Elections de Juillet : Ne pas confondre vitesse et précipitation

Tel qu’indiqué par le ministre en charge de l’Administration territoriale, il y a quelques semaines, des élections générales devraient se tenir au Mali à partir de juillet 2013. En effet, au cours d’une conférence de presse, au Gouvernorat du District, celui-ci a retenu les 07 et 21 juillet prochains, respectivement pour les 1er et 2e tours de l’élection présidentielle. 
Cette révélation du col Moussa Sinko Coulibaly faisait suite au vœu formulé par le Chef de l’Etat, Dioncounda Traoré, qui, lors du dernier sommet de l’Ua à Addis Abeba (Ethiopie), avait exprimé son intention d’organiser les élections avant fin juillet.
Cette volonté présidentielle est, elle aussi, une réponse aux désidératas de la communauté internationale, notamment les Usa  qui ferait de la tenue des élections une condition sine qua none pour qu’ils reprennent véritablement leur aide au Mali. D’ailleurs, le gouvernement américain, depuis le coup d’Etat du 22 mars dernier, ne s’en était jamais caché et en faisait même une question préalable à toute action armée dans le Nord de notre pays. Cette position américaine s’était finalement fait ressentir dans l’esprit de la résolution 2085 du Conseil de sécurité des Nations unies qui était allée dans le même sens, avant que l’attaque rebelle contre les positions avancées des forces armées maliennes à Konna ne vienne changer la donne. Cette situation de guerre dans laquelle se trouve notre pays depuis le 10 janvier dernier n’aura pas ébranlé la volonté des autorités de mettre rapidement un terme à la transition à travers l’organisation des élections, tel qu’il leur a été assigné par l’accord-cadre conclu entre la Cédéao et l’ex-junte en avril 2012. En tout cas, on n’a pas à condamner le gouvernement d’avoir été optimiste en indiquant le mois juillet pour la tenue de la présidentielle et des législatives. Il faut cependant dire que des inquiétudes demeurent quant à la possibilité d’organiser des élections crédibles à cette échéance. Cela, pour plusieurs raisons.
Evidemment,  des élections justes, libres et transparentes, sans en être forcément le seul facteur, permettront de recoudre notre tissu. Les autorités de la transition en conviennent, à écouter le ministre de l’Administration territoriale. Toute chose qui, de notre avis, passe nécessairement par une préparation minutieuse de toutes les étapes du processus électoral et, par conséquent, requiert du temps. Or, au stade actuel des choses, dans le Nord notamment, on peut difficilement soutenir que notre pays est en mesure de tenir des élections crédibles dans les délais indiqués. Certes, les opérations de grande envergure ont pris fin dans la guerre anti-terroriste cependant, la bataille de la sécurisation et de la stabilisation du pays est pour autant loin d’être gagnée. Et la guérilla et autres actions kamikaze  pour lesquels les narco ont désormais opté ne sont pas pour arranger les choses de sitôt. Toute chose qui a pour conséquence le retard dans le redéploiement de l’administration dans les zones jadis occupées. Aussi, des centaines de milliers de nos compatriotes qui ont  du fuir le conflit devront, dès que cela est possible, regagner leur bercail et s’installer. En  outre, le Ravec dont les données devront servir à la confection du fichier biométrique pour les élections de juillet se poursuit toujours, notamment en Côte d’Ivoire. Par ailleurs, tel que des députés ont émis la crainte à la faveur du vote de la feuille de route de la transition, la mobilisation peut bien prendre un coup si, dans un pays comme le notre où le gros des votants se trouve en milieu rural, on organisait des élections générales en période hivernale. Ce sont là des raisons parmi tant d’autres qui nous amènent à douter de la possibilité de tenir des élections aussi cruciales pour le Mali dans les délais indiqués par le gouvernement. Autant les élections sont nécessaires pour nous sortir définitivement de la crise, autant elles doivent être bien préparées pour nous épargner des conflits postélectoraux. Il importe donc qu’on ne confonde la vitesse à la précipitation au risque de retomber dans le cycle de la violence.
Bakary SOGODOGO