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Fatoumata Maïga, présidente de l’ONG AFIP à propos du projet de loi contre les VBG : « Ceux qui s’opposent à cette loi défendent les idéaux de ceux qui ont violé les femmes lors de la crise du Nord… »

Communément appelée ‘’madame la paix’’,  Fatoumata Maïga est une brave dame dont les actions parlent d’elles-mêmes. Elle s’est engagée dans les mouvements associatifs juste après l’éclatement de la crise du Nord en 1991 à côté de ses grandes sœurs et tantes jusqu’à la flamme de la paix dans un mouvement appelé ‘’Mouvement des Femmes pour  la Sauvegarde de la Paix et de l’Unité Nationale’’. Avec les expériences acquises lors de ce combat, les plus jeunes membres de ce mouvement ont décidé de créer l’ONG AFIP (Association des Femmes pour les Initiatives de Paix) qu’elle dirige aujourd’hui. Dans le cadre de la célébration du 8 mars, nous l’avons rencontré pour vous. Elle nous explique ce qui a motivé la création de cette ONG et les actions qu’elle mène sur le terrain.

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Le Tjikan : Qu’est ce qui vous a  motivé dans la création de cette ONG?

Ce qui m’a motivé est que primo, je suis malienne et je ne peux pas être insensible à la crise sécuritaire dans mon pays. Secundo, je suis un enfant de la zone qui est le théâtre des opérations et je me suis retrouvée entre deux situations compliquées c’est-à-dire, d’un coté, l’administration et les éléments des forces de défense et de sécurité qui sont visées  qui sont mes frères, et aussi de l’autre coté,  les groupes rebelles qui sont eux aussi mes frères.

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées ?

Quand vous avez vos propres parents opposés aux uns et aux autres, c’est une difficulté. Très souvent, pour les amener à la raison, le dialogue n’est pas facile. Aussi, quand nous étions en train de faire ce travail, les gens autour de nous ne croyaient pas en nous, pensant que nous étions dans une aventure. Sans oublier le problème de ressources et l’accès difficile du terrain. Donc, tout cela ne nous a pas rendu la tâche facile. Mais pas impossible car pour nous, il fallait coûte que coûte gagner la paix et la stabilité.

Qu’est-ce qui explique la persistance de l’insécurité au Nord ?

Je pense que c’est la gestion des différents groupes dans le cadre de la mise en œuvre de l’accord qui crée le problème parce que certains ont été déclarés terroristes et d’autres ont eu l’intelligence de se retrouver dans d’autres groupes. Ces groupes qualifiés de terroristes étaient composés de peulhs,  de sonrhaïs de bambaras, entre autres.

Le groupe sédentaire noir du MUJAO qui  était composé par des blancs et des noirs  a été laissé au bord de la route. Pour moi, la faute incombe aux groupes d’auto-défense qui se retrouvent dans la mouvance et qui auraient pu faire comme leurs camarades arabes et touareg d’ansar dine qui se sont retrouvés au HCA et au MAA.

Que préconisez-vous comme solution ?

La prise en charge des sédentaires noirs qui étaient dans le MUJAO. Je  crois que ceux qui ont mis notre gouvernement dans cette situation le comprennent bien aujourd’hui parce que si on ne prend pas cette dimension en compte, on va rester très longtemps dans cette situation. Ce sont des groupes communautaires, qu’on le veuille ou non. Ce sont des alliances communautaires qui se mettent ensemble pour se positionner. Si on ne fait pas attention, on va se trouver dans un pays complètement en difficulté. Nous actrices de terrain, nous comprenons et nous pensons que c’est à partir de là qu’on pourra trouver une solution. Rien n’est perdu, nous pouvons rentrer en discussion avec ces différentes communautés qui sont aussi nos frères et sœurs.

8 mars oblige, quel est votre avis  par rapport au projet de loi contre les violences faites aux femmes ?

Pour moi, le Mali devrait avoir cette loi depuis fort longtemps. J’ai été scandalisée quand j’ai appris que le Mali n’avait pas une loi relative à la thématique.

Ce que les gens doivent comprendre, c’est que ça ne concerne pas que l’excision qui fait l’objet d’une polémique de la part de certains. Lors de la crise, les femmes du Nord ont été maltraitées et violées. Donc, ceux qui ont causé ce traumatisme doivent payer. Et s’opposer à cette loi, c’est comme défendre les idéaux de ces gens.

