Diouly Birahima Sory Sidibé, président provisoire du MDPS : » Une élection présidentielle, c’est des candidats, un gagnant et des perdants «

Président du Mouvement pour la démocratie et le progrès social (MDPS), Diouly Birahima Sory Sidibé est un jeune cadre de banque qui a un pied dans la politique. Dans un entretien à bâtons rompus avec notre rédaction, il affirme qu’il n’y a jamais eu d’élection parfaite au Mali. Pour lui, « une élection présidentielle, c’est des candidats, un gagnant et des perdants  » un appel à la retenue à l’endroit de tous les candidats malheureux à la prochaine présidentielle.

 

 

Le Débat :  Qu’est-ce qui justifie la création du MDPS, un mouvement politique ?

Diouly Birahima Sory Sidibé : Notre pays traverse ou sort d’une période difficile qui interpelle tous les citoyens. Nous militants du MDPS avons conclu que nous ne pouvons pas rester en marge de cette situation face à laquelle il faut défendre les valeurs de la République. C’est pourquoi nous avons jugé nécessaire d’intervenir, de descendre dans l’arène politique, donner notre position sur les sujets importants de notre société comme la situation sécuritaire au nord du pays, la déliquescence de l’Etat. Il est incompréhensible que ces malheurs s’abattent sur notre pays au même moment. Ce que nous avons vécu est révoltant et ça interpelle tous les citoyens. C’est dans ce sens que nous avons décidé de créer ce mouvement pour défendre les valeurs et partager nos idées et nos préoccupations avec les citoyens et avec les gouvernants.

 

 

Le Débat : Ce discours est tenu par pratiquement tous les acteurs politiques, en quoi allez-vous vous différencier des autres partis politiques ?

D. B. S. S. : La différence avec les autres, c’est le changement. Le changement c’est dans beaucoup de choses. Il s’agit, pour nous, d’apporter le changement dans le choix des gouvernants. Il y a eu des gens qui ont gouverné des années et des années mais à l’heure du bilan ils ne peuvent rien revendiquer. Pour nous ceux qui ont déjà gouverné ce pays sans rien prouver sont disqualifiés.

 

 

Il faut une autre génération, une autre classe politique qui doit émerger. Nous partons avec de nouvelles personnes (jeunes, femmes, personnes âgées). Bref tout ce qui peut constituer un potentiel pour permettre à une nation de redémarrer. La première des choses c’est de nous démarquer de ceux qui ont déjà abusé du pays. On n’est pas avec quelqu’un qui a géré pendant les dix dernières années du régime ATT. Ni un candidat ni un parti politique de cette époque.

Le Débat : Quand on parle de tournant générationnel, selon vous cela passe par l’exclusion de la vieille classe ou des acteurs politiques ayant montré leur limite ?

D. B. S. S. : Je ne pense pas que ce soit un problème de jeunes ou de vieux. C’est un problème de vision politique et surtout de programme. Dans notre mouvement nous avons des personnes de 70 ans voire de 80 ans et aussi de jeunes. Pour moi, c’est une question d’engagement politique, de conviction pour le pays. Je ne suis pas pour ce discours de tournant générationnel. Un mouvement générationnel n’a de sens que lorsque les jeunes seuls peuvent tous résoudre. Sinon être jeune n’est pas un discours politique suffisant pour se lancer dans la politique. La jeunesse, c’est la vigueur, c’est entreprendre : c’est comme ça que nous comprenons le mouvement générationnel. Sinon il ne s’agit pas d’être jeune et espérer tout avoir sur un plateau d’argent. Nous regroupons toutes les catégories d’âges de notre société.

 

Le Débat : La naissance de votre Mouvement coïncide avec un tohu-bohu politique, ne craignez-vous pas d’être noyés par les grandes formations politiques qui ont déjà engagés les hostilités politico-électoralistes ?

