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Gestion de la crise du nord : Un flou entretenu

Dioncounda Traoré à Niamey, Cheick Modibo Diarra à N’Djaména, Tiéman Coulibaly à Ouagadougou. A quoi rime ce cirque diplomatique quand on sait que, contrairement à la Cédéao et à la France, les Etats-unis et l’Onu ne sont pas partants pour une intervention militaire imminente dans le nord du Mali ?

 

Le président par interim du Mali, Dioncounda Traoré,

Il y a quelques jours, le président de la République était en visite à Niamey où il a longtemps palabré avec son homologue nigérien, Mahamadou Issoufou. Là, Dioncounda Traoré, tout en remontant le moral des troupes du colonel-major Aladji Gamou réfugiées non loin de la capitale nigérienne, a prôné les négociations avec les «Maliens». Mais il n’exclut pas une intervention bien avant septembre, avec le concours des «vrais amis du Mali», contrairement au secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-Moon et de son représentant au Mali, Romano Prodi, affirmant que le concept de la Cédéao ne pourrait être opérationnel avant le mois d’octobre.

Quelques heures plus tard, le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale se rend à Ouagadougou où, sous l’égide du médiateur de la Cédéao dans la crise malienne, il se réunit avec le mouvement indépendantiste et sécessionniste, Mnla (Mouvement national pour la libération de l’Azawad) et le groupe terroriste et islamiste, Ansar Eddine. Aux dires de Tiéman Couibaly, il s’agit de poser les jalons d’un dialogue entre Maliens. Pendant que dans certains milieux on se demande qui a mandaté le chef de la diplomatie malienne, le Premier ministre débarque du Tchad et réaffirme sa ferme volonté de tout mettre en œuvre pour le recouvrement total du territoire et la restauration de l’unité nationale.

Sur le plan international, pendant que l’Onu semble désapprouver un plan d’intervention imminente, la Cédéao, par la voix de son président en exercice, Alassane Dramane Ouattara, prêche pour l’urgence d’une guerre de libération du nord du Mali. Que faut-il comprendre de tout cet activisme discordant ? Que doit-on attendre de tout ce flou sémantique autour de notions comme négociation, dialogue, urgence, retenue ? Il semble que les uns et les autres ne sont pas sur la même longueur d’ondes.

D’abord, les autorités maliennes ont tout faux. Elles parlent de négociation et de dialogue, alors que dans le même temps, elles affirment, tout comme certains Etats, que la partition du territoire et l’imposition de la charia, volonté du Mnla et d’Ansar Eddine, sont impossibles à réaliser dans un Mali un, indivisible et laïc. Pour préserver cela, ils font appel à des pays amis dont les militaires sont aguerris et expérimentés dans la guerre du désert. Par cela, elles donnent l’impression que la guerre est nécessaire avec les groupes armés qui occupent le nord. A l’exclusion des groupes constitués de Maliens. Tout cela est bien beau, mais alors pourquoi envoyer un ministre des Affaires étrangères dialoguer avec Ansar Eddine et le Mnla ? N’est-ce pas une manière de reconnaitre que ceux qui se réclament de l’Azawad ne sont pas des Maliens, mais des Azawadiens (si tant est-il que cette nationalité existe) ? De reconnaitre que ceux qui veulent appliquer la charia ne sont plus de nationalité malienne parce qu’agissant contrairement à la Constitution qui garantit la laïcité de l’Etat ? C’est tout comme parce que le ministre des Affaires étrangères, comme son nom l’indique, est censé représenter le Mali à l’extérieur, auprès d’autres Etats.

Or, à Ouagadougou, ses interlocuteurs sont bel et bien des Maliens. Les éléments d’Ansar Eddine et du Mnla, pour beaucoup, ont été à l’école malienne, ont été formés dans les centres d’instruction des forces armées et de sécurité, ont été dotés par le gouvernement malien, ont été intégrés dans l’administration malienne, ont siégé à l’Assemblée nationale du Mali. C’est vrai qu’il y a nécessité de dialoguer et de négocier et Tiéman Coulibaly est en effet l’homme de la situation parce que c’est avec les autorités burkinabés et seulement avec celles-ci qu’il doit dialoguer et négocier. Mais pas seul. En effet, le ministre des Affaires étrangères, dans sa plaidoirie auprès du médiateur de la Cédéao dans le dossier malien doit forcément se faire accompagner du ministre de la Justice et de son homologue en charge de la Sécurité intérieure. Le ministre de la Justice, Malick Coulibaly, devrait être muni d’un mandat d’arrêt international pour chacun des criminels qui ont trouvé un complaisant et protecteur refuge au Burkina Faso. Le ministre de la Sécurité intérieure, Tiéfing Konaté, devrait pouvoir étayer les faits qui sont reprochés aux éléments du Mnla et d’Ansar Eddine. Tout cela afin d’obtenir de la Justice burkinabé leur extradition. A part avec les autorités burkinabés, point de dialogue et de négociation. A moins que les autorités maliennes, elles-aussi, n’aient en vue une absolution des criminels de guerre, des criminels contre l’humanité. Une seconde trahison des populations du nord et de l’armée nationale.

Cheick Tandina

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