ce qu’il vient de voir et d’entendre à l’occasion des obsèques nationales du Président ATT, il ne restera à IBK que le regret de n’avoir pas manqué de fort belle manière l’histoire du Mali, alors que les occasions n’ont pas manqué. Bien au contraire !

  A.B.N.

Source: Aujourdhui-Mali

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