D. B. S. S. : Ah non, nous avons une vision et un programme très clairs. La première des choses, c’est défendre  l’intégrité territoriale de notre pays. Cela passe par le renforcement du dispositif sécuritaire. La deuxième chose c’est promouvoir l’Etat de droit et lutter contre l’impunité sous toutes ses formes. Nous ne sommes pas de ceux qui vont cautionner une justice à deux vitesses.

 

Par exemple les gens qui ont commis des exactions au nord du pays pour des considérations obscurantistes ou indépendantistes doivent répondre de leurs actes. Même le MNLA qui tente à retourner dans le giron de certains pays frères et amis du Mali ne doit pas emporter ses crimes au paradis. A cause des crimes abominables commis à Aguelhok, le MNLA n’a plus droit à des circonstances atténuantes. Et il doit être aboli purement et simplement.

 

C’est vrai qu’au nord il y a des problèmes comme dans toute autre partie du pays. Nous allons nous atteler à trouver des solutions idoines pour le Mali un et indivisible, sans distinction aucune. Vous savez l’impunité est la mère de beaucoup de problèmes de notre pays. Les problèmes ne sont pas réglés à temps, ils sont plutôt reportés.

 

 

Ce qui ne résout absolument rien. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. Depuis l’indépendance du Mali il y en a qui commettent des choses et trouvent encore des astuces pour se faire pardonner au détriment des victimes. Cela est fort regrettable. Nous disons, plus jamais au Mali. Il nous faut faire un état des lieux. Nous n’écartons pas le pardon, mais encore faudrait-il que les victimes soient indemnisées.

 

 

La deuxième chose, nous pensons que notre pays ne mérite pas la situation économique qu’est la sienne. Il faut des ressources humaines nécessaires pour faire décoller l’économie de notre pays.

 

 

Le Débat :  Pouvez-vous nous dire la place que vous revendiquez sur l’échiquier politique ?

D. B. S. S. : Nous venons d’arriver sur l’arène politique. On n’a pas participé à une élection d’abord. Pour l’élection présidentielle on n’a pas un candidat de notre Mouvement mais on ne restera à ne rien faire. On va soutenir un candidat dont le programme colle à nos aspirations.

 

 

Le Débat :  Peut-on savoir le portrait robot du candidat que vous allez soutenir ?

D. B. S. S. : Comme je le disais au début de cet entretien, nous soutenons le candidat qui n’a pas participé à un gouvernement pendant les dix dernières années. Le deuxième critère : on soutiendra le candidat qui est capable à mieux gérer le dossier du Nord et conduire sans complaisance les discussions avec le MNLA. C’est-à-dire quel sort le candidat réservera aux mouvements armés et groupes terroristes du Nord du Mali (Mujao, Ançar Eddine, Aqmi…) qui ont attaqué notre pays, violé les femmes, détruits nos patrimoines culturels, et qui ont surtout fait couler le sang de Maliens ? Je crois que sans jugement on ne peut pas pardonner ces gens-là. Nous ne sommes pas avec ce candidat qui (s’il est élu président) est prêt à aller à la réconciliation nationale sans jugement des crimes commis.

 

Troisième critère de notre soutien, c’est le programme de société du candidat. Nous serons regardants sur le point relatif à la relance économique, à l’éducation, à la santé, à l’aménagement agricole, à l’investissement… Il s’agit en fait de savoir d’où nous sommes partis pour arriver où sommes. On est prêt à faire une plate-forme politique sur cette base.

 

 

Le Débat :  A l’élection présidentielle les dés sont déjà pipés, aux législatives allez-vous présenter des candidats ?

