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Entre Mara et IBK, il n’y a qu’un pas…

…Qui ne sera probablement jamais franchi. On en est loin en tout cas. Aussi, commençons par le commencement.
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Contrairement à ATT, l’ancien Premier ministre d’IBK s’en sort plutôt mal dans le rapport de la Commission ad ’hoc de l’Assemblée nationale. Moussa Mara n’est pas encore poursuivi, loin de là d’ailleurs, mais à partir du moment où la Commission recommande à ce que la lumière soit faite sur les événements des 17 et 21 mai, il paraît désormais possible qu’une action judiciaire soit entreprise contre lui. Ce traitement un peu plus sévère à l’encontre de l’ancien Premier ministre est-il justifié ?

D’un certain point de vue, et de l’avis de ses détracteurs, Moussa Mara mériterait bien d’être poursuivi pour quelques raisons non dénuées de sens. La première est que l’ancien Premier ministre s’est toujours montré arrogant, lorsqu’il s’est agi d’aborder le sujet. Son manque de regret est si vivement exprimé qu’on se demande même s’il a des remords pour les nombreuses victimes que sa visite « forcée » a occasionnées. Une deuxième raison est que Moussa Mara n’a pas fait preuve du même courage qui l’avait amené à forcer les portes de Kidal, quand il s’est agi de s’assumer par la suite. En effet, il a préféré voir d’autres têtes tomber à sa place, alors que tout le monde savait pertinemment que le voyage lui avait été déconseillé par diverses instances. C’est ainsi que Soumeylou Boubèye Maïga a été sacrifié à sa place, par le président IBK (il fallait un coupable), pendant que Moussa Mara continuait de se délecter de ses gloires, jusque dans des mosquées qu’il fréquente habituellement. Ses déclarations ont été enregistrées et diffusées à souhait. Aussi, l’élégance aurait-elle voulu qu’il acceptât de payer les pots cassés de son acte.

Une troisième raison est que, si l’enquête a bien lieu, elle permettra, à défaut, de punir les responsables et autres coupables éventuels, de faire au moins la lumière sur tous les événements, afin d’en tirer tous les enseignements. Le peuple ne sera que mieux édifié, sa conscience moins tourmentée par le doute.

Un gros paradoxe tout de même : deux poids, deux mesures ?

Il ya certainement bien de choses qu’on peut reprocher à l’ancien Premier ministre dans cette affaire, pour autant cela paraît pour le moins paradoxal que l’ancien président de la République, ATT, soit blanchi. En effet, les deux personnalités sont concernées par la même crise, l’une sur un plan global (ATT) et Mara sur un cas particulier, en l’occurrence Kidal. Si Moussa Mara est accusé d’avoir, par son « entêtement politique », provoqué l’assassinat sauvage de nombreuses personnes (autorités administratives et civiles, militaires), d’avoir fait perdre le semblant de tutelle que Bamako avait théoriquement sur Kidal, que dire alors d’ATT ?

La Victime à la place du Bourreau ?

« C’est une horrible chose de conserver le bourreau après avoir ôté le confesseur », disait l’auteur (V.H.). En établissant un parallèle, nous nous rendons compte que Moussa Mara pourrait payer pour quelque chose dont l’ancien président, Amadou Toumani Touré, est pour le moins responsable. L’installation durable des terroristes, l’accueil doré réservé aux rebelles qui ont déclenché les hostilités (et qui sont aujourd’hui les privilégiés du régime d’IBK), le délabrement et la démotivation de l’armée, l’occupation des 2/3 du territoire (précipitée par le coup d’Etat que le même ATT n’a rien fait pour empêcher, qu’il a même laissé faire), le massacre d’Aguelhoc…, tout cela, c’est bien ATT qui en est au moins le responsable moral en tant que chef d’Etat, à défaut d’en être le coupable. A côté du massacre de Kidal, il y a celui d’Aguelhoc et bien d’autres perpétrés avant la chute d’ATT. A côté de la perte locale de Kidal, c’est tout l’effondrement du système, concrétisé par le putsch, suivi de l’occupation de plus des 2/3 du territoire national qu’il faudrait mettre sur le dos de l’ancien Président. Ce qui est arrivé avec Mara n’est que le résultat de l’inconséquence d’un régime. Le régime « post ATT » n’est qu’ « un régime victime » du chaos installé plus tôt. Si « bourreau » il doit y avoir dans l’affaire, ce serait plutôt ATT. Curieusement c’est ce dernier qui s’en sort, avec presque les honneurs des élus de la nation. Ou plutôt du Syndicat des politiciens. Il y a tout de même une petite différence qu’il nous semble utile de relever, c’est qu’ATT, contrairement à Mara, a su rester toujours humble durant tout son exil dakarois, à ce jour. C’est là un caractère fort beaucoup apprécié des Maliens, et cette sobriété n’est sûrement pas anodine dans les prises de positions en sa faveur.

Raison politique ?

On pourrait également voir dans le traitement du dossier de l’ancien Premier ministre une possible motivation politique. En effet, l’homme n’a jamais fait mystère de ses ambitions politiques. On sait aussi que 2018 approche et que Mara pourrait constituer un véritable obstacle pour le parti au pouvoir, qu’il arrive à battre jusque dans la propre commune du chef de l’Etat. On le sait de plus en plus proche d’un certain cercle religieux -dit extrémiste même-, qui aurait par le passé plutôt soutenu l’actuel chef de l’Etat. En d’autres termes, il devrait être en train de « pêcher » sur la plate-bande de l’ancien candidat victorieux à la présidentielle de 2012, Ibrahim Boubacar Keïta. En somme, il y a beaucoup d’indices qui pourraient amener le régime à vouloir intimider, tempérer dès maintenant les ardeurs d’un jeune adversaire un peu trop fougueux et ambitieux. Mais connaissant l’homme, il faudra sûrement beaucoup plus de muscles pour le ramollir. D’ailleurs, il y a peu de chance que l’enquête aille loin. Et pour cause.

IBK pourrait-il sortir indemne d’une éventuelle accusation de Mara ?

Sachant que le Premier ministre du Mali n’a aucunement les possibilités de déclencher une guerre, que Moussa Mara, avant d’entreprendre son voyage périlleux, en avait informé le président de la République, l’Assemblée nationale, le gouvernement, il est peu probable qu’il soit mis en accusation à l’issue de l’enquête recommandée par la Commission de l’AN. Tout le monde sait que le déclenchement des hostilités, le 21 mai, a été précédé d’une déclaration va-t-en guerre de l’ancien premier ministre. En d’autres termes, le président de la République, Chef suprême des armées, ne pouvait l’ignorer. Et si, de par sa position, l’ex-ministre de la Défense, Soumeylou B. M., ne pouvait stopper le PM, le chef de l’Etat qui, logiquement, ne pouvait ne pas être non plus au courant des mises en gardes faites à Mara, avait en revanche le pouvoir, mais aussi le devoir de l’en empêcher. Aussi, si Mara a failli, le Président aurait doublement failli : en raison de son pouvoir et de son devoir de prévenir un incident qui allait forcément à l’encontre des intérêts vitaux de la nation. Alors attention !

Sory Haidara

Source : Le Point

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