Edito : Quand Pantagruel naquit

Vendredi 8 février dernier, deux évènements majeurs ont marqué les esprits au Mali. Il s’agit de la descente musclée des partisans de l’ex – junte au Camp parachutiste de Djicoroni, faisant deux morts et treize blessés, dont trois graves, et des mandats d’arrêt nationaux et internationaux lancés contre certains terroristes, narcotrafiquants et djihadistes du MNLA, du MUJAO, d’Ansar Dine, du MIA et d’AQMI.

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Gargantua était donc partagé entre l’affliction causée par la mort de sa femme et la liesse de la naissance de son enfant. Ilse demandait s’il fallait rire pour l’enfantement de son fils ou pleurer pour le deuil de sa femme. Frappé à la fois par le bonheur et le malheur, Gargantua ne savait plus à quoi s’en tenir.

Honnêtement, les deux faits de vendredi nous ont renvoyé à cette comédie, parce que l’affaire dite des Bérets rouges nous a donné l’envie de pleurer et que, le soir, le communiqué du Procureur général nous a adouci le cœur, avec ses mandats d’arrêt, tant sur le plan national qu’international. Et nous nous sommes interrogés. Au regard des deux évènements, fallait-il pleurer ou rire comme Gargantua? A la différence de celui-ci, nous avons pleuré pour les Bérets rouges et nous avons ri pour les mandats d’arrêt.

Concernant ce dernier point, la liste n’est pas exhaustive. Elle sera certainement complétée dans les jours, voire les semaines, à venir. C’est un bon début, comme pour dire dès maintenant qu’il n’y aura plus d’impunité et que les futures négociations ne seront pas ouvertes avec ses accusés, au nombre de 28, avec à leur tête Iyad Ag Aghaly d’Ansar Dine,  Algabass Ag Intalla du MIA et Billal Ag Achérif du MNLA.

Les pays amis, notamment le Burkina Faso, la Mauritanie et la France, qui hébergent certains d’entre eux, doivent faciliter à la justice malienne sa mission, en les extradant vers Bamako. Il faut que cette procédure soit immédiatement déclenchée.

S’agissant de l’affaire dite des Bérets rouges, notre honte est à son paroxysme. Ce qui explique le message à la Nation du chef de l’Etat, Dioncounda Traoré, qui n’a eu un autre choix que de se confondre en excuses auprès des nombreux étrangers qui sont venus nous aider, ou qui vivent parmi nous.

«Je vous demande d’arrêter définitivement ces affrontements répétés au sein de l’armée malienne, qui doit tout faire pour se ressaisir et se hisser à hauteur de mission», a souhaité Dioncounda Traoré. Avant d’ajouter: «j’aurais préféré m’adresser à vous pour vous féliciter de l’action que vous menez au nord de notre pays et des victoires remportées en compagnie de nos frères et de nos alliés sur notre ennemi commun».

Qui dit mieux! Une fois de plus, faut-il pleurer pour cette affaire et rire pour les mandats d’arrêt? Une chose est certaine: la discipline doit être de mise au sein de l’armée. Comme on le dit, sans discipline, pas d’armée.

Chahana Takiou