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Enquête sur la mort d’Ikaraï : la certitude d’une trahison

Les désaccords sont courants dans les organisations humaines, quelle que soit leur taille, leur fonction et leur but. Ainsi, qui n’a jamais été en désaccord (et l’a manifesté) avec un membre de sa famille, de son ethnie, un ami ou un collègue de travail ? Cette situation est normale et elle peut se produire chaque jour pour chacun d’entre nous. Cependant quand il s’agit de l’EIGS, on ne parle plus ni de désaccords, ni de dissensions. Les mots traitrise, trahison voire même assassinat sont plus adaptés. Les raisons en sont simples : argent, influence et pouvoir. Il ne s’agit que de ça.

Le 12 mai dernier à In Araban, à l’occasion de la fête de l’Aïd EL-FITR, un reportage photo a été réalisé par l’EIGS.  On y voit clairement plusieurs chefs connus de l’organisation. Ce jour-là, Elhussein ould CHOUAIB, plus connu sous les alias Abou DARDAR ou DADI est celui qui prêche. Apprenant cette information, un autre Qadi, Abou HOUZEIFA alias Igo se montre jaloux et médisant car il estime qu’il est en train de prendre sa place.

D’ailleurs, Abou DARDAR n’est pas un Qadi de l’EIGS à l’origine puisqu’il le rejoint lors de sa libération en 2020. Jusqu’à ce qu’il se rende en mai 2014, il appartenait au groupe Al Maurabitoune (ex. MUJAO) qui a fait allégeance à Al-Qaïda. Une preuve de plus démontrant qu’il ne voit que son propre intérêt puisqu’il va là où le vent est le plus favorable.

Autre fait, le 11 juin, Abou DARDAR est capturé par Barkhane alors qu’il circule à moto. Pourtant, cette arrestation est très étrange car, depuis sa libération en septembre 2020, il avait su échapper aux autorités maliennes ainsi qu’aux diverses armées. Protégé par l’EIGS, il est donc fort probable que quelqu’un l’ait dénoncé. Abou DARDAR l’a bien compris et a pu se montrer particulièrement bavard pendant les entretiens.

D’après plusieurs sources concordantes, il a immédiatement pensé à Abou HOUZEIFA ainsi qu’à Al Mahmoud Ag BAYE alias Ikaraï (ou Ikarey) puisque le 2 juin, une réunion s’est déroulée à In Araban pour « régler des problèmes ». Etaient présents, Ikaraï,  Oussami Modali, Abou DARDAR et enfin un des subordonnés d’Ikarai qui se fait appeler « Petit Chafory ». Il semble que ce rendez-vous n’a pas produit le résultat attendu.

Fait intéressant, le 15 juin, Ikaraï est tué lors d’une opération militaire. Immédiatement, au sein de l’EIGS, il se dit qu’il a été trahi. Beaucoup se disent que ce n’est pas le fruit du hasard car Abou DARDAR a parlé. Il aurait même expliqué qu’il était sûr qu’Ikaraï était un informateur. S’il est difficile  de vérifier cette information, cette hypothèse ne peut être écartée puisqu’à plusieurs reprises, il a réussi à s’enfuir ou à s’échapper par miracle.

Néanmoins, Abou DARDAR n’était pas le mieux placé pour savoir exactement où était Ikarai le 15 juin. En revanche Petit Chafory ou encore Oussama Modali devaient le savoir. Tous les deux connaissaient ses habitudes et ses différentes zones refuges. Le mobile de Petit Chafory est clair : prendre la place de son chef. Mais concernant Oussama Modali, à ce stade, une seule hypothèse peut être avancée : il ne supportait plus les critiques d’Ikarai.

D’ailleurs, le 18 mai à In Fogas, Ikarai et Abou DARDAR lui ont reproché le prélèvement forcé de la « zakat » en présence de Petit Chafory. Abou DARDAR lui a personnellement demandé des comptes quant aux dérives commises sur la population civile. Petit Chafory et Oussama Modali ont pu s’allier pour se débarrasser des deux autres.

Plus surprenant encore, lors de la fameuse opération du 15 juin, Adam Ag BAYE (ou Adoum) et Almahmoud Ag MOHAMAD Ag ASRAYER alias ROYAL (respectivement frère et gendre d’Ikaraï) ont été tués également. Khatab Al MAURITANI, poseur d’engin explosif bien connu et très proche d’Ikaraï a, quant à lui, été capturé.

Que ce soit Abou DARDAR ou Khatab AL MAURITANI, tous deux ont suggéré que l’élimination de toute la famille d’Ikaraï arrangerait beaucoup de monde au sein de l’EIGS et pas seulement les protagonistes ci-dessus.

On note donc que les rapports entretenus entre les uns et les autres ne sont jamais francs et honnêtes, les fâcheries jamais réglées et les rancunes perdurent. Pire encore, chacun au sein de l’EIGS ne défend que ses propres intérêts et lutte pour sa survie.

Il est clair que l’EIGS est en grande difficulté car les chefs se déchirent entre eux. Ils n’hésitent pas à se trahir pour la conquête du pouvoir et l’expansion de leur influence. Ils commettent des exactions parce qu’ils pensent qu’il y a des informateurs des forces armées et du JNIM au sein de la population. A l’aune de ces faits, force est de constater qu’il n’en est rien mais que des innocents paient injustement la paranoïa de criminels et d’apostats.

Siaka Sidibé

 

Source: malivox

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