Suivez-nous sur Facebook pour ne rien rater de l'actualité malienne

Front contre le référendum constitutionnel: j’ai mal à mon pays

Des pyromanes habillés en pompiers cherchent à transformer le projet de révision de la Constitution en une danse macabre autour du scalp présidentiel, comme si le referendum avait pour objectif la réélection d’IBK. Le Président du Mali n’a besoin d’aucun pouvoir supplémentaire parce que la Constitution de 1992 lui en donne suffisamment. Alors, que cache-t-on et surtout, pourquoi une messe noire pour si peu ?

drapeau mali vert jaune or rouge couleur flotte

LE PRÉSIDENT DU MALI N’A BESOIN D’AUCUN POUVOIR SUPPLÉMENTAIRE
Le régime politique malien est en fait de type présidentiel car la Constitution de 1992 donne au président de la république des pouvoirs importants qui font de lui la clé de voûte du système institutionnel. Ces pouvoirs résultent du Titre III de la Constitution et pas moins de dix articles leur sont consacrés. Ainsi, le président du Mali est le chef de l’Etat, le gardien de la Constitution, le garant de l’indépendance nationale, du respect des Traités et Accords internationaux ; il incarne l’unité nationale, veille au fonctionnement régulier des pouvoirs publics, assure la continuité de l’Etat (article 29). Il nomme le Premier Ministre et met fin à ses fonctions (article 38). Il peut prononcer la dissolution de l’Assemblée Nationale (article 42). Il est le chef suprême des armées (article 44). Il est le président du Conseil Supérieur de la Magistrature, exerce le droit de grâce, propose les lois d’amnistie (article 45). Il nomme aux emplois civils et militaires supérieurs (article 46). Les membres de la Cour Suprême sont nommés par Décret pris en Conseil des Ministres (article 47). Il accrédite les Ambassadeurs et Envoyés Extraordinaires (article 48). Il décrète l’état d’urgence (article 49). Mieux, l’article 50 lui accorde des pouvoirs exceptionnels en cas de menace grave sur les institutions de la république, l’indépendance de la nation, l’intégrité du territoire national. Que lui reste-t-il à conquérir ? Presque rien et cela a été voulu par les constituants de 1992 dont la plupart sont toujours vivants, assez nombreux y compris dans les rangs de l’opposition actuelle. Le brave peuple malien a compté pour peu dans la conception de ce bébé dont on lui attribue pourtant la paternité.
Après que la Cour Constitutionnelle eut clairement tranché la question de la tenue du referendum (article 118), deux dispositions du projet de révision sont au centre de la polémique : la nomination du tiers des Sénateurs et celle du président de la Cour Constitutionnelle. Dans la Constitution de 1992, le président de la Cour Constitutionnelle est élu par ses pairs (article 92), mais peut-on imaginer qu’il puisse être désigné contre le gré du président de la république, alors que sur les 9 membres qui la composent, trois sont désignés par lui, trois par le président de l’Assemblée Nationale et les trois autres par le Conseil Supérieur de la Magistrature dont il est le président ? La vérité, c’est que les pouvoirs du président sont tellement larges que les Maliens sont condamnés à élire à la magistrature suprême une personne dont ils sont convaincus qu’elle se conduira en bon père de famille. La nomination du tiers des Sénateurs devrait permettre au président se conduisant en bon père de famille, de faire participer au débat public certains sages et technocrates dont l’apport pourrait s’avérer nécessaire. Enfin, c’est la loi organique qui précisera aussi bien pour les Sénateurs que pour le président de la Cour Constitutionnelle leur mode de nomination qui pourrait intervenir sur proposition. Qu’est ce qui fait donc courir l’opposition, au point qu’elle veuille maintenant enjamber une décision de la Cour Constitutionnelle, une décision insusceptible de recours et s’imposant à tous ?

MARS 1991 EST L’ŒUVRE DE TOUT LE PEUPLE MALIEN ET AUCUN GROUPE NE SAURAIT S’EN APPROPRIER LE MÉRITE
Certains citoyens de ce pays se sont convaincus que mars 1991 a créé à leur profit une citoyenneté supérieure à celle des autres. De ce fait, ils s’arrogent le droit de parler au nom du peuple malien, un peuple depuis longtemps trahi sur l’autel des intérêts partisans. L’éloignement des honneurs et autres prébendes leur est totalement insupportable. C’est pourquoi, à leurs yeux IBK doit partir avant 2018 car, malgré les difficultés, l’homme engrange le bénéfice de ses actions au plan national et surtout au plan international. Alors, pourquoi courir le risque d’aller l’affronter à la régulière dans ces conditions ? L’opposition politique a réussi à rallier à sa cause non pas le parti ADEMA mais l’entité ADEMA – Association dont les principaux ténors sont au front pour ressusciter l’esprit de mars 1991. Le projet de révision de la Constitution leur semble l’occasion rêvée pour cristalliser les passions. Très peu de Maliens l’ont lu, mais est-ce important puisque la rumeur et la médisance sont des armes redoutables qu’on sait manier ? Il est peut-être temps de solder enfin les comptes dans ce Mali défiguré justement par la faute de politiciens incompétents et corrompus abonnés aux chantages et autres trafics d’influence, qui n’ont d’autres perspectives que la gestion des transitions politiques.
Il serait irresponsable de dire que tout va bien mais il serait tout aussi criminel de suivre ou d’encourager les tenants de la déstabilisation du pays. Le problème de fond aujourd’hui résulte des choix qui n’ont pas encore abouti à l’installation effective des autorités intérimaires et au retour de l’Administration dans le nord. Ne doit-on pas changer de stratégie en impliquant toutes les composantes de l’Etat, car seul le Gouvernement est visible sur le terrain alors que le rôle de la représentation nationale (Parlement, Haut Conseil des Collectivités, Conseil Economique, Social et Culturel) et celui de la société civile sont déterminants dans la phase actuelle du processus ? Les prophètes de malheur (dont certains reviennent d’entre les morts) ont exercé de hautes charges dans ce pays, souvent dans l’antichambre même du pouvoir. Et c’est seulement maintenant qu’ils semblent se rendre compte que le Président de la République a trop de pouvoirs. Discrédités, ils veulent s’appuyer sur la capacité de mobilisation de la société civile, notamment les Jeunes dont les conditions de vie ne les préoccupent nullement. S’investissant à outrance dans la culture du chaos, ils battent le pavé et le rappel des troupes non pas pour servir la démocratie en allant voter mais pour rendre le pays ingouvernable. Les mêmes hier ont soumis ATT aux pires tortures avant de l’abandonner dans les conditions qu’on sait. Où étaient-ils quand Sanogo a suspendu leur « constitution écrite avec le sang des martyrs »? Triste tout cela !
Les Jeunes du Mali et les hommes politiques avertis gagneraient à rester vigilants car, celui qui est invité à la table du diable doit s’assurer que ses fourchettes sont suffisamment longues pour ne pas faire partie lui-même du menu. Le « prince des ténèbres » a mis en place une véritable sorcellerie à double puce. La première puce pour la désinformation et l’instrumentalisation des foules, la seconde pour porter le couteau sacrificiel. IBK est averti !

Mahamadou Camara

Email : [email protected]

Suivez-nous sur Facebook pour ne rien rater de l'actualité malienne
Ecoutez les radios du Mali sur vos mobiles et tablettes
ORTM en direct