Les violences basées sur le genre doivent être un combat commun car ce qui est arrivé aux femmes des régions du Nord peut arriver à celles du Sud et du Centre aussi.

Depuis la récupération des régions du Nord, il n’y a pas eu un espace d’échanges et je ne crois pas que la conférence d’entente nationale va être un espace d’échange pour que les gens puissent se regarder dans les yeux et se dire la vérité. Ceux qui ont posé ces actes sont connus par tous et si on rencontre certains auteurs dans la ville de Bamako, c’est choquant.

Si nous pensons à tout cela, nous ne pouvons pas comprendre que certaines personnes s’agitent contre cette loi pour des raisons inavouées. Nous devons préserver les valeurs cultuelles de notre pays qui sont entre autres, la dignité et le respect de l’autre.

Des gens ont été blessés et n’ont pas eu l’occasion de se faire entendre. On n’avait pas besoin d’attendre la conférence d’entente nationale. Au lieu d’organiser des conférences par ci et par là à Bamako, ils auraient pu partir dans les zones de conflits pour savoir d’où viennent les problèmes. On aurait creusé beaucoup de pistes de solutions et pansé beaucoup de plaies. Ces diagnostics allaient servir de point de départ pour la conférence d’entente nationale.

Ce n’est pas bon non plus d’humilier ou de mettre à genou tout le temps son gouvernement. Mais cela est devenu une pratique dans notre pays. Je ne suis pas politicienne, j’aime bien mon pays mais pour la loi contre les violences basées pour le genre, c’est au prix de l’unité du pays que nous allons nous battre pour obtenir cette loi. Parce que nous n’allons pas accepter que ceux qui  violent  les droits des femmes et bafouent leur dignité restent impunis.

Il faut que la justice malienne fasse son travail, car j’estime qu’il n’y a pas une seule communauté au Mali qui ne respecte pas la femme et qui soit contre la protection des femmes. Je pense que c’est la population même qui devait réclamer cette loi et non se dresser contre elle. Et si j’entends à la radio des femmes dire qu’elles n’acceptent pas cette loi, c’est triste. Même si elles sont instrumentalisées par des hommes.

Que pensez-vous de l’état d’évolution  des droits des femmes au Mali ?

Les conditions des femmes ont évolué au Mali et la loi sur le quota en est une preuve palpable. On attendait cette loi depuis très longtemps. Et grâce à la volonté politique du président IBK et de son gouvernement, c’est devenu une réalité malgré les agitations de certaines personnes. Même si nous avons la Politique Nationale sur la Genre au Mali, l’application pose problème car les femmes ne représentent pas 10% dans le gouvernement. Pour moi, les textes sont là mais c’est l’application qui pose problème.

Des  projets ?

Notre combat est de ramener la paix et la stabilité dans notre pays. Aujourd’hui, le plus difficile est le combat contre  l’ennemi redoutable qu’est l’extrémisme violant. C’est une situation qui est en train d’emporter nos enfants, de ralentir notre développement voir miner notre devenir. Ce radicalisme dans la société ne touche pas seulement les hommes puisque beaucoup de femmes sont en train d’être instrumentalisées pour dire aux uns et aux autres que tout ce qu’ils font, c’est pour l’Islam. Le combat doit être mené auprès de ces femmes pour leur rappeler que la vie est sacrée et qu’ôter la vie de son prochain  va à l’encontre des principes de l’Islam.

Un appel à lancer ?

Je tiens d’abord à dire aux uns et aux autres d’aimer ce pays. Et il faut que les uns et les autres mettent leurs égos derrière et qu’ils s’impliquent pour le Mali car on ne peut pas aller à l’autonomisation sans cela. On ne peut pas diriger même une famille lorsqu’il y a l’instabilité. C’est pourquoi, il faut mettre la stabilité du pays au-devant de tout. Aussi, il faut que les femmes se ressaisissent et apprennent à être solidaires entre elles.

Evitons les jeux de fracture comme, les femmes du Nord, les femmes du Centre ou les femmes du Sud sinon, la nation sera fragilisée. Pour moi, nous sommes toujours dans une période intérimaire  de 2013 à nos jours et nous devons tous mener un combat commun pour la stabilité.

Propos recueillis par Moussa Sékou Diaby

 

Source: Tjikan

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