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Edito : Le Président transformé en Roi !

Le projet de révision constitutionnelle a été adopté par les députés samedi matin. Il est passé sans difficulté car le parti au pouvoir a une majorité confortable à l’Assemblée Nationale. 111 pour, 35 contre et 0 abstention, cette décision des honorables députés renvoie la balle dans le camp du peuple qui est appelé à dire OUI ou NON via un référendum le 9 juillet prochain. A la lecture du contenu, le président de la République sera transformé en Roi compte tenu des nouveaux avantages ajoutés à ses pouvoirs.

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Il y a de cela quelques mois, la nouvelle d’une probable révision constitutionnelle prenait forme. A l’époque, elle n’a pas bénéficié de l’avis favorable du peuple, des spécialistes en droit et des chefs de partis politiques. Tous ont rejeté un tel projet jugé inopportun à un moment critique de la vie de la Nation. Le refus partait du simple constat  qu’une grande partie du territoire malien est occupée. Malgré des observations çà et là, le régime fonce avec certainement des desseins inavoués. La commission des lois à l’Assemblée Nationale fait des tournées à l’intérieur pour, dit-elle, avoir l’avis des Maliens de l’intérieur. A ce sujet, pas de rapport et nous voilà devant un fait accompli. Le projet est sur la table de l’Assemblée et lors des débats, des amendements sont faits de part et d’autre (majorité et opposition). Après le OK des députés, le président de la commission loi, Honorable Me Zoumana N’Tji Doumbia, exprime sa joie. Pour lui, ‘’la loi votée contient des innovations et prend en compte les aspirations du peuple malien’’. Sa commission a proposé 75 amendements qui ont été adoptés.

L’avis contraire se manifeste dans les propos de l’opposition et des experts en droit.

Le groupe parlementaire VRD, par la voix, de l’honorable Mody N’Diaye a soulevé quelques griefs. Leurs inquiétudes n’ont pas été prises en compte.  Parmi les inquiétudes : «  – le renforcement inopportun des pouvoirs du Président de la République au détriment du Gouvernement;
– l’affaiblissement des pouvoirs du parlement en matière de contrôle sur la détermination de la politique de la nation nonobstant la création d’une seconde chambre le SENAT;
– le mode différent de désignation des sénateurs, par élection et par nomination du Président de la République;
-la non sanction du Président de la République en cas de manquements graves à ses devoirs;
– la violation de l’alinéa 3 de l’article 118 de la constitution qui interdit toute révision quand l’intégrité du territoire est en cause rendant impossible la tenue du référendum dans un mois sur tout le territoire du Mali;
– le non bouclage du processus d’élaboration de la charte pour la paix qui impacte sur la loi fondamentale;
– entre autres ».

Même son de cloche de la part du groupe parlementaire ADP-MALIBA/ SADI. Le Président du parti ADP-MALI, honorable Amadou Thiam a fait la genèse de la crise défavorable à un tel projet ; une crise provoquée et empirée par la politique aveugle, sourde et muette d’IBK. Le Mali n’exerce plus son autorité sur une bonne partie du nord mais également du centre (Mopti et Segou).

Honorable Thiam fait des réserves car si un tel texte venait à passer au référendum, le Président de la République aura le pouvoir absolu à choisir le président de la Cour constitutionnelle (un coup dur à la démocratie) ; mais aussi ‘’la possibilité du parlement à modifier la constitution sur initiative du Président de la République sans passer par la voie référendaire’’.

Avocats, magistrats, nombreux sont-ils à dénoncer cette politique de la loi de la jungle qu’IBK veut imposer au peuple malien. Sur les réseaux sociaux, ils expriment leurs amertumes. Joint au téléphone, Me Garba Taop, ancien ministre de la Justice ne part pas avec le dos de la cuillère. « Une révision illégale et illégitime », avance-t-il.

Du côté du peuple, la  nouvelle n’est pas la bienvenue. Mobilisation et sensibilisation se passent par tous les canaux possibles pour un vote massif contre le projet soumis au referendum le  9 juillet.

S’il venait à passer, IBK sera le Roi. Il régnera comme bon lui semble. Et sa réélection en 2018 sera assurée car aucun obstacle ne sera sur le boulevard construit pour la circonstance. Le Mali sera réduit en lambeau car aucune perspective de sortie de crise n’est encore visible ; la situation va de mal en pis. Cela semble ne pas être le souci d’IBK qui est déterminé à s’éterniser au pouvoir même s’il faut gouverner un territoire en ruine.

Donc seuls lui et ses amis rebelles tireront avantage de la nouvelle constitution taillée sur mesure pour davantage sucer le sang du peuple malien.

Boubacar Yalkoué

Le Pays

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