D. B. S. S. : Vous savez nous sommes un mouvement politique. Il y a une différence entre mouvement politique et parti politique. Le mouvement politique lance, défend et partage avec les citoyens les préoccupations sur lesquelles il convainc les gouvernants. Quant aux partis politiques c’est la conquête et l’exercice du pouvoir. Nous évaluerons au moment opportun s’il faut descendre dans l’arène politique ou pas. Dès que nous aurons décidé d’être les metteurs en application de nos idées politiques, nous n’aurions plus d’autre choix que de descendre dans l’arène politique pour les réaliser. Ce n’est pas exclu que dans le scrutin prochain qu’on descende dans l’arène politique pour défendre nos idées, nos valeurs et nos différences.

 

 

Le Débat :  Que pensez-vous de l’organisation des élections alors que la situation à Kidal n’est pas définitivement tranchée ?

D. B. S. S. : Je  pense le timing est acceptable. Par rapport à Kidal nous ne cautionnerons pas une élection sans Kidal libérée. Déjà le gouvernement nous rassure que les élections auront lieu partout au Mali y compris Kidal. Nous faisons confiance aux autorités actuelles du pays. Ils ont fait des gros efforts : les cartes Nina sont disponibles. Il n’y a aucune raison de désespérer.

Cette élection ne sera pas des plus parfaites. D’ailleurs, il n’y a jamais eu d’élection parfaite au Mali. Mais mieux vaut tenir ces élections que de rester ou de replonger dans une nouvelle impasse. Il faut mettre tout ce qu’il faut pour tenir ces élections, dans ce cas les éventuelles défaillances peuvent être pardonnées. Il suffit d’être vigilant et d’accompagner l’administration chargée de l’organisation des élections.

 

Le Débat :  Parlant d’élection, certains acteurs politiques annoncent des contestations post-électorales. Selon vous faut-il s’apprêter à accepter les résultats quels qu’ils soient ou à reprendre les élections si elles venaient à être « bâcler » ?

D. B. S. S. : Nous ne souhaiterons pas des élections bâclées. Je souhaite que ce qui sera fait le soit dans la transparence. C’est vrai qu’on ne pourra pas mobiliser tous les Maliens qui ont l’âge de voter, compte tenu de la situation actuelle. Cependant, nous disons, avec les moyens que nous avons nous pouvons organiser une élection acceptable. On doit prendre des mesures pour préparer les acteurs politiques par rapport à la contestation. Une élection, c’est des candidats, un gagnant et des perdants. C’est la règle du jeu. Tout remettre en cause après une défaite aux élections n’est pas une bonne chose. Je crois que la justice est là pour trancher et on doit s’en tenir à son verdict. On doit prendre les mesures pour préparer les acteurs politiques à un fair-play après la proclamation des résultats. Nous faisons confiance à la justice pour le règlement des contentieux électoraux.

 

Le Débat :  Un message à vos militants et aux Maliens ?

D. B. S. S. : Je demande à tous les Maliens de se mobiliser pour cette élection du 28 juillet et les autres à venir. Il faut reconnaitre que ce qui se passe dans notre pays est grave. Cela ne doit pas constituer une autre raison pour que les gens boudent la chose publique. Je rappelle que tous les hommes politiques ne sont pas mauvais. Je demande aux et aux autres d’aller chercher leurs cartes d’électeur ensuite choisir leur président.

Par rapport au choix du candidat, je leur demanderai de faire la part des choses. Déjà il y a de ces candidats qui ont montré leur limite. Ce qui est important, il faut aller à un changement. Un changement avec des gens courageux et valables, avec des gens qui ont des compétences avérées pour relever les défis auxquels nous sommes confrontés.

 

Nous demandons aux gens de voter utile, de voter pour le changement. Le changement, c’est avec les gens qui n’ont jamais exercé le pouvoir pendant les dix dernières années. Ce n’est pas qu’on n’a pas travaillé avec ATT qu’on n’est pas compétent. Il y a des cadres compétents qui peuvent bien gouverner ce pays. Pour preuve : l’actuel président français n’a jamais participé à un gouvernement. Nous avons des cadres très valables, très compétents qui peuvent nous faire sortir de cette situation.

Propos recueillis par Markatié Daou